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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00482

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00482

mercredi 21 juin 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00482
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 24 juin 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.

Par un jugement n°2204948 du 22 novembre 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2023, Mme B, représentée par Me Berry, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 22 novembre 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 24 juin 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou mention " motifs exceptionnels " ou tout autre titre de séjour à laquelle sa situation ouvre droit dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son avocat au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission de titre de séjour ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 611-3 3° du même code et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant fixation du pays de renvoi est, par suite, privée de base légale.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la cour a désigné M. Haïli, président-assesseur, pour statuer dans les conditions fixées par l'article R. 222-1 du code de justice administrative par une décision du 4 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 4 février 1964, est entrée en France le 26 octobre 2008 munie d'un visa D portant la mention " salarié " délivré par le consulat d'Italie à Rabat et valable du 10 septembre 2008 au 9 mars 2009. Elle a fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du préfet de l'Hérault du 2 octobre 2019 dont la légalité a été confirmée par un jugement n°1906209 du 26 juin 2020 du tribunal administratif de Montpellier. L'intéressée a sollicité le 13 juin 2022 auprès de la préfecture de l'Hérault un titre de séjour au regard de ses dix années de présence en France. Par un arrêté du 24 juin 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, l'intéressée interjette appel du jugement n°2204948 du 22 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ". Aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

4. Si l'appelante, qui est entrée en France le 26 octobre 2008 soutient à nouveau en appel qu'elle y réside continuellement depuis, elle n'établit pas, notamment pour les années 2014, 2016 et 2017 au titre desquelles elle ne produit que des pièces éparses et insuffisamment probantes sur la période dont s'agit, soit principalement des ordonnances et résultats médicaux ou encore un relevé d'opérations facturées en pharmacie, une présence habituelle sur le territoire français depuis 2012. Par suite, le préfet de l'Hérault n'était pas tenu, en application des articles L. 435-1 et L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de soumettre sa demande à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande par l'arrêté en litige.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. A l'appui de sa requête d'appel, Mme B soutient que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouve en France où elle résiderait depuis la fin de l'année 2008. Toutefois et ainsi qu'il vient d'être dit au point 4 du présent arrêt, elle n'établit pas la réalité de sa présence continue en France depuis cette date. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du 2 octobre 2019 à laquelle elle n'a pas déféré, nonobstant le rejet de son recours en excès de pouvoir dirigé contre cette décision par un jugement susmentionné du 26 juin 2020 rendu par le tribunal administratif de Montpellier, manifestant ainsi une volonté de se soustraire aux règles qui régissent le pays au sein duquel elle ambitionne de vivre. Il ressort également des pièces du dossier qu'elle est célibataire, sans charge de famille et non dépourvue d'attaches familiales au Maroc où elle a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans et où, en dépit du décès de ses parents, résident toujours deux frères et une sœur. Enfin, l'appelante ne fait état d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière au regard de la durée alléguée de sa présence sur le territoire français. Par suite, eu égard aux conditions de son séjour, l'appelante n'est pas fondée à soutenir que les liens personnels et familiaux dont elle dispose en France seraient d'une centralité et d'une intensité telles que le refus de lui délivrer un titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. Les éléments relatifs à la vie personnelle et familiale de la requérante tels qu'exposés au point 6, ne peuvent être regardés comme présentant le caractère de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; () "

9. Ainsi qu'il a été dit aux points précédents, l'appelante n'établit pas qu'elle aurait résidé sur le territoire français de manière régulière pendant une durée d'au moins dix ans à la date de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 dudit code ne peut être qu'écarté.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. En l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont serait entachée la mesure d'éloignement doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent arrêt s'agissant du refus d'admission au séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevée à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écartée.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de l'appelante est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à Me Laetitia Berry.

Copie sera adressée pour information au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 21 juin 2023.

Le président-assesseur de la 4ème chambre,

X. Haïli

La République mande et ordonne ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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