jeudi 20 mars 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL00075 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP BOUYSSOU ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. et Mme B et C D ont demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 14 avril 2020 par lequel le maire de Vigoulet-Auzil ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par Mme E pour la construction d'une piscine sur un terrain situé , ensemble la décision du 10 juin 2020 rejetant leur recours gracieux.
Par une ordonnance du 4 avril 2022 du président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, le dossier de la requête de M. et Mme D a été attribué au tribunal administratif de Montpellier.
Par un jugement n° 2023977 du 8 novembre 2022, le tribunal administratif de Montpellier, a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 janvier 2023 et 17 janvier 2024, M. et Mme D, représentés par Me Thalamas, demandent à la cour, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du maire de Vigoulet-Auzil du 14 avril 2020, ensemble sa décision du 10 juin 2020 rejetant leur recours gracieux ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Vigoulet-Auzil la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est recevable en ce qu'ils justifient d'un intérêt à agir ;
- ils ont soulevé trois moyens à l'appui de leur demande et le tribunal administratif n'a pas répondu au dernier moyen tiré de ce que la déclaration préalable impliquait une modification de la pente du terrain non-conforme à la réglementation d'urbanisme ;
- le dossier de déclaration préalable ne respecte pas les exigences prévues par l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme ; le remblaiement de terres nécessaire à la réalisation de la piscine n'est pas coté au sein des pièces produites et aucune pièce ne permet de connaître la consistance de l'aménagement du terrain soutenant la piscine ; il ne peut être tenu pour certain que l'exhaussement par rapport au terrain naturel serait inférieur à deux mètres ;
- le projet litigieux consiste en la réalisation de nouveaux travaux consécutifs à une construction édifiée en méconnaissance d'une précédente autorisation d'urbanisme ; il appartenait aux propriétaires de présenter une nouvelle demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de construction qui ont pour effet de modifier le bâtiment tel qu'initialement approuvé et pas seulement pour la piscine ;
- c'est à tort que le tribunal a retenu l'absence de liens physique et fonctionnel entre la piscine et la maison alors que les éléments techniques sont à l'intérieur de la maison et que la piscine est située à moins de deux mètres de cette dernière ;
- les premiers juges ont commis une erreur de fait au regard de l'application des dispositions du f) de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme, dès lors que les affouillements et exhaussements, compte tenu de leur hauteur, devaient être précédés d'une déclaration préalable de travaux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, Mme A E, représentée par Me Magrini, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des appelants une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir au regard de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 décembre 2023 et le 23 janvier 2024, la commune de Vigoulet-Auzil, représentée par la SCP Bouyssou et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des appelants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, le jugement n'est pas irrégulier dès lors que M. et Mme D n'ont pas soulevé en première instance de moyen tiré de ce que la déclaration préalable de travaux impliquait une modification de la pente du terrain ; le jugement n'est pas insuffisamment motivé et il n'y a pas eu d'omission à statuer ;
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir faute de démontrer une atteinte aux conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leur bien ;
- les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme ainsi que la méconnaissance de la jurisprudence du Conseil d'Etat Thalamy ne sont pas fondés ;
- les travaux de terrassement ayant entraîné la modification de la pente ne nécessitent pas d'autorisation d'urbanisme et sont sans incidence sur la légalité de la décision de non opposition à déclaration préalable ;
- les travaux sont conformes au plan local d'urbanisme.
Par ordonnance du 5 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Chabert, président,
- les conclusions de M. Diard, rapporteur public,
- les observations de Me Thalamas, représentant M. et Mme D,
- les observations de Me Abadie de Maupéou, représentant la commune de Vigoulet-Auzil,
- et les observations de Me Got, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E a déposé le 26 février 2020 auprès des services de la commune de Vigoulet-Auzil (Haute-Garonne) une déclaration préalable de travaux pour la réalisation d'une piscine et d'un aménagement paysager sur un terrain situé . Par un arrêté n° DP 031 578 20 S006 du 14 avril 2020, le maire n'a pas fait opposition à cette déclaration préalable. M. et Mme D relèvent appel du jugement rendu le 8 novembre 2022 par le tribunal administratif de Montpellier rejetant leur demande tendant à l'annulation de cet arrêté et de la décision de rejet de leur recours gracieux prise le 10 juin 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la régularité du jugement :
2. Il ressort des pièces de première instance que M. et Mme D ont soutenu devant le tribunal administratif que les remblais réalisés à l'occasion des travaux de construction de la maison et de la piscine devaient être mentionnés pour être régularisés dans le cadre de la déclaration préalable de travaux en litige en application des dispositions du f) de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme et que ces remblais ne respectaient pas les exigences posées par le plan local d'urbanisme de la commune de Vigoulet-Auzil qui recommandent de modifier le moins possible la topographie naturelle du terrain.
3. Alors que le tribunal n'a pas à répondre à l'ensemble des arguments des parties, les premiers juges ont indiqué, au point 8 du jugement, que les requérants n'établissaient pas que les terrassements réalisés avant le dépôt de la déclaration préalable entraient dans le champ des dispositions de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme et que ces terrassements n'étaient pas de nature à " " invalider l'arrêté de non-opposition attaqué ". Ils ont ainsi estimé qu'aucune autorisation d'urbanisme n'était nécessaire en l'espèce. Dans ces conditions, en ne se prononçant pas sur la conformité des remblais réalisés au regard des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme invoquées par les requérants, le tribunal n'a pas entaché le jugement d'irrégularité. Par suite, le moyen tiré de l'omission à statuer invoqué par les appelants ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé du jugement :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / () b) Un plan de masse côté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; / () ". L'article R. 421-23 du même code dispose que : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable les travaux, installations et aménagements suivants : / () f) A moins qu'ils ne soient nécessaires à l'exécution d'un permis de construire, les affouillements et exhaussements du sol dont la hauteur, s'il s'agit d'un exhaussement, ou la profondeur dans le cas d'un affouillement, excède deux mètres et qui portent sur une superficie supérieure ou égale à cent mètres carrés ; / () ".
