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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00217

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00217

mardi 18 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00217
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantPRUDHON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit un retour sur le territoire français pour une période de six mois.

Par un jugement n° 2205828 du 13 décembre 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une ordonnance n° 23MA00101 du 16 janvier 2023, la présidente de la cour administrative d'appel de Marseille a transmis à la cour administrative d'appel de Toulouse le dossier de la requête d'appel présentée par M. B.

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2023, M. B, représenté par Me Prudhon, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Montpellier du 13 décembre 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 7 novembre 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en adoptant la mesure d'éloignement et en prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois au regard de sa situation ;

- la décision fixant le pays de destination est privée de base légale par suite de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, de nationalité marocaine né le 12 mai 1989, fait appel du jugement du 13 décembre 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. D'une part, M. B soutient qu'il est entré en France en novembre 2019 et affirme y résider depuis de manière continue. Si le requérant verse au dossier diverses pièces telles qu'une attestation sur l'honneur d'hébergement datée du 19 mars 2021, une attestation d'assurance locataire débutant le 1er novembre 2022, soit postérieurement à la décision attaquée, ou divers témoignages, ces pièces ne permettent pas d'établir la date de son entrée sur le territoire national ni la continuité de sa présence en France. D'autre part, M. B fait valoir que ses attaches sont en France dès lors qu'il entretient une relation de concubinage avec une ressortissante française depuis le mois de juin 2022 et qu'ils se sont mariés le 17 décembre suivant. Toutefois, alors que l'intéressé a vécu la majorité de sa vie dans son pays d'origine et qu'il n'établit pas ni même n'allègue y être démuni d'attaches, les éléments dont fait état le requérant postérieurs à la date à laquelle le préfet a pris la mesure d'éloignement contestée, en particulier son mariage avec une personne de nationalité française, sont sans incidence sur la légalité de cette mesure qui s'apprécie à la date de son édictin. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que cette relation est récente à la date de la décision en litige. Enfin, l'appelant se prévaut à l'appui de sa requête d'une promesse d'embauche établie le 30 septembre 2022 en contrat à durée indéterminée à temps plein pour un emploi de préparateur automobile. Toutefois, l'attestation transmise à ce sujet précise que l'emploi de M. B ne pourra être effectif que sous réserve d'obtenir une autorisation de travail en France. Si l'appelant fait également valoir qu'il souffre d'une sub-luxation du nerf ulnaire du coude et qu'il a besoin de soins, les pièces produites par l'appelant ne permettent pas d'établir la nécessité de recevoir des soins en France. Dans ces conditions, au regard des conditions du séjour en France de l'appelant et du caractère récent de sa relation avec une personne de nationalité française, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale sur le territoire nationale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français aurait sur la situation personnelle et familiale de l'appelant des conséquences d'une gravité exceptionnelle. Par suite, en prononçant cette mesure d'éloignement, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :

6. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés aux points 4 et 5 ci-dessus, le préfet de l'Hérault n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur la décision fixant le pays de destination :

7. Il résulte de ce qui a été exposé ci-dessus que M. B n'a pas démontré l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour en France pour une durée de six mois. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 18 avril 2023.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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