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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00393

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00393

lundi 4 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00393
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCAMBON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D C a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 1er avril 2021 par lequel la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de visiteur, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination, et d'enjoindre au préfet du Tarn de réexaminer sa situation.

Par un jugement n° 2102574 du 16 juin 2022, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2023, M. D C, représenté par Me Cambon, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté la préfète du Tarn du 1er avril 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil les entiers dépens ainsi que le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète s'est crue à tort en situation de compétence liée alors qu'il lui appartenait de rechercher si sa situation pouvait correspondre à un autre cas d'admission au séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été adoptée en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la préfète s'est crue à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'erreur de droit et en tout état de cause dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision du 20 septembre 2022 par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné Mme A B pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. C, ressortissant laotien né le 4 janvier 1958 à Ventiane (Laos), est entré en France le 6 février 2020 muni d'un visa court séjour. Il a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour en raison de la crise sanitaire, renouvelée en dernier lieu le 10 novembre 2020. Le 18 décembre 2020, il a sollicité son admission au séjour en qualité de visiteur. Par un arrêté du 1er avril 2021, la préfète du Tarn a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C relève appel du jugement du 16 juin 2022 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande dirigée à l'encontre de cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

3. M. C reprend en appel, dans des termes identiques et sans critique utile du jugement attaqué, les moyens tirés de l'insuffisance de la motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen réel et sérieux de sa demande auxquels les premiers juges ont suffisamment et pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus aux points 4, 5 et 18 du jugement attaqué.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision de refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire portant la mention "visiteur" est délivrée à l'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment des prestations et des allocations mentionnées à la troisième phrase du 2° de l'article L. 314-8. L'étranger doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que si M. C soutient qu'il ne constitue pas une charge pour la solidarité nationale, il a cependant déclaré percevoir une pension de retraite laotienne d'un montant s'élevant à 250 euros par mois et disposer à la date de sa demande d'admission au séjour d'une somme de 1 000 euros sur son compte bancaire. De telles ressources étant insuffisantes pour subvenir à ses besoins, sa fille et son gendre attestent l'héberger à leur domicile et prendre en charge toutes ses dépenses quotidiennes à hauteur de 350 euros par mois. En tout état de cause, cette prise en charge ne saurait suppléer l'insuffisance de ressources du requérant alors qu'il ressort des pièces du dossier que les revenus du couple sont inférieurs au montant minimal des ressources exigé pour une personne seule qui est de 1231 euros nets mensuels sur une année. Ainsi, au titre de l'année 2020, le requérant ne justifie que des revenus de 2019 déclarés par son gendre pour une personne et demi et non des revenus de 2020 perçus par ce dernier, alors que les revenus de sa fille d'août à décembre 2020 sont inférieurs au montant minimal de ressources exigé pour une personne. Par suite, en refusant d'accorder à M. C un titre de séjour en qualité de " visiteur " au motif qu'il ne justifiait pas de ressources propres suffisantes, la préfète du Tarn n'a entaché sa décision d'aucune erreur de droit ni d'aucune erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que si la fille de M. C réside en France sous couvert d'un titre de séjour, son épouse et son fils demeurent au Laos, pays dans lequel il a résidé jusqu'à l'âge de 62 ans. Il expose qu'il n'a pu retourner dans son pays en raison de la crise sanitaire, alors qu'il disposait d'un billet retour daté du 30 avril 2020, qu'il n'avait pas vu sa fille depuis 2017 et qu'il s'occupe de sa petite-fille depuis son arrivée en France en février 2020, ajoutant qu'il bénéficie de l'assurance maladie sur le territoire national et ne constitue pas une menace. Toutefois, au regard de ces éléments et de la circonstance qu'il ne justifie d'aucune attache personnelle en dehors de ses liens familiaux, ni ne fait état d'éléments d'intégration particulière dans la société française à la date de l'arrêté contesté, la préfète du Tarn n'a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale aucune atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée. Elle n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision au regard de sa vie personnelle doit être écarté.

8. En dernier lieu, ainsi que l'ont estimé à bon droit les premiers juges, il ne ressort pas de la décision attaquée que la préfète se soit crue en situation de compétence liée. Saisie d'une demande de titre de séjour " visiteur ", elle n'était pas tenue d'examiner d'office si M. C pouvait prétendre à un titre de séjour sur un autre fondement que celui qu'il avait sollicité.

Sur les autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire national :

9. En premier lieu, il ressort des dispositions de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédures administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les dispositions du code des relations entre le public et l'administration, notamment celles des articles L. 121-1 et L. 122-1, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées, ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions du code des relations entre le public et l'administration, relative à la procédure contradictoire préalable, doit donc être écarté.

10. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée que la préfète du Tarn se soit crue en situation de compétence liée.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7, la mesure contestée ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le délai de départ volontaire :

12. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.

13. M. C reprend en appel, dans des termes identiques et sans critique utile du jugement attaqué, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de sa situation, de la circonstance que la préfète se serait estimée en situation de compétence liée et de l'erreur manifeste d'appréciation, auxquels les premiers juges ont suffisamment et pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus aux points 19 à 21 du jugement attaqué.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application des dispositions précédemment citées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C, à Me Cambon et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Tarn.

Fait à Toulouse, le 4 septembre 2023.

La présidente-assesseure de la 2ème chambre,

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°23TL00393

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