5. La circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigées par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision de ne pas s'opposer à ces travaux que dans les cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du formulaire de la déclaration préalable en litige, que les travaux consistent à réaliser une piscine de forme libre de 5 mètres par 10 mètres et un aménagement paysager de 50 m². Le plan de masse joint à la demande, s'il n'est pas coté dans ses trois dimensions, matérialise précisément l'emplacement du bassin projeté devant la construction existante et par rapport aux limites séparatives latérales de la parcelle formant le terrain d'assiette du projet ainsi que les dimensions du bassin indiquées précédemment. Par ailleurs, la déclarante a joint un plan en coupe montrant la profondeur de la piscine et son emplacement par rapport à la façade avant de la construction. Si les appelants relèvent une différence d'altitude relative au profil du terrain entre ce plan en coupe joint au dossier de déclaration préalable et un plan en coupe figurant dans un dossier de permis de construire modificatif délivré antérieurement, cette différence relative au profil du terrain naturel ne permet pas d'établir que la réalisation du bassin extérieur impliquait des exhaussements d'une hauteur supérieure à deux mètres sur une superficie supérieure ou égale à 100 m², justifiant qu'ils soient mentionnés dans la déclaration préalable en litige.
7. En deuxième lieu, lorsqu'une construction a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de déposer une déclaration ou de présenter une demande de permis portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation. En revanche, une telle exigence ne trouve pas à s'appliquer dans le cas où les travaux effectués sans autorisation concernent d'autres éléments bâtis sur le terrain d'assiette du projet si la déclaration ou le permis demandé ne portent pas sur ces éléments distincts du projet, sauf si ces derniers forment avec la construction faisant l'objet de la demande d'extension, en raison de liens physiques ou fonctionnels entre eux, un ensemble immobilier unique. Par ailleurs, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une telle déclaration ou demande de permis, de statuer au vu de l'ensemble des pièces du dossier d'après les règles d'urbanisme en vigueur à la date de sa décision.
8. Il ressort des pièces du dossier que la construction à usage d'habitation déjà existante sur le terrain d'assiette du projet a fait l'objet d'un permis de construire initial délivré par le maire de Vigoulet-Auzil le 5 août 2014. Un permis de construire modificatif a été ultérieurement délivré le 8 septembre 2015 ayant notamment pour objet d'augmenter la hauteur de construction autorisée par rapport au niveau du terrain naturel de l'ordre de 0,5 à 0,75 mètre. Ce permis modificatif est devenu définitif après le rejet de la demande de M. et Mme D tendant à l'annulation de cet arrêté en dernier lieu par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux n° 19BX03396 du 23 novembre 2021. Si les appelants se prévalent de l'irrégularité de cette construction à usage d'habitation en raison de sa non-conformité aux autorisations d'urbanisme délivrées par le maire de Vigoulet-Auzil compte tenu de l'importance des exhaussements réalisés sans aucune autorisation, il ressort également des pièces du dossier qu'une attestation de non contestation de la conformité des travaux autorisés par le permis de construire n° PC 031 578 14 Z0005 a été délivrée par le maire le 31 mai 2023. Par ailleurs, si des équipements techniques nécessaires à la filtration de l'eau de la piscine seront installés à l'intérieur de cette habitation, cette seule circonstance relative à des considérations techniques ne suffit pas à établir que la construction à usage d'habitation déjà édifiée et la piscine extérieure projetée formeraient un ensemble immobilier unique au regard des règles d'urbanisme applicables au terrain d'assiette du projet. Dans ces conditions, les appelants ne peuvent utilement soutenir que la déclaration préalable relative à la piscine devait nécessairement porter sur des éléments de cette construction à usage d'habitation qui seraient non conformes, en particulier s'agissant des exhaussements de terre réalisés sur le terrain d'assiette du projet.
9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la réalisation de la piscine extérieure devant la construction à usage d'habitation de Mme E s'accompagne d'un aménagement paysager sur une superficie déclarée de 50 m². Ainsi qu'il a été exposé au point 6 du présent arrêt, le plan en coupe figurant dans le dossier de déclaration préalable ne permet pas d'établir que la modification du profil du terrain naturel excéderait une hauteur de deux mètres et porterait sur une superficie supérieure ou égale à 100 mètres carrés. Si les photographies produites par M. et Mme D montrent qu'un volume de terre très important a été apporté sur le terrain après réalisation de la piscine extérieure, cette circonstance, postérieure à la délivrance de l'autorisation d'urbanisme en litige, demeure par elle-même sans incidence sur sa légalité et se rattache à son exécution. Dans ces conditions, les seuls exhaussements prévus à l'occasion de la réalisation de la piscine extérieure n'avaient pas à être mentionnés lors du dépôt de la déclaration préalable de travaux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du f) de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. et Mme D ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté leur demande.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Vigoulet-Auzil, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. et Mme D et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des appelants les sommes que demandent la commune de Vigoulet-Auzil et Mme E sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. et Mme D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vigoulet-Auzil et par Mme E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme B et C D, à la commune de Vigoulet-Auzil et à Mme A E.
Délibéré après l'audience du 6 mars 2025, où siégeaient :
- M. Chabert, président de chambre,
- M. Teulière, président assesseur,
- Mme Lasserre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2025.
Le président-rapporteur,
D. Chabert
Le président-assesseur
T. Teulière La greffière,
N. Baali
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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