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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00652

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00652

lundi 26 juin 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00652
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A et Mme E A ont chacun demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler les arrêtés du 11 juillet 2022 par lesquels le préfet de l'Hérault leur a refusé la délivrance d'un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement un jugement nos 2205771, 2205772 du 30 décembre 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté chacune de leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 16 mars 2023, M. et Mme A, représentés par Me Mazas, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler les arrêtés du préfet de l'Hérault du 11 juillet 2022 ;

3°) d'ordonner au préfet de l'Hérault de leur délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer leurs demandes dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et de leur délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement n'est pas suffisamment motivé en méconnaissance de l'exigence posée par l'article L. 9 du code de justice administrative en ce qui concerne la réponse au moyen tiré de la violation de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet de l'Hérault ;

- le jugement est également insuffisamment motivé au regard du moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de l'atteinte portée à leur vie privée et familiale ;

Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- ces décisions sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- leur situation justifie leur admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêté en litige a été prise en méconnaissance de ces dispositions ;

- le préfet de l'Hérault a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de l'atteinte excessive portée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale en France.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2023 et, par une décision du même jour, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de Mme A au motif que cette demande fait double emploi avec celle de M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. et Mme A, tous deux de nationalité albanaise nés respectivement le 12 octobre 1971 et le 27 mai 1976, ont sollicité le 5 avril 2022 auprès des services de la préfecture de l'Hérault la délivrance d'un titre de séjour au regard de leur vie privée et familiale en France. Par deux arrêtés pris le 11 juillet 2022, le préfet de l'Hérault a rejeté leurs demandes, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. et Mme A relèvent appel du jugement du 30 décembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté chacune de leur demande tendant à l'annulation des arrêtés pris à leur encontre.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugement sont motivés. ".

4. Les premiers juges, après avoir cité au point 3 du jugement attaqué les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ont précisé au point 4 que M. et Mme A, tous deux en situation irrégulière, sont entrés en France en 2017 avec leurs trois enfants majeurs et qu'ils ne faisaient état d'aucune circonstance faisant obstacle à ce qu'ils retournent vivre en Albanie après le rejet de leur demande d'asile et le prononcé à leur encontre d'une précédente mesure d'éloignement le 9 juillet 2018 dont la légalité a été confirmée par la juridiction administrative. Alors que le tribunal n'est pas tenu de faire état de tous les arguments invoqués par les parties, les éléments ainsi mentionnés permettent de regarder le jugement comme étant suffisamment motivé tant en ce qui concerne le moyen tiré de la violation de ces stipulations et de ces dispositions que s'agissant de l'erreur manifeste qui aurait été commise par le préfet de l'Hérault dans l'appréciation de leur situation.

5. Les premiers juges ont également précisé au point 6 de leur jugement les raisons pour lesquelles a été écarté le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont citées au point 5, en particulier le fait qu'ils se sont maintenus sur le territoire français sans déférer à la précédente mesure d'éloignement prononcée à leur encontre. Il suit de là que le jugement, qui écarte pour les mêmes motifs le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet pour ne pas avoir prononcé leur admission exceptionnelle au séjour, est suffisamment motivé.

Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

6. Par un arrêté du 10 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 39 de la préfecture du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la préfecture, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. C D, nommé sous-préfet de l'arrondissement de Béziers par un décret du 1er février 2021 et signataire des arrêtés attaqués, pour signer durant les permanences de week-end et de jours fériés, pour l'ensemble du département notamment les décisions en matière de rétention administrative prises en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Contrairement à ce que soutiennent les appelants, aucune disposition légale ou réglementaire n'impose que cet arrêté de délégation soit joint aux arrêtés pris à l'encontre de M. et Mme A. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence dont seraient entachés les arrêtés en litige doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme A sont entrés en France dans le courant de l'année 2017 et que le statut de réfugié leur a été refusé en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 1er juin 2018. Par des arrêtés du préfet de l'Hérault des 2 et 9 juillet 2018, il leur a été fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, arrêtés dont la légalité a été confirmée en dernier lieu par la cour administrative d'appel de Marseille. S'étant maintenus irrégulièrement en France, ils ont sollicité à nouveau la délivrance d'un titre de séjour au regard de leur vie privée et familiale. Toutefois, à la date des arrêtés en litige, M. et Mme A se trouvent tous deux en situation irrégulière et la seule durée de leur présence en France depuis 2017 ainsi que leurs efforts d'intégration ne permettent pas d'établir que l'atteinte portée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale sur le territoire national serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels ont été pris les arrêtés en litige. Par ailleurs, aucun des enfants du couple, majeurs à la date des arrêtés en litige, n'est en situation régulière en France. Dans ces conditions, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle et familiale des intéressés en refusant leur admission au séjour et en les obligeant à quitter le territoire français.

9. L'article L. 435-1 du même code dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

10. M. et Mme A se prévalent de leur présence en France depuis 2017 et de leur bonne intégration dans la société française en produisant notamment des attestations d'associations faisant état de leur participation à des œuvres caritatives. Toutefois, alors qu'ils se maintiennent en situation irrégulière depuis 2018 après le rejet de leur demande d'asile et le prononcé d'une précédente mesure d'éloignement dans le courant du mois de juillet 2018, la seule ancienneté de leur séjour en France et leurs efforts d'intégrations ne suffisent à pas démonter qu'ils justifient de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant leur admission exceptionnelle au séjour. Par suite, en refusant les demandes présentées par les intéressés, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. et Mme A est manifestement dépourvue de fondement et ne peut dès lors qu'être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et Mme E A, à Me Sophie Mazas et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 26 juin 2023.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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