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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00514

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00514

mardi 5 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00514
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCHAUVIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2206194 du 31 janvier 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistré le 1er mars 2023, M. B, représenté par Me Chauvin, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", à titre principal sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou à titre subsidiaire sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code, dans un délai de sept jours et sous astreinte de 15 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Pyrénées-Orientales n'ayant pas préalablement saisi la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et d'une erreur de fait relative à son âge lorsqu'il est entré sur le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 12 de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour.

Par un mémoire, enregistré le 26 juin 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis partiellement au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 20 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais né le 1er décembre 1998 et déclarant être entré sur le territoire français en novembre ou décembre 2014, a bénéficié notamment d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 8 octobre 2022. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 27 septembre 2022 ainsi que la délivrance d'une carte de résident. Par un arrêté du 28 octobre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. B fait appel du jugement du 31 janvier 2023 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 octobre 2022.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur l'ensemble des décisions :

3. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de l'arrêté contesté doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Montpellier au point 2 du jugement attaqué.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". L'article L. 432-1 du même code dispose que : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné le 4 juin 2020 par le tribunal judiciaire de Perpignan à une peine d'emprisonnement de trois ans dont un an ferme avec sursis probatoire pendant deux ans pour des faits commis en mars 2019 de violences aggravées par deux circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours, de menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et de violation de domicile. Il ressort par ailleurs des mêmes pièces que le délai probatoire de l'intéressé pour cette condamnation, inscrite au bulletin judiciaire n° 2 de M. B, a été prolongé d'un an le 27 juillet 2022. Dans ces conditions, compte tenu de la nature et de la gravité de faits qui sont relativement récents, le préfet des Pyrénées-Orientales a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation ou de fait, estimer qu'à la date de la décision contestée, le comportement de M. B constituait une menace pour l'ordre public.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 de la convention du 24 janvier 1994 entre la République française et la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes : " Pour tout séjour sur le territoire français devant excéder trois mois, les nationaux camerounais doivent posséder un titre de séjour. / () / Ces titres de séjour sont délivrés conformément à la législation de l'État d'accueil. ". En outre, aux termes de l'article 12 de la même convention : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les nationaux de chacun des États contractants établis sur le territoire de l'autre État peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans dans les conditions prévues par la législation de l'État de résidence. / Ce titre de séjour est renouvelable de plein droit () ". Ainsi, la convention franco-camerounaise renvoie à la législation française. En se bornant à mentionner l'article 12 de cette convention, sans se référer aux dispositions de la législation française relative aux titres de séjour de dix ans, M. B n'assortit pas son moyen, qui tend à l'obtention d'une carte de résident, de précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, ainsi qu'il a été indiqué aux points 4 et 5, une telle carte peut être refusée à l'étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / (). ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui indique être entré en France en fin d'année 2014, alors qu'il allait avoir l'âge de seize ans, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance, a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle en cuisine le 3 juillet 2017 et a travaillé notamment dans le cadre de contrats à durée déterminée ou de contrats d'intérim, démontrant ainsi une certaine intégration professionnelle. Toutefois, M. B est célibataire et sans enfant et, à la supposer établie, la relation qu'il déclare entretenir avec une ressortissante française depuis le mois d'avril 2021 est récente à la date de la décision contestée du préfet des Pyrénées-Orientales. Il n'est, en outre, pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où vivent ses parents et un de ses frères. Par suite, eu égard au comportement de l'intéressé en France précédemment mentionné au point 5 de la présente ordonnance, la décision de refus de titre de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de la vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette décision. En conséquence, alors même que l'intéressé exerce une activité professionnelle en tant qu'intérimaire dans la restauration, le préfet des Pyrénées-Orientales, en refusant de délivrer un titre de séjour, n'a méconnu, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En quatrième lieu, bien que mentionnant la date exacte de la naissance le 1er décembre 1998 et reprenant les affirmations du requérant relatives à la date de son entrée sur le territoire français le 1er novembre ou le 1er décembre 2014, l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales indique, ainsi que le remarque M. B, qu'il aurait eu " seize ans révolus " et était " à l'aube de ses dix-sept ans " à cette dernière date. Ainsi, l'arrêté comporte une erreur d'une année relative à l'âge de M. B lors de son arrivée sur le territoire français. Il résulte toutefois de l'instruction que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait pris la même décision de refus de titre de séjour s'il ne s'était fondé que sur les motifs exacts de sa décision relatifs à l'absence d'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale et au risque pour l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé en France.

10. En cinquième lieu, aucune des circonstances évoquées précédemment ne permet de regarder la décision contestée comme entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer () la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté aurait dû être précédé de la saisine pour avis de la commission du titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué en tant qu'il refuse à M. B la délivrance d'un titre de séjour n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision n'est pas fondé.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement et peut dès lors être rejetée en application des dispositions précédemment citées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Betty Chauvin et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Orientales.

Fait à Toulouse, le 5 décembre 2023.

Le président de la 1ère chambre,

A. Barthez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°23TL00514

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