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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL22584

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL22584

jeudi 13 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL22584
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantCOUPARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C E D a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Nigéria comme pays à destination duquel elle serait reconduite d'office, et d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder à un réexamen de sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente et dans un délai de huit jours, une autorisation provisoire de séjour.

Par un jugement n° 2201323 du 14 juin 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2022, Mme C E D, représentée par Me Coupard, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 27 décembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder à un réexamen de sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente et dans un délai de huit jours, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le jugement est entaché d'erreur d'appréciation en ce que les éléments dont elle a fait état auraient dû conduire le tribunal à considérer qu'elle remplissait les critères prévus à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le jugement est entaché d'erreur d'appréciation en ce que sa qualité de victime de la traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle aurait dû être prise en compte en tant que circonstances exceptionnelles, du fait de sa particulière vulnérabilité ;

- la décision portant refus de séjour, qui ne retient pas les éléments relatifs à son intégration, est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande ;

- la décision de refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du même code ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de motivation ;

- elle est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale ;

- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 3 et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision du 20 septembre 2022 par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné Mme A B pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme D, ressortissante nigériane née le 25 octobre 1995 à Ora Village (Nigéria), est entrée en France en octobre 2016, selon ses déclarations. Au regard de la plainte déposée par l'intéressée le 23 juillet 2019 contre le réseau de proxénétisme qui l'avait exploitée, un titre de séjour lui a été délivré sur le fondement des dispositions alors en vigueur de l'article L. 316-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable du 10 janvier 2020 au 9 janvier 2021. La plainte ayant été classée sans suite le 18 décembre 2020, ce titre ne lui a pas été renouvelé. Le 22 juillet 2021, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 décembre 2021, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme D relève appel du jugement du 14 juin 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande dirigée à l'encontre de cet arrêté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, Mme D reprend en appel, dans des termes identiques et sans critique utile du jugement attaqué, les moyens tirés de l'insuffisance de la motivation et du défaut d'examen réel et complet de sa situation auxquels le premier juge a suffisamment et pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus au point 2 du jugement attaqué.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " Pour l'application de ces dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Mme D fait valoir que, depuis son arrivée en France en octobre 2016, elle a fait preuve d'une volonté incessante d'intégration par son engagement dans un parcours de sortie du réseau de prostitution qui l'avait exploitée, par ses démarches en faveur d'une insertion professionnelle et par son investissement associatif dans le cadre d'activités bénévoles. Toutefois, si elle évoque la naissance de sa fille en France le 23 septembre 2020, elle ne fait état d'aucune attache familiale sur le territoire français, ne vivant pas avec le père de son enfant, un compatriote qui est demandeur d'asile, et l'ensemble des membres de sa famille, notamment sa sœur et ses parents, résidant au Nigéria. Elle ne dispose en outre d'aucun logement autonome et ne justifie d'aucune activité professionnelle de nature à lui assurer une insertion sociale et professionnelle durable et des ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins. A cet égard, il ressort des pièces produites qu'elle n'a exercé une activité professionnelle en qualité d'agent d'entretien à temps partiel au sein d'une association d'insertion que pendant une durée d'environ trois mois. Dans ces conditions, et malgré la durée du séjour en France de Mme D, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus d'admission au séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Mme D soutient qu'elle s'est engagée dans un parcours de distanciation du réseau de traite des êtres humains dans lequel elle a été exploitée à titre sexuel et a obtenu un titre de séjour d'une durée d'un an à compter du 10 janvier 2020 sur le fondement des dispositions alors en vigueur de l'article L. 316-1 du code précité. Sa plainte a cependant fait l'objet d'un classement sans suite par le parquet de Paris le 18 décembre 2020. Si elle soutient craindre pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine et dit vouloir continuer à s'insérer en France et à bénéficier d'une protection à la suite de sa collaboration avec les services de police dans le cadre de sa plainte, les rapports publics relatifs à la traite transnationale des êtres humains aux fins de prostitution ne sauraient suffire à établir qu'elle serait personnellement visée par des menaces au Nigéria, aucun élément ne faisant obstacle à ce que l'intéressée s'installe, après avoir regagné ce pays, dans une région différente de celle où elle estime encourir des risques. Au demeurant, elle ne justifie par aucune pièce des craintes personnelles qu'elle encourrait en cas de retour au Nigéria. Ainsi, les allégations selon lesquelles sa famille serait menacée par des membres du réseau, qui ne sont pas circonstanciées, ne sont pas davantage étayées par des éléments présentant un caractère probant. Par suite, Mme D n'établit pas que son admission au séjour répondrait à des considérations humanitaires au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur manifeste commise par le préfet de l'Hérault dans l'appréciation de sa situation au regard de ces dispositions ne peut dès lors qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'encontre de celle l'obligeant à quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, Mme D reprend en appel, dans des termes identiques et sans critique utile du jugement attaqué, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation auquel le premier juge a suffisamment et pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus au point 7 du jugement attaqué.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme étant entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de Mme D.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français à l'encontre de celle fixant le pays de renvoi.

12. D'une part, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". D'autre part, aux termes des articles 3 et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit à son intégrité physique et mentale ", et " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Mme D reprend en appel, dans des termes identiques et sans critique utile du jugement attaqué, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des articles 3 et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, auquel le premier juge a suffisamment et pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus au point 11 du jugement attaqué.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application des dispositions précédemment citées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C E D, à Me Coupard et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 13 avril 2023.

La présidente-assesseure de la 2ème chambre,

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°22TL22584

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