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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00231

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00231

jeudi 17 juillet 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00231
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL LÉTANG AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 janvier 2023, le 17 mai 2023 et les 13 et 29 septembre 2023, la société anonyme Fremarc, représentée par Me Encinas, demande à la cour :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel le maire de Noé a délivré à la société à responsabilité limitée Christal un permis de construire valant autorisation d'exploitation commerciale pour l'extension de la surface de vente d'un ensemble commercial à l'enseigne Super U et de ses réserves, la création d'un auvent " drive " quatre pistes, la modification du parking et la modification de bureaux à l'étage ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Noé et de l'Etat une somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable et elle justifie d'un intérêt pour agir contre l'arrêté attaqué ;

- l'avis de la Commission nationale d'aménagement commercial est irrégulier, en raison de la convocation irrégulière des membres de cette commission ; sauf à ce qu'il soit justifié de l'envoi et de la réception effective des pièces du dossier par ceux-ci au moins cinq jours avant la tenue de la réunion, l'avis est irrégulier ; ce vice, qui a pu influer sur le sens de la décision ou priver les personnes intéressées d'une garantie, n'est pas régularisable ;

- en favorisant la création de commerces de moins de 300 m² de surface de vente, le projet est incompatible avec les orientations du schéma de cohérence territoriale du pays Sud Toulousain ;

- la Commission nationale d'aménagement commercial, en délivrant un avis favorable au projet, a commis une erreur d'appréciation sur le critère de la localisation de ce projet, dans la mesure où cette localisation est excentrée par rapport aux lieux de vie et n'est pas aisément accessible et où le site du projet est déconnecté du tissu urbain de la commune ;

- elle a commis une erreur d'appréciation sur le critère de la consommation économe de l'espace en prenant en considération la plantation de 79 arbres sur le parc de stationnement à partir d'un récépissé de demande de permis de construire modificatif alors que le permis de construire n'avait pas encore été accordé ;

- elle a commis une erreur manifeste d'appréciation sur le critère de l'effet du projet sur l'animation de la vie urbaine, l'existence d'une évasion commerciale n'étant pas démontrée par l'analyse d'impact dont la méthode interroge ainsi que la pertinence de la projection ; les besoins en grandes surfaces alimentaires sont couverts par l'offre actuelle et les besoins futurs le seront ; il est erroné d'affirmer que le secteur non-alimentaire serait en très large sous-densité ; le projet ne démontre pas proposer une offre complémentaire dans la zone de chalandise ;

- elle a commis une erreur d'appréciation sur le critère de l'effet du projet sur les flux de transport ; elle aurait dû relever les insuffisances du dossier, notamment l'absence d'étude de trafic et ses données insuffisantes et obsolètes ; compte-tenu des difficultés de circulation aux abords du site, il n'est pas démontré que le projet ne pourra générer de saturation des voies ; le flux supplémentaire, notamment celui généré par le " drive ", n'a pas été suffisamment analysé ;

- elle a commis une erreur d'appréciation quant aux modes alternatifs de déplacement, compte tenu de l'insuffisance de la desserte en transports en commun et de celle de la desserte piétonne, non sécurisée ; la desserte par mode doux de déplacement est limitée, voire dangereuse ;

- elle a commis une erreur manifeste d'appréciation sur le critère de la contribution du projet à la préservation et à la revitalisation du centre-ville alors que le projet s'inscrit dans un contexte de centres fragilisés et qu'il compromet la préservation et la revitalisation du tissu urbain du centre-ville de Noé, des communes limitrophes et de celle de Carbonne ;

- elle a commis une erreur manifeste d'appréciation sur le critère de la qualité environnementale du projet alors que le respect de la réglementation technique 2012 n'est pas en soi un gage de qualité et que le recours aux énergies renouvelables demeure limité ; le projet n'est pas vertueux en matière de limitation de l'imperméabilisation des sols ;

