mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL00415 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | TERCERO |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 3 mars 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Par un jugement n° 2201780 du 24 juin 2022 le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 17 février 2023, Mme A, représentée par Me Tercero, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une attestation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros hors taxe à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
-les décisions contestées sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas bénéficié d'une information transparente sur les garanties procédurales que le droit européen lui reconnaît, notamment le droit d'être entendu ;
- elles méconnaissent le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne ;
-elles sont entachées d'un examen insuffisant de sa situation personnelle ;
-elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Garonne qui n'a pas produit de mémoire.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante centrafricaine née le 28 septembre 1954 et qui est entrée sur le territoire français le 8 décembre 2019, a sollicité sa demande d'admission au bénéfice de l'asile le 29 décembre 2019. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par décision du 18 août 2021 et la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours par une décision du 10 janvier 2022. Par un arrêté du 3 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme A fait appel du jugement du 24 juin 2022 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ()
3. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
4. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger des décisions portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur les mesures envisagées avant qu'elles n'interviennent. Enfin, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne relative à la violation des droits de la défense, en particulier du droit d'être entendu, rappelée notamment au point 38 de la décision C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle des décisions faisant grief sont prises que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu des décisions.
5. Mme A, qui a présenté une demande d'asile devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et a fait appel devant la Cour nationale du droit d'asile, ne produit aucun élément à l'appui de son allégation selon laquelle elle n'aurait pas bénéficié d'informations transparentes sur ses droits et n'aurait ainsi pas compris les procédures qu'elle a engagées dès son entrée sur le territoire français. Il n'est pas établi qu'elle aurait été empêchée de porter à la connaissance des services de la préfecture les informations qu'elle estimait utiles avant que ne soient prises les décisions contestées du préfet de la Haute-Garonne. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que les éléments dont Mme A aurait entendu faire état, en particulier après le rejet de sa demande d'asile, auraient pu influer sur le contenu des décisions prises par le préfet de la Haute-Garonne, notamment la décision portant obligation de quitter le territoire français.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de l'arrêté litigieux qui est suffisante et décrit la situation personnelle de Mme A, que le préfet de la Haute-Garonne a procédé à un examen suffisant de cette situation.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Mme A se prévaut, d'une part, d'une vie privée et familiale sur le territoire français, en indiquant notamment que sa fille y réside avec ses enfants, et qu'elle s'occupe de ses deux petits-enfants lorsque leur mère est dans l'incapacité de le faire. D'autre part, elle déclare suivre des cours de français et participer à la chorale de la communauté chrétienne centrafricaine de Toulouse, pour démontrer son intention et les efforts qu'elle fournit pour être pleinement intégrée en France. Néanmoins, il ressort des pièces du dossier que la raison de sa présence et de son maintien en France ne sont justifiés que par le temps que nécessite l'examen de sa demande d'asile. Par ailleurs, les documents qu'elle produit ne permettent pas de démontrer une intégration particulière en France. De plus, Mme A n'établit pas qu'elle serait isolée en Centrafrique alors qu'un seul de ses six enfants réside en France. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Mme A déclare qu'elle a fui son pays d'origine, la Centrafrique, en raison de la guerre qui s'y déroule et elle indique également avoir subi des violences physiques et sexuelles en 2013 par les rebelles seleka. A l'appui de ces propos, elle verse au débat des certificats médicaux attestant des cicatrices qui la marquent, et des rapports d'organisations non gouvernementales décrivant la situation en Centrafrique. Cependant, ces pièces ne sont pas de nature à démontrer qu'elle serait personnellement et actuellement exposée aux risques qu'elle allègue en cas de renvoi dans son pays d'origine. L'Office français de protection des étrangers et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont d'ailleurs établi le même constat pour prononcer le refus de sa demande d'asile. En outre, si elle indique que son état de santé nécessite des soins qui ne peuvent être prodigués en Centrafrique, elle ne fournit aucun élément précis sur les pathologies dont elle est atteinte et les conséquences pour elle en cas de défaut de prise en charge médicale ainsi que sur l'impossibilité d'un accès effectif aux soins dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En dernier lieu, au regard des circonstances de fait mentionnées aux points 8 et 10 de la présente ordonnance, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté du préfet de la Haute-Garonne serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par Mme A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application des dispositions précédemment citées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée, à Mme B A, à Me Flor Tercero et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 4 juillet 2023.
Le président de la 1ère chambre,
A. Barthez
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°23TL00415
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026