LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00200

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00200

jeudi 31 août 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00200
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL Sylvain LASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C B et Mme F D ont chacune demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler les arrêtés du 9 septembre 2022 et du 3 octobre 2022 par lesquels le préfet de la Haute-Garonne les a obligées à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par des jugements n° 2205535 du 9 novembre 2022 et n° 2205998 du 2 décembre 2022, les magistrats désignés par la présidente du tribunal administratif de Toulouse ont rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I - Sous le n° 23TL00200, par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023, Mme C B, représentée par Me Laspalles, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler le jugement n° 2205535 du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse du 9 novembre 2022 ;

3°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 9 septembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile se soit prononcée sur son recours ;

5°) d'ordonner au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée ne répond pas aux exigences de motivation imposées par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet n'a pas respecté la procédure contradictoire en ce que la mesure d'éloignement méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et qu'il ne l'a pas mise à même de présenter des observations orales avant que cette décision lui soit opposée ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux et attentif de sa situation ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée et a ainsi méconnu l'étendue de sa compétence ;

- la mesure attaquée comporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle et se trouve entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision porte une atteinte manifestement excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire de trente jours :

- la décision n'est pas suffisamment motivée en fait et révèle une absence d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et se trouve dépourvue de base légale ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie compte tenu des éléments qu'elle produit, qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et révèle une absence d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son signataire ;

- la décision a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine.

Mme C B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2023.

II - Sous le n° 23TL00202, par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023, Mme F D, représentée par Me Laspalles, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler le jugement n° 2205998 du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse du 2 décembre 2022 ;

3°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 3 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile se soit prononcée sur son recours ;

5°) d'ordonner, à titre principal, au préfet de la Haute-Garonne, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée ne répond pas aux exigences de motivation imposées par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet n'a pas respecté la procédure contradictoire en ce que la mesure d'éloignement méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et qu'il ne l'a pas mise à même de présenter des observations orales avant que cette décision lui soit opposée ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux et attentif de sa situation ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée et a ainsi méconnu l'étendue de sa compétence ;

- la mesure attaquée comporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle et se trouve entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision porte une atteinte manifestement excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire de trente jours :

- la décision n'est pas suffisamment motivée en fait et révèle une absence d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'un défaut de compétence du signataire ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie compte tenu des éléments qu'elle produit, qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et révèle une absence d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son signataire ;

- la décision a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine.

Mme F D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Par deux arrêtés des 9 septembre 2022 et 3 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a obligé Mme B, ressortissante albanaise née le 9 mars 2003 et sa grand-mère, Mme D, de même nationalité née le 16 mai 1957, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par les requêtes susvisées, enregistrées sous les nos 23TL00200 et 23TL00202, Mme B et Mme D font respectivement appel des jugements n° 2205535 du 9 novembre 2022 et n° 2205998 du 2 décembre 2022 par lesquels les magistrats désignés par la présidente du tribunal administratif de Toulouse ont rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des arrêtés pris à leur encontre. Ces requêtes portent sur la situation de ressortissants étrangers d'une même famille et présentent à juger des questions identiques. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par une même ordonnance.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Mme B et Mme D ont été admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 7 juin 2023. Dès lors, leurs conclusions tendant à ce que soient prononcées leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont sans objet et doivent être rejetées.

Sur le bien-fondé des jugements :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, les mesures d'éloignement attaquées visent les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Haute-Garonne a mentionné de façon suffisamment circonstanciée pour permettre à Mme B et Mme D de les discuter, les motifs de droit et les circonstances de fait qui en constituent le fondement, notamment leur entrée sur le territoire français le 27 septembre 2021 et le rejet de leurs demandes d'asile par des décisions du 8 juin 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. S'il n'est pas fait mention de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de la circonstance que Mme B a donné naissance à son fils A le 16 janvier 2022 à Toulouse en France, cette circonstance ne permet pas de faire regarder les décisions portant obligation de quitter le territoire français comme n'étant pas suffisamment motivées en droit et en fait alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'étranger. Par suite, les moyens tirés de l'absence de motivation des arrêtés en litige en méconnaissance du code des relations entre le public et l'administration doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". L'article 122-1 du même code dispose que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ".

6. D'une part, ressort des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent des règles générales, ne sauraient être utilement invoquées. Les moyens tirés de la méconnaissance de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peuvent donc qu'être écartés.

7.

D'autre part, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision faisant obligation de quitter le territoire français fait suite au constat de ce que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou de ce que celui-ci ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a été entendu dans le cadre du dépôt de sa demande d'asile à l'occasion de laquelle l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnue la qualité de réfugié et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces des dossiers que Mme B et Mme D aient sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'elles aient été empêchées de présenter des observations avant que ne soient prises les décisions contestées. Par suite, la circonstance que Mme Mme B et Mme D n'aient pas été spécifiquement invitées à formuler des observations avant l'édiction des décisions portant obligation de quitter le territoire français n'entache pas d'irrégularité les procédures d'éloignement menées par le préfet de la Haute-Garonne à leur encontre. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu doivent être écartés.

8. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées ni des pièces des dossiers que l'autorité préfectorale n'aurait pas été procédé à un examen réel et sérieux de la situation des appelantes.

9. En quatrième lieu, il ne ressort pas de la motivation des décisions attaquées que le préfet se soit cru en situation de compétence liée et tenu de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre des appelantes en raison du rejet de leurs demandes d'asile. Les moyens tenant aux erreurs de droit dont seraient entachées les mesures d'éloignement en litige pour incompétence négative doivent ainsi être écartés.

10. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ressort des pièces des dossiers que Mme B et Mme D, ressortissantes albanaises, sont entrées en France le 27 septembre 2021 et ont formé chacune une demande d'asile, rejetées le 8 juin 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Si les appelantes font valoir qu'elles résident en France ensemble avec le fils de Mme B, né le 16 janvier 2022 à Toulouse, elles ne démontrent pas que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer ailleurs qu'en France, notamment en Albanie, où elles ont passé l'essentiel de leur existence et où elles n'établissent pas être dépourvues d'attaches. Par ailleurs, si les appelantes font valoir qu'elles bénéficient d'attaches stables, intenses et anciennes en France, elles ne justifient d'aucun lien sur le territoire français en dehors de leur cellule familiale. Au surplus, si elles se prévalent de leur parfaite intégration sur le territoire français, les seuls éléments versés aux dossiers, tel que le suivi de cours d'alphabétisation depuis avril 2022 par Mme B, ne sont pas de nature à attester d'une intégration particulière. Enfin, si Mme D évoque son état de santé, elle ne verse aucun élément à l'appui de ce propos. Compte tenu de la durée et des conditions de séjour de Mme B et Mme D, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'ont pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B et Mme D une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

12. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être mentionnés, les circonstances invoquées par Mme B et Mme D ne permettent pas d'établir que les décisions attaquées, qui n'ont par ailleurs ni pour objet ni pour effet de fixer le pays de destination, auraient sur leurs situations personnelles des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

14. Si Mme B et Mme D soutiennent en cause d'appel que les mesures d'éloignement portent atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de Mme B, Amar, né le 16 janvier 2022, les décisions attaquées n'ont pas pour conséquence de séparer Mme B et Mme D de cet enfant mineur qui est de même nationalité et qui a vocation à accompagner sa mère et sa grand-mère hors de France. Par suite, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, qui n'impliquent pas la séparation des requérantes de l'enfant de Mme B, ne peuvent être regardées comme ayant été prises en méconnaissance de son intérêt supérieur ni au terme d'une erreur d'appréciation du préfet de la Haute-Garonne.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire de trente jours :

15. En premier lieu, les décisions du préfet de la Haute-Garonne fixant le délai de départ volontaire de trente jours mentionnent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application et précisent que Mme B et Mme D ne font pas état de circonstances justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours leur soit accordé. Contrairement à ce que soutiennent les appelantes, il ne ressort pas des termes des décisions que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de leurs situations.

16. En deuxième lieu, Mme D soutient que la décision du 3 octobre 2022 est entachée d'une incompétence de son signataire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que par l'arrêté du 6 avril 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2022-137 de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme G E, directrice des migrations et de l'intégration à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers. La décision contenue dans l'arrêté préfectoral du 3 octobre 2022 n'étant pas exceptée de cette délégation de signature, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

17. En troisième lieu, Mme B et Mme D n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, elles ne peuvent utilement soutenir que les décisions fixant le délai de départ volontaire de trente jours seraient dépourvues de base légale.

18. En quatrième lieu, il ne ressort pas de la motivation des décisions attaquées que le préfet se soit cru en situation de compétence liée et tenu de fixer un délai de départ volontaire de trente jours à l'encontre des appelantes. Les moyens tenant à l'incompétence négative doivent ainsi être écartés.

19. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparait nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ".

20. Si les appelantes font valoir que les éléments de leurs dossiers justifiaient l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, cette circonstance ne suffit pas à établir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans la fixation du délai de départ de trente jours.

21. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés aux points 15, 18 et 20 de la présente ordonnance, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit en fixant le délai de départ volontaire de trente jours.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

22. En premier lieu, les décisions par lesquelles le préfet a fixé le pays de destination visent les textes dont il a été fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a mentionné le rejet des demandes d'asile des intéressées et a indiqué qu'elles ne prouvent pas être exposées à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, ces décisions sont suffisamment motivées en droit et en fait. Contrairement à ce que soutiennent les appelantes, il ne ressort pas des termes des décisions que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de leurs situations pour fixer le pays de destination.

23.

En deuxième lieu, il ressort des pièces des dossiers que par l'arrêté du 6 avril 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2022-137 de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme G E, directrice des migrations et de l'intégration à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers. Les décisions contenues dans les arrêtés préfectoraux du 9 septembre 2022 et du 3 octobre 2022 n'étant pas exceptées de cette délégation de signature, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions fixant le pays de destination de Mme B et Mme D manquent en fait et doivent, dès lors, être écartés.

24. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

25. Mme B et Mme D soutiennent qu'elles encourent des risques personnels en cas de retour dans leur pays d'origine depuis qu'elles ont recherché la fille de Mme D et mère de Mme B, compte tenu des menaces de représailles de la part d'ennemis du père de Mme B, qui ont enlevé sa mère alors qu'elle était encore enfant. Mme B fait valoir également qu'elle craint d'être exposée à de mauvais traitements de la part de son ex-compagnon. Toutefois, alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 8 juin 2022, elles n'apportent aucun nouvel élément de nature à établir la réalité des risques auxquels elles seraient directement et personnellement exposées en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, les décisions fixant leur pays de destination ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la demande de suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

26. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les dispositions de l'article L. 743-3 du même code : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ".

27. Mme B et Mme D reprennent devant la cour leurs conclusions aux fins de suspension des décisions leur faisant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article L. 752-5 du code de justice administrative, de telles conclusions ne peuvent être présentées que devant le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Par suite, les conclusions de Mme B et Mme D tendant à la suspension de l'exécution de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français réitérées en appel sont irrecevables.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par Mme B et Mme D sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes nos 23TL00200 et 23TL00202 de Mme B et Mme D sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, Mme F D, Me Sylvain Laspalles et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 31 août 2023.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Nos 23TL00200, 23TL0020

Décisions similaires

CAA75excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997

Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

01/06/2026

CAA31excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807

Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.

01/06/2026

CAA31excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714

Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

04/05/2026

CAA13excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

← Retour aux décisions