- l'insertion paysagère et architecturale du projet est médiocre ; aucun effort significatif n'a été fourni pour atténuer l'impact visuel de l'ensemble commercial ; la commission aurait dû relever cette piètre qualité architecturale du site et du projet ;

- le projet ne répond pas à l'objectif de protection des consommateurs ; la commission a commis une erreur d'appréciation en ce que la création d'un point de collecte de colis, qui concurrence un point de relais colis en centre-ville, ne constitue pas un point positif du projet ; ce projet ne participe pas à une meilleure accessibilité de l'offre par rapport aux lieux de vie, ne contribue pas à la revitalisation du tissu commercial de Noé et à la préservation des centres urbains du secteur, ne comble pas de friche, et ne permet pas la mise en place de partenariat avec les commerces de centre-ville ; le site est exposé à plusieurs risques naturels, qui n'ont pas été pris en considération.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 avril, 25 septembre et 9 octobre 2023, la société à responsabilité limitée Christal, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que la cour prononce un sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Fremarc une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- aucun des moyens soulevés par la société Fremarc n'est fondé ;

- si la cour entendait retenir le vice tiré de la méconnaissance de la procédure prévue à l'article R. 752-35 du code de commerce, elle devrait prononcer un sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, la commune de Noé, représentée par Me Faure-Tronche, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Fremarc une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la société Fremarc n'est fondé.

Par ordonnance du 5 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 12 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Teulière, président assesseur,

- les conclusions de M. Diard, rapporteur public,

- les observations de Me Courrech, représentant la société Christal,

- et les observations de Me Faure-Tronche, représentant la commune de Noé.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée Christal a déposé, le 21 décembre 2021, auprès des services de la commune de Noé (Haute-Garonne) une demande de permis de construire valant autorisation d'exploitation commerciale portant sur un projet d'extension de la surface de vente d'un ensemble commercial à l'enseigne Super U et de ses réserves, la création d'un auvent " drive " quatre pistes, la modification du parking et la modification de bureaux à l'étage, sur un terrain sis à La Maladrerie, parcelles cadastrées section OC nos 1975, 2168 et 2171. La Commission nationale d'aménagement commercial a émis, le 13 octobre 2022, un avis favorable sur ce projet. Par un arrêté du 21 novembre 2022, le maire de Noé a délivré à la société pétitionnaire le permis de construire sollicité valant autorisation d'exploitation commerciale. Par la présente requête, la société Fremarc, qui exploite à Carbonne un supermarché à l'enseigne Auchan, demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il vaut autorisation d'exploitation commerciale.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la légalité externe de l'avis de la Commission nationale d'aménagement commercial du 13 octobre 2022 :

2. Aux termes de l'article R. 752-35 du code de commerce : " La commission nationale se réunit sur convocation de son président. / Cinq jours au moins avant la réunion, chacun des membres reçoit, par tout moyen, l'ordre du jour ainsi que, pour chaque dossier : / 1° L'avis ou la décision de la commission départementale ; / 2° Le procès-verbal de la réunion de la commission départementale ; / 3° Le rapport des services instructeurs départementaux ; / 4° Le ou les recours à l'encontre de l'avis ou de la décision ; / 5° Le rapport du service instructeur de la commission nationale ".

3. D'une part, il ressort des pièces produites par la Commission nationale d'aménagement commercial, comprenant une attestation de sa directrice de projets et une attestation de la société Dematis, en charge des communications électroniques, que les convocations à la réunion du 13 octobre 2022 ont été transmises par voie dématérialisée le 28 septembre 2022 aux membres de cette commission. D'autre part, il ressort de l'attestation de la directrice de projets de cette commission, corroborée par une capture d'écran d'une plateforme d'échange de fichiers, que les documents mentionnés à l'article R. 752-35 ont été mis à disposition des membres de la commission par cette plateforme le 6 octobre 2022, soit plus de cinq jours avant la réunion de cette commission. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité de la convocation des membres de la commission et de l'absence de mise à disposition de ces derniers des documents mentionnés à l'article R. 752-35 du code de commerce doivent être écartés.

