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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00983

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00983

mardi 24 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00983
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL Sylvain LASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté 12 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2207307 du 28 février 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2023, M. B, représenté par Me Laspalles, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler ce jugement ;

3°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2022 du préfet de la Haute-Garonne ;

4°) d'ordonner au préfet de la Haute Garonne de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la mesure d'éloignement est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet n'a pas respecté la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du même code ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et attentif de sa situation ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- le préfet s'est cru à tort en état de compétence liée et a ainsi méconnu l'étendue de sa compétence ;

- la mesure attaquée comporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle et se trouve entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision porte une atteinte manifestement excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire de trente jours :

- la décision n'est pas suffisamment motivée en fait et révèle une absence d'examen de sa situation personnelle ;

- cette décision est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et entachée d'erreur de droit ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée et a ainsi méconnu l'étendue de sa compétence ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants, tel que protégé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu des risques auxquels il se trouve exposé en cas de retour dans son pays d'origine.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, de nationalité camerounaise né le 4 juillet 1983, fait appel du jugement du 28 février 2023 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

3. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 octobre 2023. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est dépourvue d'objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, les moyens tirés du défaut de motivation, de la méconnaissance de la procédure contradictoire, de celle du droit à être entendu, de l'absence d'examen sérieux de sa situation et de l'erreur de droit du préfet à s'être cru en situation de compétence liée sont la réitération de ceux exposés devant le tribunal sans aucune critique de la solution retenue ni élément de fait ou de droit nouveau. Ils doivent être écartés par adoption des motifs pertinents retenus par le tribunal aux points 3 à 8 du jugement attaqué.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare être arrivé sur le territoire français le 6 août 2021, a formé une demande d'asile le 16 août 2021, laquelle demande a été rejetée le 28 avril 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile le 26 septembre 2022. Si l'appelant se prévaut d'une ancienneté de présence en France dès lors qu'il y réside depuis plus d'un an à la date de l'arrêté en litige, il n'a pu s'y maintenir régulièrement que le temps de l'examen de sa demande d'asile. Par ailleurs, la circonstance qu'il ait quitté son pays d'origine pour fuir les persécutions dont il faisait l'objet, est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, qui n'a pas pour objet de fixer le pays de destination.

7. D'autre part, s'il se prévaut d'une relation de concubinage avec une ressortissante congolaise en situation régulière, depuis le mois d'avril 2022, il ne ressort ni de l'attestation d'hébergement produite par le centre d'hébergement et de réinsertion sociale Riquet ni de celle versée par sa compagne, qu'il existait une communauté de vie antérieurement à la décision attaquée. Si M. B fait valoir qu'il s'occupe des trois enfants de sa compagne quotidiennement et " pourvoit à leur éducation ", la seule attestation sur l'honneur produite par sa compagne, au demeurant postérieurement à la décision attaquée, ne suffit pas à établir l'ancienneté, l'intensité ou la stabilité de ses attaches sur le territoire national. Par ailleurs, si l'intéressé produit l'acte de reconnaissance d'un enfant à naître établi le 23 janvier 2023 ainsi que diverses factures attestant de sa participation à la naissance de l'enfant, ces éléments, sont postérieurs à l'arrêté attaqué et, par suite, sans incidence sur sa légalité.

8. Enfin, M. B qui a vécu au Cameroun jusqu'à l'âge de trente-huit ans, n'allègue pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et ne conteste pas la circonstance que ses trois enfants mineurs y résident. Au surplus, en se bornant à produire un bulletin faisant état d'une intervention chirurgicale prévue le 10 février 2023 et une attestation de droits à l'assurance maladie depuis le 1er décembre 2022, M. B n'établit pas que son état de santé ferait obstacle à son éloignement du territoire français. Enfin, l'appelant qui se prévaut de sa maîtrise du français et de la réalisation d'actions de bénévolat, ne justifie par aucune pièce d'une insertion particulière dans la société française. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne saurait être regardée comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés au point précédent, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté sur la situation personnelle de l'appelant.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

11. M. B soutient que la mesure d'éloignement prononcée à son encontre porterait atteinte à l'intérêt supérieur des trois enfants de sa compagne. D'une part, comme exposé au point 6 de la présente ordonnance, l'appelant n'établit pas par les pièces qu'il a produites, de l'intensité et stabilité des liens entretenus avec les enfants de sa compagne, avec lesquels il ne vit pas. D'autre part, M. B ne contredit pas que ses trois enfants mineurs résident en dehors du territoire français. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations précitées.

Sur la fixation d'un délai de départ volontaire de trente jours :

12. En premier lieu, la décision du préfet de la Haute-Garonne fixant le délai de départ volontaire de trente jours mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application et précise que M. B ne fait pas état de circonstances justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé. Contrairement à ce que soutient l'appelant, il ne ressort pas des termes de la décision que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

13. En deuxième lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il ne peut utilement soutenir que la décision fixant le délai de départ volontaire de trente jours serait dépourvue de base légale et entachée en conséquence d'une erreur de droit.

14. En troisième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée que le préfet se soit cru en situation de compétence liée et tenu de fixer un délai de départ volontaire de trente jours à l'encontre de l'appelant. Le moyen tenant à l'incompétence négative doit ainsi être écarté.

15. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparait nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ".

16. Si l'appelant fait valoir que les éléments de son dossier justifiaient l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, cette circonstance ne suffit pas à établir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans la fixation du délai de départ de trente jours qui constitue le délai de droit commun pour l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

17. L'appelant reprend en appel les moyens tirés du défaut de motivation et de la méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans des termes similaires à sa demande de première instance ou sans critique utile. Il n'apporte aucun élément de droit ou de fait nouveau ni aucune pièce utile à l'appui de ces moyens. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif aux points 18, 19 et 20 du jugement attaqué.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, et doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Laspalles et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 24 octobre 2023.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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