jeudi 26 décembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL00810 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MERCIER |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme F A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022, en tant que le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.
Par un jugement n° 2207423 du 14 mars 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a annulé l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 8 décembre 2022, lui a enjoint de réexaminer la demande de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, a mis à la charge de l'État le paiement d'une somme de 1 250 euros au titre des frais liés au litige et a rejeté le surplus de sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 7 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne demande à la cour d'annuler ce jugement du 14 mars 2023 du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse en tant qu'il a annulé son arrêté, lui a enjoint de réexaminer la demande de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et a mis à la charge de l'État le paiement d'une somme de 1 250 euros au titre des frais liés au litige, et de rejeter la demande présentée par Mme A devant le tribunal administratif de Toulouse.
Il soutient que l'arrêté attaqué n'est pas entaché de défaut d'examen, que les moyens relatifs à l'état de santé doivent être regardés comme irrecevables, faute de demande en ce sens, et qu'en tout état de cause l'état de santé de l'intéressée ne constituait pas un obstacle à l'éloignement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, Mme A, représentée par Me Mercier, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que l'arrêté du 8 décembre 2022 soit annulé ;
3°) à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt en la munissant d'une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) à ce qu'une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, soit mise à la charge de l'État en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la requête du préfet de la Haute-Garonne est irrecevable faute d'être signée par une personne ayant compétence pour ce faire ;
- le moyen soulevé par le préfet de la Haute-Garonne n'est pas fondé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation personnelle ;
- la décision méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par une ordonnance du 25 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 août 2024.
Mme A a bénéficié du maintien de plein droit de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Fougères, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante géorgienne entrée en France le 12 mai 2022, selon ses déclarations, à l'âge de 62 ans, a présenté une demande d'asile à la suite de laquelle le préfet de la Haute-Garonne, par arrêté du 8 décembre 2022, a retiré son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Le préfet de la Haute-Garonne relève appel du jugement du 14 mars 2023 du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse en tant qu'il a annulé l'arrêté précité, lui a enjoint de réexaminer la demande de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, et a mis à la charge de l'État une somme de 1 250 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur la fin de non-recevoir opposée à la requête d'appel :
2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de justice administrative : " () Les recours, les mémoires en défense et les mémoires en intervention présentés au nom de l'État sont signés par le ministre intéressé ". Aux termes de l'article R. 811-10 du même code : " () Sauf dispositions contraires, les ministres intéressés présentent devant la cour administrative d'appel les mémoires et observations produits au nom de l'État () ". L'article R. 811-10-1 du même code dispose que : " Par dérogation aux dispositions de l'article R. 811-10, le préfet présente devant la cour administrative d'appel les mémoires et observations produits au nom de l'État lorsque le litige est né de l'activité des services de la préfecture dans les matières suivantes : / 1° Entrée et séjour des étrangers en France () ".
3. Par un arrêté du 13 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 31-2023-099 le 15 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne a délégué sa signature à Mme E C, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux et signataire de la requête, à l'effet de signer, notamment, en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, l'ensemble des mémoires en défense et requêtes en appel relatifs au contentieux des étrangers devant les juridictions administratives. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux n'aurait pas été absente ou empêchée. La fin de non-recevoir tirée de l'incompétence du signataire de la requête doit, dès lors, être écartée.
Sur le motif d'annulation retenu par le premier juge :
4. Pour annuler l'arrêté du 8 décembre 2022, le magistrat désigné a estimé que le préfet n'avait pas procédé à un examen circonstancié de la situation de Mme A, dans la mesure où cet arrêté ne faisait pas mention de l'état de santé de celle-ci et que le préfet ne s'était pas assuré que cet état de santé était compatible avec une mesure d'éloignement. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, et n'est d'ailleurs pas soutenu, que Mme A ait fait part de son état de santé à la préfecture lors du dépôt de sa demande d'asile ou à tout le moins avant l'adoption de l'arrêté du 8 décembre 2022. La seule circonstance, invoquée en appel, que les craintes dont l'intéressée avait fait part à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides portaient en partie sur les tensions engendrées par le coût de ses traitements, ne saurait se substituer à une telle information. Dès lors, aucun défaut d'examen ne peut être reproché au préfet de la Haute-Garonne, qui est fondé à soutenir que c'est à tort que le magistrat désigné a accueilli ce moyen pour annuler l'arrêté du 8 décembre 2022.
5. Il appartient toutefois à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par Mme A en première instance et en appel au soutien de sa demande d'annulation de l'arrêté préfectoral du 8 décembre 2022.
Sur les autres moyens soulevés par Mme A :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaqués :
6. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Haute-Garonne, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 31-2022-10-18-00001 du 19 octobre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, aux fins de signer, notamment, les décisions défavorables au séjour et en particulier en matière d'asile ainsi que l'ensemble des décisions d'éloignement et des décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.
7. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, en particulier le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il mentionne notamment que Mme A a sollicité l'asile, que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, statuant en procédure accélérée, a rejeté sa demande, qu'elle ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français et n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Géorgie. À défaut pour Mme A, ainsi que dit précédemment, d'avoir informé le préfet de la Haute-Garonne de son état de santé, ce dernier n'était pas tenu de le mentionner dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision obligeant Mme A à quitter le territoire français :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". L'article L. 542-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () ". Aux termes de l'article L. 531-24 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 () ".
9. D'une part, par sa décision du 26 octobre 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile de Mme A sur le fondement de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le droit de l'intéressée à se maintenir sur le territoire français a donc cessé à la date de notification de ce rejet, à supposer même qu'un recours ait été ultérieurement présenté devant la Cour nationale du droit d'asile. L'autorité préfectorale pouvait donc légalement prononcer l'obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la motivation de l'arrêté du 8 décembre 2022, qu'en prenant la décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Garonne se serait estimé lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 octobre 2022.
10. D'autre part, le droit à un recours effectif prévu par le droit de l'Union européenne n'implique pas nécessairement que le demandeur ait le droit de se maintenir sur le territoire de l'État membre dans l'attente de l'issue du recours juridictionnel formé contre la décision rejetant sa demande, mais implique seulement, lorsque cette décision a pour conséquence de mettre un terme à son droit au séjour dans l'État membre, qu'une juridiction décide s'il peut se maintenir sur le territoire de cet État. Il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, s'il ne bénéficie pas du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours, un ressortissant étranger issu d'un pays sûr dont la demande d'asile a été rejetée selon la procédure accélérée, peut contester l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Ce recours présente un caractère suspensif et le juge saisi a la possibilité, le cas échéant, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement et de permettre ainsi au ressortissant de demeurer sur le territoire jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse ou les dispositions de droit interne sur lesquelles elle est fondée seraient contraires aux articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, aux articles 18 et 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ou à la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, y compris son considérant 25 et son article 46. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance du droit à un recours effectif en matière d'asile doivent être écartés.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
12. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux des docteurs Biboulet et Collé, respectivement établis le 21 septembre 2022 et le 6 janvier 2023, que Mme A souffre de diabète de type II et d'hypertension, nécessitant un suivi biologique régulier et justifiant la prise d'un traitement composé d'hydrochlorothiazide, de metformine chlorhydrate, de glimepiride, de dulaglutide (Trulicity), d'enalapril maléate et d'omeprazole. À supposer même que ces éléments soient suffisants pour justifier que son état de santé nécessite des soins dont l'interruption pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il ressort toutefois des différents rapports versés au dossier par l'intimée, notamment la fiche de l'Organisation mondiale de la santé de 2016, que des traitements du diabète de type II sont disponibles en Géorgie. Il ne ressort pas davantage de ces documents que les traitements pour l'hypertension ne le seraient pas. Si Mme A verse au dossier des échanges avec un ensemble de laboratoires commercialisant en France les molécules qui composent son traitement, indiquant qu'ils ne commercialisent pas ces médicaments en Géorgie, ces échanges sont insuffisants pour justifier non seulement qu'aucun laboratoire n'y commercialise de telles spécialités, y compris sous forme générique, mais encore pour établir que les molécules prescrites en France ne seraient pas substituables avec d'autres molécules, ce qui ne ressort pas non plus des certificats médicaux produits. Par ailleurs, la seule circonstance que le suivi médical du diabète en Géorgie n'est pas de qualité équivalente à celui dont Mme A a pu bénéficier en France en raison de l'absence de disponibilité de tests de l'hémoglobine glyquée (HbA1C) en Géorgie est sans incidence sur la possibilité pour l'intéressée d'obtenir néanmoins un suivi dès lors que les techniques de mesure de la glycémie et du glucose par prélèvement sanguin ou bandelettes urinaires, bien que moins précises, existent et y sont couramment utilisées. S'agissant ensuite du coût des traitements, il ressort des documents produits qu'un système de couverture santé universelle a été mis en place en Géorgie à compter de l'année 2020 et permet la prise en charge de la plupart des soins courants, dont ceux relatifs au diabète. S'il ressort néanmoins des éléments produits par Mme A qu'un reste à charge important existe sur les médicaments et que le prix de ceux-ci a fortement augmenté depuis la pandémie de Covid-19, l'intéressée n'apporte pas d'éléments précis sur ses moyens financiers ainsi que sur ceux de sa famille proche de nature à démontrer qu'elle ne serait pas en mesure de supporter le coût de ces soins. Enfin, si les éléments médicaux produits par Mme A attestent que celle-ci souffre également de lombalgies et d'un polype utérin, il ne ressort des pièces du dossier ni que l'absence de traitement de ces troubles serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni a fortiori qu'elle ne pourrait effectivement bénéficier des traitements adéquats en Géorgie. Dans ces conditions, et alors que l'intéressée s'est abstenue de présenter une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade et que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pu être saisi pour avis par le préfet de la Haute-Garonne, c'est sans méconnaître les dispositions précitées que ce dernier a pu l'obliger à quitter le territoire français.