En ce qui concerne la légalité interne de l'avis de la Commission nationale d'aménagement commercial :

4. Aux termes de l'article L. 752-6 du code de commerce : " () La commission départementale d'aménagement commercial prend en considération : / 1° En matière d'aménagement du territoire : / a) La localisation du projet et son intégration urbaine ; / b) La consommation économe de l'espace, notamment en termes de stationnement ; / c) L'effet sur l'animation de la vie urbaine, rurale et dans les zones de montagne et du littoral ; / d) L'effet du projet sur les flux de transports et son accessibilité par les transports collectifs et les modes de déplacement les plus économes en émission de dioxyde de carbone ; / e) La contribution du projet à la préservation ou à la revitalisation du tissu commercial du centre-ville de la commune d'implantation, des communes limitrophes et de l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre dont la commune d'implantation est membre ; / f) Les coûts indirects supportés par la collectivité en matière notamment d'infrastructures et de transports ; / 2° En matière de développement durable : / a) La qualité environnementale du projet, notamment du point de vue de la performance énergétique et des émissions de gaz à effet de serre par anticipation du bilan prévu aux 1° et 2° du I de l'article L. 229-25 du code de l'environnement, du recours le plus large qui soit aux énergies renouvelables et à l'emploi de matériaux ou procédés éco-responsables, de la gestion des eaux pluviales, de l'imperméabilisation des sols et de la préservation de l'environnement ; / b) L'insertion paysagère et architecturale du projet, notamment par l'utilisation de matériaux caractéristiques des filières de production locales ;c) Les nuisances de toute nature que le projet est susceptible de générer au détriment de son environnement proche. Les a et b du présent 2° s'appliquent également aux bâtiments existants s'agissant des projets mentionnés au 2° de l'article L. 752-1 ; / 3° En matière de protection des consommateurs :/a) L'accessibilité, en termes, notamment, de proximité de l'offre par rapport aux lieux de vie ; / b) La contribution du projet à la revitalisation du tissu commercial, notamment par la modernisation des équipements commerciaux existants et la préservation des centres urbains ;/ c) La variété de l'offre proposée par le projet, notamment par le développement de concepts novateurs et la valorisation de filières de production locales ;/d) Les risques naturels, miniers et autres auxquels peut être exposé le site d'implantation du projet, ainsi que les mesures propres à assurer la sécurité des consommateurs./() ".

5. L'autorisation d'aménagement commercial ne peut être refusée que si, eu égard à ses effets, le projet contesté compromet la réalisation des objectifs énoncés par la loi. Il appartient aux commissions d'aménagement commercial, lorsqu'elles statuent sur les dossiers de demande d'autorisation, d'apprécier la conformité du projet à ces objectifs, au vu des critères d'évaluation mentionnés à l'article L. 752-6 du code de commerce.

S'agissant de l'objectif d'aménagement du territoire :

