jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL00432 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | PYXIS AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
Procédures contentieuses antérieures :
Mme F B épouse A a demandé au tribunal administratif de Nîmes l'annulation de l'arrêté n° SEJ/84/2022/042 du 23 juin 2022 par lequel le préfet de Vaucluse lui a refusé une autorisation provisoire de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de destination.
M. E A a demandé au tribunal administratif de Nîmes l'annulation de l'arrêté n° SEJ/84/2022/041 du 23 juin 2022 par lequel le préfet de Vaucluse lui a refusé une autorisation provisoire de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement nos 2203222, 2203223 du 20 janvier 2023, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté ces deux demandes après les avoir jointes.
Procédures devant la cour :
I - Par une requête, enregistrée le 20 février 2023 sous le n° 23TL00432, Mme B, représentée par la SELARL Pyxis avocats, demande à la cour :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler le jugement du 20 janvier 2023 en tant qu'il la concerne ;
3°) d'annuler l'arrêté du préfet de Vaucluse du 23 juin 2022 la concernant ;
4°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade dans le délai de quinze jours suivant l'arrêt à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision lui refusant une autorisation provisoire de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une erreur de droit et d'une erreur de fait au regard des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : le préfet s'est estimé lié par les avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur l'état de santé de ses enfants ; la décision de refus n'est pas motivée ; il n'est pas garanti que ses enfants pourront accéder à un traitement et d'un suivi médical effectif en cas de retour dans son pays d'origine ;
- la décision en cause porte atteinte aux droits garantis par les articles 3, 5 et 8 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le préfet de Vaucluse n'a pas examiné sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a méconnu les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination sont privées de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour et méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée le 28 mars 2023 à la préfète de Vaucluse, laquelle n'a produit aucun mémoire en défense.
Par une ordonnance du 19 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 novembre 2023.
Par une décision du 24 mai 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
II - Par une requête, enregistrée le 20 février 2023 sous le n° 23TL00434, M. A, représenté par la SELARL Pyxis avocats, demande à la cour :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler le jugement du 20 janvier 2023 en tant qu'il le concerne ;
3°) d'annuler l'arrêté du préfet de Vaucluse du 23 juin 2022 le concernant ;
4°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade dans le délai de quinze jours suivant l'arrêt à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision lui refusant une autorisation provisoire de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une erreur de droit et d'une erreur de fait au regard des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : le préfet s'est estimé lié par les avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur l'état de santé de ses enfants ; la décision de refus n'est pas motivée ; il n'est pas garanti que ses enfants pourront accéder à un traitement et d'un suivi médical effectif en cas de retour dans son pays d'origine ;
- la décision en cause porte atteinte aux droits garantis par les articles 3, 5 et 8 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le préfet de Vaucluse n'a pas examiné sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a méconnu les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination sont privées de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour et méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée le 28 mars 2023 à la préfète de Vaucluse, laquelle n'a produit aucun mémoire en défense.
Par une ordonnance du 19 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 novembre 2023.
Par une décision du 24 mai 2023, la demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée comme faisant double emploi avec celle de Mme B.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Jazeron, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B et M. A, son époux, ressortissants nigérians, nés respectivement les 12 mars 1981 et 28 septembre 1989 à Benin City (Nigéria), sont entrés sur le territoire français le 17 mars 2018. Les deux époux ont introduit des demandes d'asile, lesquelles ont été rejetées par l'Office français des réfugiés et apatrides le 15 mai 2019 et par la Cour nationale du droit d'asile le 18 septembre 2020. Ils ont sollicité le 4 août 2020 des autorisations provisoires de séjour en tant que parents d'enfants malades au regard de l'état de santé de leurs deux fils : C, né le 8 août 2018, et D, né le 25 février 2020. Ils ont obtenu ces autorisations, pour une durée de six mois, au titre de l'état de santé du jeune D. Le 4 novembre 2021, Les intéressés ont sollicité le renouvellement de leurs autorisations provisoires de séjour, mais, par deux arrêtés pris le 23 juin 2022, le préfet de Vaucluse leur a refusé ce renouvellement, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de destination de ces mesures d'éloignement. Les intéressés ont demandé l'annulation de ces deux arrêtés auprès du tribunal administratif de Nîmes, lequel a rejeté leurs demandes, après les avoir jointes, par un jugement rendu le 20 janvier 2023. Mme B, par sa requête n° 23TL00342, et M. A, par sa requête n° 23TL00434, relèvent appel de ce jugement. Ces deux requêtes présentant à juger les mêmes questions, il y a lieu pour la cour de les joindre pour y statuer par un seul arrêt.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par deux décisions prises le 24 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a statué sur les demandes d'aide juridictionnelle présentées par les appelants. Leurs demandes d'admission provisoire à ce dispositif sont ainsi devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur le bien-fondé des jugements attaqués :
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. / () ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code auquel renvoient ainsi les dispositions précédentes : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".
4. D'une part, les arrêtés en litige énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles ils se fondent et précisent notamment le sens des deux avis rendus par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 9 mai 2022 sur l'état de santé des jeunes C et D A. Le préfet a mentionné dans ses arrêtés que les dossiers produits par les requérants ne lui permettaient pas de porter une appréciation différente de celles retenues par le collège de médecins. Il a ainsi suffisamment motivé ses décisions et il ne ressort pas de cette motivation qu'il se serait placé à tort en situation de compétence liée. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur de droit doivent être écartés.