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. Mme A soutient avoir le centre de ses intérêts privés et familiaux en France dès lors que son état de santé nécessite des soins faisant obstacle à son retour en Géorgie et qu'elle a dû fuir ce pays en raison du harcèlement dont elle était victime de la part de sa belle-fille. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que l'intimée, entrée en France six mois avant la décision attaquée, dispose de l'ensemble de ses attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 62 ans au moins et où résident a minima ses trois fils et sa sœur. À supposer même avérée l'hostilité à son égard de sa belle-fille, épouse de son fils aîné, Mme A ne fait état d'aucun obstacle à sa prise en charge par un autre de ses enfants. Il résulte en outre de ce qui a été dit au point 12 du présent arrêt que Mme A n'établit pas la nécessité de son maintien sur le territoire français en raison de son état de santé. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus et n'a donc ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences que sa décision est susceptible d'entraîner sur la situation personnelle de l'intéressée.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, l'illégalité de la décision obligeant Mme A à quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel Mme A pourra être éloigné, ne peut qu'être écartée.
16. En deuxième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. Il appartient au préfet chargé de fixer le pays de renvoi d'un étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, en application de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que les mesures qu'il prend n'exposent pas l'étranger à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La personne à qui le statut de réfugié a été refusé ou retiré ne peut être éloignée que si, au terme d'un examen approfondi et complet de sa situation, et de la vérification qu'elle possède encore ou non la qualité de réfugié, il est conclu, en cas d'éloignement, à l'absence de risque au regard des stipulations précitées. Si le préfet est en droit de prendre en considération les décisions qu'ont prises, le cas échéant, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile saisis par l'étranger d'une demande de protection internationale, l'examen et l'appréciation par ces instances des faits allégués par le demandeur et des craintes qu'il énonce, au regard des conditions mises à la reconnaissance de la qualité de réfugié par la convention de Genève du 28 juillet 1951 et à l'octroi de la protection subsidiaire par les dispositions de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne lient pas le préfet, et sont sans influence sur l'obligation qui est la sienne de vérifier, au vu de l'ensemble du dossier dont il dispose, que les mesures qu'il prend ne méconnaissent pas les dispositions de l'article L. 721-4 précité.
18. Mme A soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, elle serait exposée à des risques de peines ou traitements inhumains en raison de l'hostilité à son égard de sa belle-fille, épouse de son fils aîné. Toutefois, à supposer même avérée cette hostilité et l'altercation physique qui en aurait découlée au mois de mai 2022, l'intéressée ne justifie pas encourir une menace personnelle et actuelle de ce seul fait, alors qu'il ressort de ses déclarations devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qu'après intervention des parents de sa belle-fille, celle-ci s'est excusée, que rien n'indique que cette hostilité se poursuivrait si l'intéressée s'installait chez un autre de ses fils et qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier ni n'est même allégué que, dans l'hypothèse où ce serait finalement le cas, les autorités géorgiennes ne seraient pas en mesure de la protéger. Sa demande d'asile a, au demeurant, été rejetée le 26 octobre 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant comme pays de renvoi la Géorgie.
19. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Haute-Garonne est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a annulé son arrêté du 8 décembre 2022 et lui a enjoint de réexaminer la situation de Mme A.
Sur les frais liés au litige de première instance :
20. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Haute-Garonne est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a mis à la charge de l'État la somme de 1 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
21. Le présent arrêt n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentée par Mme A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de Mme A la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement n° 2207423 du 14 mars 2023 du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse est annulé en tant qu'il a annulé l'arrêté du 8 décembre 2022 du préfet de la Haute-Garonne, lui a enjoint de réexaminer la demande de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, et a mis à la charge de l'État le paiement d'une somme de 1 250 euros au titre des frais liés au litige.
Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et de mise à la charge de l'État de frais liés au litige présentées par Mme A devant le tribunal administratif de Toulouse et les conclusions à fin d'injonction et au titre des frais d'instance présentées en appel sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et à Mme A.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rey-Bèthbéder, président,
M. Nicolas Lafon, président-assesseur,
Mme Fougères, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.
La rapporteure,
A. Fougères
Le président,
É. Rey-Bèthbéder
Le greffier,
F. Kinach
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026