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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00197

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00197

vendredi 10 mars 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00197
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 19 avril 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par un jugement n° 2202274 du 17 juin 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2023, M. A, représenté par Me Brel, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 19 avril 2022 ;

3°) d'ordonner au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder au retrait de son inscription du système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le premier juge n'a pas suffisamment motivé le jugement attaqué pour écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la mesure d'éloignement n'est pas suffisamment motivée en fait en ce qui concerne son état de santé ;

- en s'abstenant de saisir pour avis le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le préfet a entaché sa décision d'un vice de procédure ;

- son état de santé fait obstacle à ce qu'il puisse faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la mesure d'éloignement porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de ses conséquences d'une gravité exceptionnelle sur sa situation ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- cette décision est privée de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- ne constituant pas une menace pour l'ordre public et n'ayant pas fait l'objet précédemment d'une mesure d'éloignement, cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est privée de base légale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personne, lesquelles sont d'une exceptionnelle gravité ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est privée de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- en raison des risques auxquels il est exposé en cas de retour dans son pays d'origine, cette décision viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, de nationalité centrafricaine né le 26 mai 1988, a sollicité l'asile en France. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 22 novembre 2017 et le recours formé contre cette décision a été rejeté par une décision du 16 juillet 2018 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 19 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne a obligé l'intéressé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A fait appel du jugement n° 2202274 du 17 juin 2022 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Le premier juge s'est prononcé aux points 12 à 14 du jugement attaqué sur les moyens dirigés contre la décision du préfet de la Haute-Garonne refusant à M. A un délai de départ volontaire. Alors que l'intéressé se bornait à soutenir dans sa demande que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il vit en France avec son frère, le jugement, qui écarte ce moyen au motif qu'il n'est pas assorti de précision suffisante permettant d'en apprécier le bien-fondé, est suffisamment motivé.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne vise les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'appelant soutient que le représentant de l'Etat n'a pas suffisamment motivé en fait la mesure d'éloignement prononcée à son encontre en ne faisant pas état des problèmes de santé dont il souffre, il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les services de la police nationale le 18 avril 2022, l'intéressé s'est borné à mentionner qu'il a été hospitalisé en raison de séquelles psychologiques, qu'il est sujet au stress mais que " sinon au niveau du corps ça va bien " et enfin qu'il est malade. Compte tenu de ses éléments peu circonstanciés, l'absence de toute référence dans les motifs de la décision à l'état de santé de M. A ne saurait caractériser une insuffisance de motivation.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Aux termes de son article R. 611-2 : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, dès lors qu'il dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire, le préfet doit, lorsqu'il envisage de prendre une telle mesure à son égard et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France, recueillir préalablement l'avis du médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

7. D'une part, les seuls éléments évoqués par M. A lors de son audition par les services de la police nationale, tels que mentionnés au point 4 de la présente ordonnance, ne permettent pas de caractériser l'existence d'un vice de procédure en l'absence de saisine par le préfet du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. D'autre part, si l'appelant soutient que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut l'expose à des conséquences d'une gravité exceptionnelle et qu'il ne peut disposer d'un traitement adapté dans son pays d'origine, le certificat médical du 24 mai 2022, postérieur à la décision en litige, se borne à faire état d'une pathologie chronique sévère et de la nécessité d'une continuité de soins sans aucune indication sur l'impossibilité de bénéficier d'un tel suivi dans le pays d'origine de l'intéressé. Par suite, la mesure d'éloignement n'est pas entachée d'un vice de procédure et n'a pas été prise en violation des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A est entré récemment en France en 2017 et demeure, à la date de la décision en litige, célibataire et sans charge de famille en France. S'il fait état de la présence de son frère auprès duquel il vit, la faible durée et les conditions de son séjour en France ne permettent pas de faire regarder la mesure d'éloignement prise à son encontre comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 9 de la présente ordonnance, ni l'état de santé de l'appelant ni les conditions de son séjour en France ne permettent de regarder l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français comme ayant sur sa situation personnelle et familiale des conséquences d'une gravité exceptionnelle. Par suite, en prononçant cette mesure d'éloignement, le préfet de la Haute-Garonne n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision lui refusant un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, aux termes du l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au litige : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est maintenu en France après le rejet de sa demande d'asile en dernier lieu le 16 juillet 2018 par la Cour nationale du droit d'asile et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Les circonstances que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il ne se soit pas soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il habite chez son frère ne permettent pas d'établir qu'en lui refusant un délai de départ volontaire, le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait, par voie de conséquence, privée de base légale ne peut qu'être écartée.

15. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

16. M. A, dont la demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, soutient être exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine du fait de sa confession religieuse sans pouvoir bénéficier de la protection des autorités. Toutefois, en dehors du récit des violences dont il aurait été victime, il n'apporte en cause d'appel aucun élément précis ou circonstancié permettant d'établir qu'il serait personnellement et directement exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, les moyens tirés de la violation de ces stipulations et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

Sur la décision portant interdiction de retour en France pour une durée d'un an :

17. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée des illégalités alléguées, M. A n'est pas fondé à s'en prévaloir par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

19. Les problèmes de santé, la durée de présence en France ainsi que les attaches personnelles et familiales dont se prévaut le requérant ne sont pas de nature à caractériser une circonstance humanitaire susceptible de faire obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, alors qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. A, l'autorité administrative a pu légalement prononcer une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. A est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, et doivent être rejetées, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Julien Brel et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 10 mars 2023

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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