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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00701

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00701

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00701
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Par un jugement n° 2203213 du 4 octobre 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2023, M. B, représenté par Me Ruffel demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2022 du préfet de l'Hérault ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991sous réserve que Me Ruffel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente dès lors que la délégation accordée au secrétaire général de la préfecture est trop générale en temps de paix ;

- il est insuffisamment motivé, ce qui révèle un défaut d'examen réel et complet de sa situation, notamment au regard de son droit au séjour en qualité de salarié ;

- en s'abstenant de statuer sur sa demande d'autorisation de travail dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le préfet a commis une erreur de droit ;

- il porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il a été pris en méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par ordonnance du 16 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 16 avril 2024.

Un mémoire, présenté par M. B, représenté par Me Ruffel, a été enregistré le 29 janvier 2024 postérieurement à la clôture de l'instruction.

Par décision du 17 février 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lasserre, première conseillère,

- et les observations de Me Carbonnier, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né en 1976, déclare être entré en France en 2013. Le 14 février 2022, il a sollicité un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale. Par arrêté du 16 mars 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. B relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 29 juin 2022 a été signé par M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault. Par un arrêté n° 2022-03-DRCL-166 du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 39 de la préfecture le lendemain, le préfet a donné délégation à M. C, à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers, sous réserve de certaines exceptions. Si M. B soutient en cause d'appel que cet arrêté a une portée trop générale en temps de paix, il n'a pas pour effet de conférer au secrétaire général de la préfecture l'ensemble des attributions du préfet. Dès lors, cette délégation, qui n'est pas de portée trop générale, habilitait M. C à signer l'arrêté en litige et le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait ayant fondé les décisions attaquées, en particulier la situation administrative et familiale du requérant, et notamment la présence en France de ses deux enfants, son impossibilité à justifier de sa présence habituelle et continue sur le territoire français depuis sa date d'entrée déclarée, son absence de visa long séjour et l'insuffisance de la présentation d'une promesse d'embauche en qualité d'employé polyvalent pour justifier d'un motif exceptionnel d'admission au séjour. S'il ne vise pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, l'arrêté attaqué mentionne la présence en France des deux enfants du requérant, nés de sa relation avec sa compagne de même nationalité et doit, par suite, être regardé comme ayant examiné l'intérêt supérieur des enfants au regard de ces stipulations. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'un examen réel et complet de sa demande doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. Si M. B soutient qu'il réside en France depuis 2013, Il ne justifie toutefois ni de la date de son entrée sur le territoire français ni de la continuité de son séjour depuis son arrivée. De même, en se bornant à produire quelques photographies, il ne démontre pas qu'il participerait à l'entretien et à l'éducation des deux enfants nés en 2019 et 2021 de sa relation avec une compatriote résidant régulièrement sur le territoire français. La seule promesse d'embauche d'employé polyvalent établie par la société Snack la pause ne permet pas de démontrer une insertion particulière dans la société française. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine où il a vécu la plus grande partie de sa vie. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écarté.

6. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5 du présent arrêt, le préfet de l'Hérault n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision de refus de séjour sur la situation personnelle de M. B. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Si M. B se prévaut de la présence de ses deux enfants sur le territoire français, ainsi qu'il a été exposé ci-dessus, il ne contribue pas à leur entretien et à leur éducation et n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait noué des liens avec ces derniers. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B, à Me Ruffel et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Chabert, président,

M. Teulière, président assesseur,

Mme Lasserre, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

N. Lasserre

Le président,

D. ChabertLa greffière,

N. Baali

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°23TL00701

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