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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00557

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00557

jeudi 4 janvier 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00557
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantWATHLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a présenté deux demandes au tribunal administratif de Montpellier tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour en France d'une durée d'un an.

Par un jugement nos 22005874 et 2206626 du 24 février 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 6 mars 2023, M. A, représenté par Me Wathle, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2022 du préfet de l'Hérault ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation sans délai et, à titre subsidiaire, de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet de l'Hérault n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation dès lors que la motivation de l'arrêté fait apparaître des erreurs de fait et des contradictions ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès qu'il justifie de considérations humanitaires permettant de pas édicter une telle mesure ;

- au regard de sa situation, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en édictant cette décision.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Par un arrêté du 10 novembre 2022, le préfet de l'Hérault a obligé M. A, de nationalité guinéenne né le 1er juillet 1993, à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour en France d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. A relève appel du jugement du 24 février 2023 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

3. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 septembre 2023, ses conclusions tendant à ce que la cour prononce son admission à l'aide juridictionnelle ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de M. A vise les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de l'Hérault a mentionné les éléments de fait propres à la situation personnelle, familiale et administrative en France de l'appelant, notamment le fait qu'il se déclare célibataire et père de deux enfants qui ne sont pas à sa charge ainsi que l'absence de démarches administratives en vue de régulariser sa situation administrative à la suite du rejet de sa demande d'asile. Il est également indiqué que l'appelant est défavorablement connu des services de police pour des faits relatifs à une agression sexuelle, ce qui n'est pas contesté par l'intéressé. S'il n'est pas fait état de ce que M. A aurait " fui la Guinée à la suite des terribles exactions subies qui ont conduit à l'assassinat de son épouse ", le préfet retrace le rejet de sa demande d'asile tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile. Par ailleurs, si M. A relève dans l'arrêté en litige des erreurs telles que l'absence d'existence d'une précédente mesure d'éloignement ou une déclaration de refus de rejoindre son pays d'origine lors de son audition par les services de la gendarmerie nationale, ces erreurs matérielles ne permettent pas d'établir un défaut d'examen de la situation de l'intéressé par l'administration. Au surplus il ressort du procès-verbal d'audition du 9 novembre 2022 que M. A a déclaré " je souhaiterai rester en France. J'ai quitté mon pays car je pense que je mourrai dans mon pays d'origine. Je préfère vivre dans la souffrance que de mourir tôt jeune ". Dans ces conditions, la motivation de l'arrêté contesté ni aucune autre pièce du dossier ne révèle un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'appelant.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée fait suite à la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant le 2 décembre 2020 la demande d'asile présentée par M. A, cette décision étant confirmée par le rejet de la requête de l'intéressé devant la Cour nationale du droit d'asile le 23 août 2021. M. A relevait ainsi des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant au préfet de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée que le préfet de l'Hérault se soit cru en situation de compétence liée et tenu de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de l'appelant en raison du rejet de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire national le 25 janvier 2019 et s'est maintenu en situation irrégulière après le rejet de sa demande d'asile et l'édiction par le préfet de l'Hérault le 16 septembre 2021 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Si l'intéressé déclare être veuf, sans charge de famille et soutient avoir établi en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition établi le 9 novembre 2022, qu'il serait dépourvu de toute attache familiale en Guinée, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans et où résident ses deux enfants mineurs ainsi que son frère et sa sœur. D'autre part, si l'intéressé se prévaut d'une relation de concubinage avec une ressortissante française résidant sur Marseille depuis six mois à la date de la décision attaquée, la seule production d'une attestation sur l'honneur par cette dernière ne permet pas d'établir l'intensité et stabilité de cette relation récente, alors que l'appelant est notamment hébergé au sein du presbytère catholique de la commune de Lavérune dans le département de l'Hérault. Au surplus, M. A fait valoir qu'il a créé de " nombreux liens amicaux " et qu'il est investi dans la société par le travail et son implication de nombreuses causes associatives. Toutefois, les seules pièces versées, notamment les témoignages ou les relevés Ursaff faisant apparaître quinze heures de travail hebdomadaires du mois d'août au mois de novembre 2022 pour une société " Sas food creation " ne suffisent pas à démontrer une intégration particulière, alors qu'il ressort par ailleurs de la consultation de l'application du traitement des antécédents judiciaires que M. A est " défavorablement connu des services de police pour agression sexuelle ". Dans ces conditions, la décision du 10 novembre 2022 par laquelle le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français ne peut être regardée comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de M. A aurait sur sa situation personnelle et familiale des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

11. Compte tenu de tout ce qui a été exposé, et alors que M. A a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français, en se bornant à soutenir d'une part, que l'existence " d'une première mesure d'éloignement " n'est pas visée dans la décision contestée, et d'autre part, qu'il réside depuis 2019 habituellement en France, qu'il " entretient depuis plusieurs mois une relation amoureuse ", qu'il a subi des violences en Guinée et que sa femme y aurait été assassinée, M. A n'établit pas justifier de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées et le préfet de l'Hérault a pu légalement prononcer à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour en France d'une durée d'un an.

12. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être précédemment exposés, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait commis une erreur d'appréciation en interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an à M. A au regard de sa situation personnelle doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions de l'appelant aux fins d'injonction ainsi que ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée M. B A, à Me Camille Wathle et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 4 janvier 2024.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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