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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00466

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00466

mercredi 21 juin 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00466
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLAFON MATHILDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 24 août 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.

Par un jugement n°2106006 du 8 avril 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2023, M. A, représenté par Me Lafon, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 8 avril 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 24 août 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnaît l'article 3 de l'accord franco-marocain dès lors que le préfet a commis une erreur de fait, en retenant que ses expériences professionnelles seraient frauduleuses et en retenant l'existence d'une menace pour l'ordre public qui n'est pas établie ;

- le préfet aurait dû admettre son séjour au titre d'une activité salariée dans le cadre de son pouvoir de régularisation ;

- l'arrêté méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre de la vie privée et familiale ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses ressources et de sa situation familiale et professionnelle, et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la cour a désigné M. Haïli, président-assesseur, pour statuer dans les conditions fixées par l'article R. 222-1 du code de justice administrative par une décision du 4 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né en 1978, a déclaré être entré en France le 20 juillet 2015, après être entré en Espagne le 19 juillet 2015 sous couvert de son passeport et d'un visa C valable du 29 octobre 2014 au 28 octobre 2015, et résider en France depuis cette date. L'intéressé a sollicité auprès de la préfecture de l'Hérault le 9 mars 2021 son admission exceptionnelle au séjour en vue d'obtenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 24 août 2021, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, l'intéressé interjette appel du jugement n°2106006 du 8 avril 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

2.

Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

3. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable portant la mention " salarié " éventuellement assorties de restrictions géographiques ou professionnelles. () ". L'article 9 du même accord stipule : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Par ailleurs, aux termes des dispositions de l'article L. 8252-1 du code du travail : " Le salarié étranger employé en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 est assimilé, à compter de la date de son embauche, à un salarié régulièrement engagé au regard des obligations de l'employeur définies par le présent code : / 1° Pour l'application des dispositions relatives aux périodes d'interdiction d'emploi prénatal et postnatal et à l'allaitement, prévues aux articles L. 1225-29 à L. 1225-33 ; / 2° Pour l'application des dispositions relatives à la durée du travail, au repos et aux congés prévues au livre Ier de la troisième partie ; / 3° Pour l'application des dispositions relatives à la santé et la sécurité au travail prévues à la quatrième partie ; / 4° Pour la prise en compte de l'ancienneté dans l'entreprise. / Il en va de même pour les articles L. 713-1 et suivants du code rural et de la pêche maritime pour les professions agricoles ".

4. La délivrance à un ressortissant marocain d'un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " est subordonnée à la production par ce ressortissant d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois en application des dispositions combinées des articles 3 et 9 de l'accord franco-marocain et de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précités.

5. En l'espèce, il est constant que l'appelant ne dispose pas d'un visa de long séjour. Ainsi, le préfet de l'Hérault pouvait légalement refuser d'admettre au séjour l'intéressé sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain pour ce seul motif. A supposer même que le préfet aurait commis une erreur de fait quant à l'existence de manœuvres frauduleuses en vue de constituer des preuves d'expérience professionnelle et, corrélativement, de menace à l'ordre public, il résulte de l'instruction que le préfet de l'Hérault aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif de l'absence d'un visa de long séjour. Par suite, le moyen selon lequel le préfet aurait commis une erreur de fait et une erreur d'appréciation en lui refusant l'octroi d'un titre de séjour " salarié " ne peut qu'être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

8. Si l'appelant se prévaut d'une promesse d'embauche établie le 11 mars 2021 pour un poste d'ouvrier agricole en contrat à durée indéterminée à compter du 1er avril 2021, et d'une expérience professionnelle antérieure entre 2018 et 2021, ces seuls éléments ne suffisent à établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant, au titre de son pouvoir de régularisation, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié.

9. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que l'appelant vit en France depuis juillet 2015, et depuis 2016 en compagnie de son épouse en situation irrégulière et de leurs quatre enfants, dont trois sont actuellement scolarisés. Il ressort également des pièces du dossier que l'appelant, dont le séjour sur le territoire national procède d'un maintien durablement irrégulier sur le territoire au regard de la législation du séjour des étrangers et qui a attendu six années pour accomplir une démarche de régularisation de sa situation administrative auprès des services préfectoraux, ne justifie pas d'une intégration sociale ou professionnelle notable en France. Par ailleurs, aucune circonstance particulière ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue au Maroc, pays dont le couple a la nationalité et où l'appelant a vécu la majeure partie de sa vie personnelle, familiale et sociale. Dans ces conditions, eu égard notamment à la durée et aux conditions du séjour du requérant, l'autorité préfectorale n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté a été pris. Le préfet n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile.

11. L'appelant soulève de nouveau en appel les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet quant à ses ressources, son expérience professionnelle et à sa situation personnelle et familiale. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 8 du jugement attaqué.

12. Par ailleurs, les éléments relatifs à la vie personnelle et familiale du requérant tels qu'exposés au point 10 du présent arrêt ne peuvent être regardés comme présentant le caractère de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires justifiant que le requérant soit admis au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit dès lors être écarté.

13. Aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

14. Alors que l'arrêté attaqué n'implique ni la séparation du requérant de ses enfants, ni l'éclatement de la cellule familiale, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la cellule familiale de l'appelant ne pourrait pas se reconstituer au Maroc, pays dont les membres ont la nationalité, ni que ses enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de l'appelant est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Mathilde Lafon.

Copie sera adressée pour information au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 21 juin 2023.

Le président-assesseur de la 4ème chambre,

X. Haïli

La République mande et ordonne ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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