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le projet, qui consiste en une extension d'un ensemble commercial déjà existant, est situé au sud de la commune de Noé, au lieu-dit la Maladrerie, le long de la route départementale 617, dans un secteur à développer ayant vocation à accueillir des activités économiques. Si le site d'implantation se trouve distant d'environ 1,7 kilomètre du centre-ville, l'analyse d'impact jointe à la demande d'autorisation d'exploitation commerciale précise que le projet est au contact de zones résidentielles de Noé, à moins de 200 mètres des premières habitations à vol d'oiseau et le rapport d'instruction devant la Commission nationale d'aménagement commercial mentionne également la présence de quelques habitations dans le périmètre d'un kilomètre ainsi que celle, à l'est, de zones d'habitats individuels peu denses. Par suite, le projet d'extension en litige ne peut être regardé comme déconnecté du tissu urbain de la commune de Noé.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'avis du ministre chargé de l'urbanisme, que le projet s'intègre dans un site accueillant déjà un ensemble commercial et ne peut être regardé comme étant consommateur d'espaces supplémentaires. Le projet ayant donné lieu à un avis favorable de la Commission nationale d'aménagement commercial participe ainsi d'une consommation économe de l'espace. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la société Fremarc, la commission pouvait légalement prendre en compte la plantation de 79 arbres supplémentaires prévue dans le cadre d'une modification du projet alors que le maire de Noé n'avait pas encore statué sur la demande.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'analyse d'impact qui n'est pas utilement contestée sur ces points, que la zone de chalandise du projet est comprise dans l'aire d'attraction de la métropole toulousaine, qui polarise les flux quotidiens de trajets domicile-travail et que cette polarisation contribue à une évasion commerciale vers des pôles commerciaux existants hors de la zone de chalandise. Il ressort également de la même analyse que les centres-villes des communes comprises dans la zone de chalandise sont peu structurés et présentent un tissu commerçant peu équipé et une offre particulièrement faible dans le secteur non alimentaire. Dès lors, ainsi que l'a relevé la direction départementale des territoires de la Haute-Garonne dans son avis de synthèse, le projet en litige est de nature à limiter l'évasion commerciale vers les pôles commerciaux existants des communes de Muret et Roques-sur-Garonne, hors de la zone de chalandise. En répondant à un besoin, tout particulièrement dans le secteur non alimentaire, ce projet contribue également à équilibrer l'offre sur le territoire. Dans ces conditions, il ne peut être regardé comme ayant une incidence négative sur l'animation de la vie urbaine, dans un contexte marqué par une forte augmentation de la population sur la zone de chalandise. Il n'est également pas démontré, s'agissant d'une extension mesurée de 1 081,80 m² de la surface de vente qui sera portée de 4 490,37 m² à 5 572,17 m², que le projet aurait un effet concurrentiel significatif, risquant de dévitaliser le centre-ville de Noé, lequel ne compte que deux cellules vacantes vétustes, dont un ancien bar. En outre, il est constant que le commerce de parapharmacie qui devait être installé dans la galerie marchande n'est plus prévu et qu'il sera remplacé par un commerce de vente de biens d'occasion. Pour les autres communes limitrophes, le nombre de fonds vacants est globalement faible et la vacance s'explique surtout par des facteurs structurels locaux. Compte-tenu de l'offre en grandes surfaces présente sur la commune de Carbonne, la plus éloignée de la zone de chalandise, l'extension du centre commercial de Noé n'aura également pas de véritable incidence sur son centre-ville. Ainsi, le projet en litige ne peut être regardé comme nuisant à la préservation et la revitalisation des centres-bourgs de la zone de chalandise, alors même que la commune de Noé participe à un programme régional en faveur des bourgs-centres et que celle de Carbonne est incluse dans le dispositif " Petite ville de demain ".

9. En quatrième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet dispose d'une desserte routière sécurisée. Compte tenu des éléments chiffrés du dossier de demande indiquant, à partir de comptages du département de la Haute-Garonne en 2019, un flux journalier moyen de 2 720 véhicules sur la route départementale 617 pour un seuil de saturation fixé à 20 000 pour ce type d'axe et 152 véhicules supplémentaires par jour prévus sur la base d'une estimation des clients supplémentaires du supermarché, il n'est pas démontré, nonobstant l'absence d'étude de trafic, que le flux supplémentaire de véhicules généré par le projet d'extension serait susceptible de créer un risque de saturation de la route départementale. Si la société requérante critique ces données comme étant obsolètes ou insuffisantes, un procès-verbal du 2 septembre 2022 de commissaire de justice versé aux débats par la société pétitionnaire confirme la fluidité du trafic un vendredi vers 17 heures à l'entrée du centre commercial. D'autre part, s'il est exact que les pistes piétonne et cyclable permettant l'accès au site en mode de déplacement doux sont peu aménagées et sécurisées, il ressort des pièces du dossier que le site est, par ailleurs, desservi en transports en commun, par plusieurs lignes de bus, dont la fréquence de passage ne peut être regardée comme insuffisante.

10. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le projet serait de nature à compromettre la réalisation de l'objectif d'aménagement du territoire fixé par l'article L. 752-6 du code de commerce, au vu des critères d'évaluation qu'il mentionne.

S'agissant de l'objectif de développement durable :

11. Pour apprécier la qualité environnementale du projet, la Commission nationale d'aménagement commercial a relevé que les façades seront vitrées pour réduire la consommation électrique, que ce système sera couplé avec un éclairage " led " pour l'ensemble de la construction et que 56 % des toitures des extensions pour une surface de 1 213 m² accueilleront des panneaux photovoltaïques, ce qui permettra la couverture de 20 % de la consommation du magasin. En estimant limité un tel recours aux énergies renouvelables, la société requérante ne remet pas utilement en cause les constats qui précèdent. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les mesures prévues en matière d'imperméabilisation des sols, telles que la suppression de places de stationnement ou la végétalisation de surfaces de stationnement, permettront, malgré l'extension du bâtiment, d'améliorer le taux de perméabilité qui passera de 24,15 % à 25,54 % après projet. Enfin, la commission a pu, à bon droit, prendre en considération l'attestation de prise en compte de la réglementation technique 2012 présente dans le dossier de demande pour apprécier l'isolation du bâtiment. Dans ces conditions, le projet améliore le volet environnemental du site ainsi que l'a relevé le ministre chargé de l'urbanisme.

12. Il ressort des pièces du dossier que, pour assurer l'insertion paysagère et architecturale du projet, le site d'implantation doit accueillir 272 arbres supplémentaires, que des structures en bois de type poteau seront placées pour déstructurer les façades linéaires de la construction en bardage métallique et que les angles seront traités en façades végétalisées. D'ailleurs, l'avis du ministre chargé de l'urbanisme est sur ce point positif en raison de la présence d'espaces paysagers plus qualitatifs et de murs végétalisés sur une surface de 225 m². Ainsi qu'il a été exposé au point 7 du présent arrêt, la Commission nationale d'aménagement commercial a pu, au titre de l'insertion paysagère, légalement tenir compte de la modification du projet prévoyant la plantation de 79 arbres supplémentaires, dès lors que cette modification est intervenue en cours d'instruction, avant la délivrance du permis. Dans ces conditions et alors que le projet consiste seulement en une extension du centre commercial existant, la société Fremarc n'est pas fondée à soutenir que son insertion paysagère et architecturale serait médiocre, ni qu'aucun effort significatif n'aurait été fourni pour atténuer l'impact visuel de l'ensemble commercial.

13. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le projet serait de nature à compromettre la réalisation de l'objectif de développement durable fixé par l'article L. 752-6 du code de commerce, au vu des critères d'évaluation qu'il mentionne.

S'agissant de l'objectif de protection des consommateurs :

14. Eu égard à ce qui a été indiqué précédemment sur la localisation du projet, l'offre ne peut être regardée comme éloignée, en termes d'accessibilité, des lieux de vie. De même, eu égard à ce qui a été précédemment exposé en ce qui concerne l'effet du projet sur l'animation de la vie urbaine et sa contribution à la préservation ou à la revitalisation du tissu commercial, le projet en litige ne peut être regardé comme ne contribuant pas à cette revitalisation dès lors, notamment, qu'il répond à un besoin dans le secteur non alimentaire dans un contexte de forte augmentation de la population sur la zone de chalandise.

15. Il ressort des pièces du dossier qu'en termes de variété de l'offre, le projet apporte une amélioration du confort de la clientèle, notamment par une offre élargie de produits, l'élargissement des allées, l'accès facilité aux rayonnages et une optimisation de l'agencement. Ainsi, il est favorable aux consommateurs en termes de variété de l'offre, alors même que le dossier de demande fait mention d'un nouveau service de point de retrait de colis et qu'existe un service du même type en centre-ville de Noé.

