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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00381

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00381

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00381
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantMIREPOIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS).

Par un jugement no 2207214 du 20 décembre 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 14 février 2023, M. B, représenté par Me Mirepoix, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'infirmer ce jugement ;

3°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2022 du préfet de la Haute-Garonne ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens et une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de lui verser cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est entaché, dans ses réponses aux moyens soulevés, d'erreurs de droit, d'appréciation et de dénaturation des faits ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice de procédure, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit ainsi que d'une erreur d'appréciation, en considération de son droit à se maintenir en France ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation et sur les conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait et d'un défaut d'examen ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait et d'un défaut d'examen ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation et sur les conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait, d'un défaut d'examen ainsi que d'incompétence négative ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est intervenue en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le requérant n'est pas fondé à invoquer l'absence de risque de fuite ;

- le moyen soulevé tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas fondé ;

- le tribunal a examiné sans erreur avant de les écarter l'ensemble des moyens soulevés.

Par ordonnance du 30 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 juillet 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Teulière, président-assesseur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bosnien, né le 5 octobre 1989, a déclaré être entré en France au début de l'année 2022. Le 14 septembre 2022, il a été écroué au centre pénitentiaire de Seysses (Haute-Garonne), à la suite d'une condamnation à une peine de quatre mois d'emprisonnement, notamment pour des faits de recel de bien provenant d'un vol et de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité. Par un arrêté du 12 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un jugement du 20 décembre 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté la demande de M. B tendant à l'annulation de cet arrêté. M. B relève appel de ce jugement.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Le bureau d'aide juridictionnelle ayant statué sur sa demande, les conclusions de M. B tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En vertu de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État, à la détermination de l'État responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, (), ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement. ". En vertu de l'article L. 521-7 de ce code : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'État. (). La délivrance de cette attestation ne peut être refusée au motif que l'étranger est démuni des documents et visas mentionnés à l'article L. 311-1. Elle ne peut être refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 521-1 du même code : " () lorsqu'un étranger, se trouvant à l'intérieur du territoire français, demande à bénéficier de l'asile, l'enregistrement de sa demande relève du préfet de département et, à Paris, du préfet de police ". Et, aux termes de l'article R. 521-4 dudit code : " Lorsque l'étranger se présente en personne auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, des services de police ou de gendarmerie ou de l'administration pénitentiaire, en vue de demander l'asile, il est orienté vers l'autorité compétente. () Ces autorités fournissent à l'étranger les informations utiles en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile et dispensent pour cela la formation adéquate à leurs personnels ".

4. Les dispositions précitées ont pour effet d'obliger l'autorité de police à transmettre au préfet, et ce dernier à enregistrer, une demande d'admission au séjour lorsqu'un étranger formule une demande d'asile, à l'occasion de son interpellation. Hors les cas concernant l'hypothèse d'un ressortissant étranger formulant sa demande d'asile à la frontière ou en rétention et hors les cas visés aux c) et d) du 2° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet saisi d'une demande d'asile est ainsi tenu de délivrer au demandeur l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 précité. Ces dispositions font donc nécessairement obstacle à ce que l'autorité administrative prenne une mesure d'éloignement à l'encontre de l'étranger qui, avant le prononcé d'une telle mesure, a clairement exprimé le souhait de former une demande d'asile devant les services de police lors de son interpellation, même s'il ne s'est pas volontairement présenté devant eux.

5. En l'espèce, il ressort du procès-verbal d'audition de M. B établi le 7 avril 2022 par les services de police, qu'interrogé sur sa situation administrative en France, l'intéressé a déclaré vouloir demander l'asile en France. Il est constant que l'intéressé a alors été orienté vers l'autorité préfectorale qui lui a remis un dossier de demande d'asile le 12 avril 2022, et qu'il a obtenu, le 31 mai suivant, une attestation de demande d'asile valable du 12 avril 2022 au 11 octobre 2022. L'autorité administrative a ainsi satisfait aux obligations découlant des dispositions citées au point 3. Il est également constant que le requérant n'a pas présenté de demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai de vingt-et-un jours requis par l'article R. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'il soutient en appel que la perte, au cours du mois de juin 2022, des documents relatifs à l'asile l'en aurait empêché et s'il a effectivement déclaré une telle perte lors de sa dernière audition en date du 19 octobre 2022 par les services de police, il n'a cependant fourni à cette occasion aucune précision permettant de la dater. Par conséquent, il ne peut être tenu pour établi que le défaut d'introduction de sa demande auprès de l'office serait dû à la circonstance alléguée par M. B. Par ailleurs, les termes de ses réponses, lors de l'entretien du 19 octobre 2022, ne permettent pas de considérer qu'il aurait alors clairement exprimé le souhait ou la volonté de persister dans sa demande de protection au titre de l'asile. Dès lors, le moyen tiré d'un vice de procédure en raison du fait que les services pénitentiaires n'auraient pas orienté sa demande vers les services préfectoraux et ne lui auraient pas permis d'introduire celle-ci auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, doit être écarté.

