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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00678

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00678

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00678
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Aude l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2300158 du 21 février 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande après avoir prononcé son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2023, Mme B, représentée par la SCP Reche-Guille-Meghabbar, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté ses conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de l'Aude du 29 décembre 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Aude du 29 décembre 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que le magistrat désigné a considéré que la décision portant obligation de quitter le territoire français pouvait être prise sur le fondement de l'article L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que sa demande d'asile ne pouvait être regardée comme définitivement rejetée dès lors que la Cour nationale du droit d'asile était saisie d'un recours ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée en fait en ce qui concerne sa situation personnelle, familiale, son état de santé et ses conditions d'existence ;

- il n'est pas démontré que le préfet de l'Aude a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation, notamment au regard de son état de santé ;

- le préfet de l'Aude s'est cru à tort en situation de compétence liée par rapport à la décision rendue par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en raison des risques auxquels elle est exposée en cas de retour dans son pays d'origine, cette mesure d'éloignement viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise et notifiée en méconnaissance de son droit à un recours équitable dès lors qu'elle n'a pas été traduite par un interprète en arménien ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme B, de nationalité arménienne née le 8 septembre 1963, a sollicité l'asile en France le 21 janvier 2022. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 22 novembre 2022. Par un arrêté du 29 décembre 2022, le préfet de l'Aude a obligé l'intéressée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, Mme B fait appel du jugement du 21 février 2023 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". L'article L. 542-1 de ce même code dispose que : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () ". Enfin, l'article L. 531-24 de ce même code dispose que : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment des termes de l'arrêté contesté que la demande d'asile de Mme B a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 novembre 2022 prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. Par suite, l'intéressée n'avait plus le droit de se maintenir sur le territoire français dès la date de ce rejet dès lors que, contrairement à ce qu'elle fait valoir, elle provenait d'un pays d'origine sûr conformément aux dispositions combinées des articles L. 542-2 et L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle pouvait donc faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français conformément aux dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors même qu'elle avait saisi la Cour nationale du droit d'asile qui n'avait pas encore statué. C'est donc à bon droit que le premier juge a considéré que la situation de Mme B relevait des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant au préfet de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

5. En deuxième lieu, la décision par laquelle le préfet de l'Aude a obligé l'intéressée à quitter le territoire français vise les textes dont il a été fait application, en particulier les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1 4°. Si l'appelante soutient que le représentant de l'Etat n'a pas suffisamment motivé en fait cette décision en ne faisant état d'aucun élément relatif à sa situation personnelle, notamment la reconnaissance de la qualité de réfugié obtenue par son gendre, il ressort des termes de ladite décision que le préfet fait mention des éléments de fait propres à sa situation personnelle et administrative en France, notamment la circonstance que Mme B, qui est veuve, serait entrée de façon irrégulière sur le territoire le 21 décembre 2021, qu'elle a déposé une demande d'asile le 21 janvier 2022 et que cette dernière a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 22 novembre 2022. Le préfet indique par ailleurs que Mme B n'établit pas non plus qu'elle serait exposée à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé en fait et en droit.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées ni des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de l'appelante.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet se soit cru en situation de compétence liée et tenu de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de Mme B en raison du rejet de sa demande d'asile. Le moyen tenant à l'erreur de droit dont serait entachée la mesure d'éloignement en litige doit ainsi être écartée.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée irrégulièrement sur le territoire national le 21 décembre 2021. Si l'intéressée soutient être veuve et isolée dans son pays d'origine, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de ses déclarations auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qu'elle serait dépourvue de toute attache familiale en Arménie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 58 ans. D'autre part, l'intéressée se prévaut de la présence de sa fille en France et de ses petits-enfants depuis 2011 et de l'intensité et stabilité des liens entretenus avec eux. Toutefois, elle ne produit à l'appui de ses propos qu'une attestation sur l'honneur établie par la personne déclarant être sa fille qui verse à l'appui de ses dires la copie de sa carte de résident au titre de la vie privée et familiale valable du 28 mai 2021 au 27 mai 2023 ainsi qu'une attestation d'hébergement sur l'honneur à compter du 1er janvier 2023 signée par l'époux de sa fille, titulaire d'une carte de résident de dix ans, valable depuis le 7 mai 2019 en qualité de réfugié. Ce dernier joint également deux avis d'échéance des mois de novembre 2022 et janvier 2023 transmis par l'office public d'habitat Audois. Au surplus, si Mme B fait valoir que son état de santé justifie la poursuite de soins en France, elle ne produit tant en première instance qu'en appel que des pièces d'ordre médical peu précises et circonstanciées. Dans ces conditions, alors que l'intéressée ne se prévaut d'aucune insertion particulière en France, la décision du 29 décembre 2022 par laquelle le préfet de l'Aude l'a obligée à quitter le territoire français ne peut être regardée comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

11. Mme B soutient encourir des risques de traitements contraires aux stipulations précitées en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, les risques allégués, qui n'ont pas été retenus par l'Office français de la protection des réfugiés, ne sauraient, en tout état de cause, être utilement invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire, laquelle n'a pas vocation à fixer le pays de renvoi. Dans ces conditions la mesure d'éloignement contestée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 de la présente ordonnance, le préfet de l'Aude n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en édictant la mesure d'éloignement à l'encontre de l'intéressée.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger. ".

14. Mme B soutient que la mesure d'éloignement contestée est illégale au motif qu'elle ne lui a pas été traduite dans une langue qu'elle déclare comprendre. Toutefois, il ne ressort d'aucun texte qu'une telle obligation pèserait sur les services du préfet dès lors que la décision contestée, notifiée par voie postale, n'entre pas dans le champ d'application de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, les modalités de notification de cette décision sont sans incidence sur sa légalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de traduction de la mesure d'éloignement contestée et de sa notification en méconnaissance de son droit à un recours équitable ne peut donc qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par Mme B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut dès lors qu'être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Aude.

Fait à Toulouse, le 12 octobre 2023

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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