16. Il ressort des pièces du dossier que la société pétitionnaire a pris en compte les risques naturels auxquels le site d'implantation est exposé. Si la société requérante critique leur absence de prise en compte pour la réalisation du projet, il n'est toutefois aucunement établi que ces aléas impliqueraient la prise de mesures spécifiques de protection des consommateurs.

17. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le projet serait de nature à compromettre la réalisation de l'objectif de protection des consommateurs fixé par l'article L. 752-6 du code de commerce, au vu des critères d'évaluation qu'il mentionne.

18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les moyens tirés d'erreurs d'appréciation de la commission nationale d'aménagement commercial sur les objectifs et critères fixés par l'article L. 752-6 du code de commerce doivent être écartés.

En ce qui concerne la compatibilité du projet avec le schéma de cohérence territoriale du pays Sud Toulousain :

19. Il résulte du I de l'article L. 752-6 du code de commerce que l'autorisation d'exploitation commerciale mentionnée à l'article L. 752-1 de ce code doit être compatible avec le document d'orientation et d'objectifs des schémas de cohérence territoriale. Il appartient aux commissions d'aménagement commercial non de vérifier la conformité des projets d'exploitation commerciale qui leur sont soumis aux énonciations des schémas de cohérence territoriale, mais d'apprécier la compatibilité de ces projets avec les orientations générales et les objectifs qu'ils définissent.

20. La société requérante soutient que le projet entre en contradiction avec la prescription n° 47 du document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale du pays Sud Toulousain, relative à l'implantation préférentielle des commerces de détail en centre bourg et avec sa prescription n° 49, relative notamment à la délimitation de types de zones d'aménagement commercial. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la zone d'implantation du projet sur la commune de Noé est identifiée par le schéma de cohérence territoriale comme un site économique de bassin " interSCoT " à développer et le document d'orientation et d'objectifs de ce schéma poursuit un objectif de développement de l'offre commerciale soumise à autorisation commerciale de préférence dans les zones d'aménagement commercial de pôles commerciaux. Dès lors, en prévoyant une extension d'un ensemble commercial dans une zone identifiée au schéma de cohérence territoriale comme à développer, le projet est compatible avec ce schéma, alors même que deux cellules devant s'implanter dans la galerie marchande du projet n'atteindraient pas une surface de vente de 300 m². Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompatibilité du projet avec le schéma de cohérence territoriale du pays Sud Toulousain ne peut qu'être écarté.

21. Il résulte de ce qui précède que l'avis de la commission nationale d'aménagement commercial n'est pas entaché d'illégalité. Par voie de conséquence, le maire de Noé a pu légalement accorder à la société Christal le permis de construire en litige valant autorisation d'exploitation commerciale.

22. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la société Fremarc n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel le maire de Noé a délivré un permis de construire valant autorisation d'exploitation commerciale au profit de la société Christal portant sur un projet d'extension de la surface de vente d'un ensemble commercial à l'enseigne super U et de ses réserves, la création d'un auvent " drive " quatre pistes, la modification du parking et la modification de bureaux à l'étage.

Sur les frais liés au litige :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Noé et de l'Etat, qui ne sont pas les parties perdantes à la présente instance, une quelconque somme demandée par la société Fremarc au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la société requérante le versement à la commune de Noé et à la société Christal, respectivement, d'une somme de 2 000 euros au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Fremarc est rejetée.

Article 2 : La société Fremarc versera à la société Christal une somme de 2 000 euros et à la commune de Noé une même somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société anonyme Fremarc, à la société à responsabilité limitée Christal, à la commune de Noé, et à la Commission nationale d'aménagement commercial.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

M. Chabert, président,

M. Teulière, président assesseur,

M. Jazeron, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2025.

Le rapporteur,

T. Teulière

Le président,

D. ChabertLa greffière,

N. Baali

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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CAA13excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

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