6. Pour les motifs exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur de fait, de droit et d'appréciation dont serait entachée la mesure d'éloignement en considération du droit dont se prévaut l'intéressé de se maintenir en France en l'absence de décision de clôture de son dossier par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et eu égard à la faculté d'en solliciter la réouverture, doit également être écarté.

7. Il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté litigieux, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. B avant de prononcer à son encontre une mesure d'éloignement.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. B n'est présent sur le territoire français que depuis le début de l'année 2022. S'il a retiré le 12 avril 2022 un dossier de demande d'asile auprès des services de la préfecture de la Haute-Garonne, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas introduit sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai requis et il n'est pas démontré que cette situation serait due à la circonstance alléguée par M. B de perte des documents relatifs à l'asile. M. B a résidé la majeure partie de sa vie en dehors du territoire national et s'il indique disposer de nombreuses attaches familiales en France, notamment ses parents et un frère, il n'établit pas être dépourvu d'attaches en Bosnie-Herzégovine, où réside, selon ses propres déclarations, son épouse et mère de ses deux enfants. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné à une peine de quatre mois d'emprisonnement notamment pour des faits de recel de bien provenant d'un vol avec destruction et dégradation et de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité. Dans ces conditions et alors au surplus que le requérant ne peut utilement invoquer les risques encourus en Bosnie-Herzégovine à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'implique pas, par elle-même, son éloignement vers son pays d'origine, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé ni davantage d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. La décision attaquée comporte les considérations de fait qui est en constituent le fondement. Il ne ressort ni de la motivation de cette décision, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. B.

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 de ce code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

13. Pour demander l'annulation de la décision attaquée, M. B, qui ne conteste pas qu'il entre dans le champ d'application des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'a retenu le magistrat désigné, se borne à se prévaloir du fait que sa volonté de poursuivre le déroulé de sa demande d'asile révélée lors de son audition du 19 octobre 2022 constituerait une circonstance particulière faisant obstacle à ce que le risque de fuite soit, en l'espèce, regardé comme établi. Cependant, contrairement à ce qu'il soutient, il n'a pas clairement exprimé, à l'occasion de cet entretien, le souhait de persister dans sa demande au titre de l'asile. Par suite, le moyen d'une erreur de droit et d'appréciation dont serait entachée la décision querellée doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

15. La décision attaquée comporte les considérations de fait qui est en constituent le fondement. Il ne ressort ni de la motivation de cette décision, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. B. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que cette autorité n'aurait pas exercé sa compétence et qu'elle se serait cru à tort liée par l'absence de demande de l'intéressé auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

16. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

17. M. B n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il serait exposé à des risques de persécutions en cas de retour en Bosnie-Herzégovine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour un durée de trois ans :

18. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire.

19. La décision attaquée comporte les considérations de fait qui est en constituent le fondement. Il ne ressort ni de la motivation de cette décision, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. B.

20. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation ou sur les conséquences de la décision, doivent être écartés

21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ( )". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

22. Ainsi que l'a relevé le magistrat désigné, M. B n'est présent sur le territoire français, selon ses déclarations, que depuis le début de l'année 2022. Il ne justifie pas de liens intenses, stables et anciens avec la France et son comportement trouble l'ordre public. Il n'établit pas les risques de persécutions qu'il allègue en cas de retour en Bosnie-Herzégovine. Il ne peut être regardé comme ayant clairement manifesté son souhait de persister dans sa demande au titre de l'asile. Dès lors, en l'absence de circonstances humanitaires qui justifieraient que l'autorité administrative s'abstienne d'édicter une telle décision, le préfet de la Haute-Garonne, a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.

23. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 décembre 2022 du préfet de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié M. A B, à Me Mirepoix et au ministre de l'intérieur.

Copie sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Chabert, président de chambre,

M. Teulière, président assesseur,

M. Jazeron, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

T. Teulière

Le président,

D. Chabert La greffière,

N. Baali

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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