5. D'autre part, si le juge administratif est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, d'un moyen relatif à l'état de santé de l'étranger, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il lui appartient de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales le concernant, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment le dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins, ainsi que les autres éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
6. Il ressort des pièces des dossiers que, s'agissant du cas du jeune C, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, mais que le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour cet enfant. S'agissant du jeune D, le collège de médecins a retenu que, si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'enfant pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en cas de retour de ses parents dans leur pays d'origine, le Nigéria. Les requérants, levant le secret médical, ont produit à l'instance les certificats médicaux établis pour leurs deux fils par les praticiens du service de la protection maternelle et infantile du département de Vaucluse. Il ressort de ces documents que les deux intéressés présentent un déficit sanguin de " G6PD " (glucose-6-phosphate déshydrogénase), lequel se traduit par un risque d'anémie hémolytique aiguë en cas de consommation de certains aliments, de prise de certains médicaments ou d'infection. Il ressort de ces mêmes pièces que la prise en charge de cette maladie génétique se limite au respect d'un régime alimentaire et à la réalisation d'une analyse sanguine et d'une échographie hépatique une fois par an. Les appelants ne contestent pas l'existence de structures de soins compétentes pour assurer un tel suivi au Nigéria et n'établissent pas que leurs enfants ne pourraient pas y avoir effectivement accès en se bornant à se référer à deux articles de presse à caractère général sur les difficultés du système sanitaire public de leur pays d'origine. Par conséquent, les décisions en litige ne sont entachées ni d'une erreur de fait, ni d'une erreur d'appréciation, au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 3 du présent arrêt.
7. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs, mais également à celles qui ont pour effet d'affecter leur situation d'une manière suffisamment directe et certaine.
8. Il résulte de ce qui a été exposé au point 6 du présent arrêt que les décisions en litige n'ont pas pour effet de mettre en danger la santé des enfants mineurs des requérants. Elles n'ont pas davantage pour effet de les séparer de leurs parents et rien ne s'oppose à ce que les jeunes C et D, âgés de moins de deux et quatre ans à la date des arrêtés contestés, puissent suivre une scolarité normale hors de France. Dans ces conditions, les décisions en cause ne portent pas atteinte à l'intérêt supérieur de ces deux enfants et ne méconnaissent donc pas les stipulations précitées de la convention internationale des droits de l'enfant. Les appelants ne peuvent par ailleurs utilement se prévaloir des stipulations des articles 5 et 8 de cette convention, lesquelles créent des obligations entre les Etats sans ouvrir de droits pour les personnes.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Selon l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale" (). ".
10. Il ressort des pièces des dossiers que Mme B et M. A n'étaient présents sur le territoire français que depuis quatre ans à la date des arrêtés préfectoraux en litige. Ils sont hébergés avec leurs deux enfants au sein d'un centre d'hébergement et de réadaptation sociale, ne se prévalent d'aucun lien familial particulier en France et ne justifient pas être sans attaches personnelles dans leur pays d'origine où ils ont tous deux résidé jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans au moins. Eu égard aux conditions de séjour des requérants sur le territoire national et alors même qu'ils y exercent une activité professionnelle depuis 2021, l'une en qualité d'agent de propreté, l'autre en tant que travailleur agricole, les décisions contestées ne portent pas une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de la vie privée et familiale. Dès lors, le préfet de Vaucluse n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, alors qu'il ressort des termes mêmes des arrêtés en cause que l'autorité préfectorale a examiné l'opportunité de faire bénéficier les intéressés d'une mesure de régularisation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte de tout de ce qui précède qu'il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne leur accordant pas une telle mesure.
11.
En quatrième lieu, les décisions portant refus de titre de séjour n'ayant ni pour objet ni pour effet de fixer par elles-mêmes le pays vers lequel les appelants pourraient être renvoyés, les intéressés ne peuvent utilement invoquer à leur encontre la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques et menaces auxquels ils seraient exposés en cas de retour au Nigéria.
En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français et les décisions fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les décisions portant refus de séjour prises à l'encontre de Mme B et M. A ne sont pas entachées d'illégalité. Par conséquent, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les obligations de quitter le territoire français et les décisions fixant le pays de destination se trouveraient privées de leur base légale.
13. En deuxième lieu, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10 ci-dessus.
14. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
15. Les requérants soutiennent qu'ils seraient exposés à des risques pour leur vie et leur sécurité en cas de retour dans leur pays d'origine, en raison tant des menaces proférées par les membres du réseau de prostitution dont Mme B a été victime et contre lequel elle a porté plainte, que de celles provenant de la famille de l'ancienne compagne de M. A décédée des suites d'un avortement. Ils se bornent toutefois à produire à cet égard les comptes-rendus de leurs entretiens avec les services de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, lesquels n'ont convaincu ni ledit Office, ni la Cour nationale du droit d'asile. En l'absence de toute autre commencement de preuve, les appelants ne peuvent être regardés comme établissant la réalité et l'actualité des risques et menaces allégués en cas de retour au Nigéria. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées ne peuvent qu'être écartés.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des deux arrêtés préfectoraux du 23 juin 2022.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
17. Le présent arrêt rejette les conclusions en annulation présentées par les appelants et n'implique dès lors aucune mesure d'exécution particulière au titre des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par les intéressés aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés aux litiges :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, lequel n'est pas la partie perdante dans les deux présentes instances, le versement d'une somme quelconque aux requérants au titre des frais non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes de Mme B et M. A tendant à leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les requêtes de Mme B et M. A sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme F B épouse A, à M. E A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Marcel.
Copie en sera adressée au préfet de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Chabert, président,
M. Teulière, président assesseur,
M. Jazeron, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
Le rapporteur,
F. JazeronLe président,
D. Chabert
La greffière,
N. Baali
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Nos 23TL00432, 23TL00434
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026