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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00408

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00408

jeudi 22 juin 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00408
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A C épouse B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2202818 du 23 septembre 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 16 et 24 février 2023, Mme C épouse B, représentée par Me Mazas, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2021 du préfet de l'Hérault ;

3°) d'ordonner au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjointe de français et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement n'est pas suffisamment motivé en violation de l'article L. 9 du code de justice administrative en ce qui concerne son impossibilité de retourner en Algérie même pour une courte période ;

- les premiers juges ont dénaturé les pièces du dossier en ce que le jugement comporte des éléments erronés dans l'analyse des conclusions et des mémoires ;

Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- ces décisions ne sont pas suffisamment motivées en fait et en droit ;

- en raison des conditions et de la durée de son séjour en France, alors qu'elle est exposée en cas de retour en Algérie à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet a méconnu les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ainsi que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de l'atteinte excessive portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France ;

- l'illégalité du refus opposé à sa demande d'admission au séjour a pour conséquence de priver de base légale la mesure d'éloignement prononcée à son encontre ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de prononcer son admission exceptionnelle au séjour compte tenu de l'intensité de sa vie privée et familiale en France dont le respect est protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- en raison des menaces et risques auxquels elle est exposée en cas de retour dans son pays d'origine du fait du comportement de membres de sa famille, en particulier de ses frères, la décision fixant le pays de destination a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme C épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme C épouse B, de nationalité algérienne née le 15 novembre 1988, a déposé le 2 novembre 2021 auprès des services de la préfecture de l'Hérault une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 14 décembre 2021, le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C épouse B fait appel du jugement du 23 septembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Les premiers juges, aux points 3 à 5 de leur jugement, ont cité les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales applicables à la situation de Mme C épouse B et ont précisé les éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale en France de l'intéressée. Alors que le tribunal n'a pas à se prononcer sur tous les arguments soulevés par les parties, il est mentionné au point 5 l'existence de pressions et violences qu'a pu subir l'appelante dans son pays d'origine dans le cadre intrafamilial. Si ce jugement ne fait pas état d'un test de virginité imposé à Mme C épouse B par sa famille, l'absence de mention de cet élément ne suffit pas à caractériser une insuffisance de motivation de la réponse apportée par les premiers juges au moyen tiré de l'atteinte excessive portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard notamment de la possibilité de retourner en Algérie pour obtenir un visa de long séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du jugement doit être écarté.

4. Le moyen tiré de la dénaturation des pièces et écritures de première instance par les premiers juges en ce qui concerne l'analyse des conclusions et mémoires ne relève pas du juge d'appel mais de celui du juge de cassation. Si Mme C épouse B invoque la méconnaissance des dispositions du deuxième alinéa de l'article R. 741-2 du code de justice imposant à la décision d'analyser les conclusions et mémoires, son argumentation se rattache non à la régularité du jugement mais à son bien-fondé dès lors qu'il est reproché à nouveau au tribunal de ne pas avoir mentionné le test de virginité qui lui a été imposé en 2017 dans l'appréciation des violences qu'elle a pu subir de la part de sa famille en Algérie.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

6. L'arrêté par lequel le préfet de l'Hérault a refusé la délivrance d'un titre de séjour à Mme C épouse B vise les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a précisé les conditions d'entrée en France de l'intéressée, son mariage avec un ressortissant français le 2 août 2021 et le fait qu'elle ne peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence en qualité de conjointe de français du fait de l'absence de visa de long séjour. L'autorité administrative a également indiqué qu'au regard de la faible durée et des conditions du séjour en France, le rejet de sa demande de titre séjour ne pouvait être regardée comme portant une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Alors que l'autorité administrative n'a pas faire état de l'ensemble des éléments qui sont invoqués par l'étranger à l'appui de sa demande de titre de séjour, le refus ainsi opposé à la demande de l'intéressée est suffisamment motivé en droit et en fait. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français n'avait pas à être spécifiquement motivée et le moyen tiré du défaut de motivation de ces deux décisions ne peut qu'être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; () ". L'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 stipule que : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () / 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

8. Mme C épouse B soutient être entrée régulièrement en France le 7 août 2019 sous couvert d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa de court séjour. Toutefois, en produisant uniquement devant le tribunal la première page de son passeport délivré le 11 mai 2017, l'intéressée n'établit pas la date et le caractère régulier de son entrée sur le territoire national. A la date de l'arrêté en litige, soit le 14 décembre 2021, son mariage avec un ressortissant français demeure très récent dès lors qu'il a été célébré le 2 août 2021 et si l'appelante verse en appel une copie d'écran montant une photo du couple à la date du vendredi 15 novembre 2019, cette relation revêt en tout état de cause un caractère récent. L'intéressée a vécu habituellement dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 30 ans et s'il est fait état des pressions et violences subies de la part des membres de sa famille, en particulier de ses frères, ainsi que d'un examen gynécologique réalisé le 28 février 2017 qui lui aurait été imposé, il n'en demeure pas moins que Mme C épouse B ne peut justifier d'une vie privée et familiale ancienne à la date à laquelle le préfet de l'Hérault s'est prononcé sur sa demande d'admission au séjour au regard de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, et alors même que la relation entretenue avec son mari a permis à ce dernier de surmonter des difficultés personnelles en raison notamment du décès brutal de sa sœur, l'arrêté en litige ne peut être regardé comme ayant porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doivent être écartés.

9. Mme C épouse B fait valoir en appel qu'en raison des pressions et violences subies dans le cadre intrafamilial en Algérie, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle dès lors qu'elle a fui son pays pour échapper à un mariage forcé, qu'elle a dû subir un test de virginité et qu'elle s'est trouvée obligée de porter un signe d'appartenance religieuse en contradiction avec ses convictions. Toutefois, les documents et photographies produits devant les premiers juges ne permettent pas d'établir que le refus opposé à sa demande de titre de séjour ainsi que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français auraient sur sa situation personnelle en France des conséquences d'une gravité exceptionnelle alors qu'en sa qualité de conjointe d'un ressortissant français, elle bénéficie de la possibilité d'obtenir un titre de séjour en produisant un visa de long séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont seraient entachées ces décisions doit être écarté.

10. L'appelante n'ayant pas établi l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Mme C épouse B a produit dans le tribunal un certificat médical d'examen gynécologique du 28 février 2017, des photographies montrant des blessures au visage ainsi qu'aux mains, une note d'honoraires de frais dentaires datant du 22 octobre 2019 et une attestation établie le 24 décembre 2021 par un ami de la famille mentionnant du mépris et des violences des frères de l'appelante à son égard. Ces seuls éléments demeurent toutefois insuffisants pour établir que Mme C épouse B serait personnellement et directement exposée à des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme C épouse B est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A Mme C épouse B, à Me Sophie Mazas et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault

Fait à Toulouse, le 22 juin 2023.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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