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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL01019

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL01019

mardi 17 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL01019
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D E, veuve C, a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 3 mai 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Par un jugement n°2203853 du 18 octobre 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2023, Mme E veuve C, représentée par Me Ruffel, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 18 octobre 2022 ;

2°) d'annuler la décision du préfet de l'Hérault en date du 3 mai 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de l'Hérault la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans les mêmes conditions de délai à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au profit de son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 en contrepartie de son désistement de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation en droit en ce que la décision ne vise pas l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle et familiale ;

- il méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par une décision du président de section du bureau d'aide juridictionnelle près la cour administrative d'appel de Toulouse en date du 5 avril 2023, Mme E veuve C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R.222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme E, veuve C, ressortissante bissau-guinéenne née en 1976 à Bissau (Guinée Bissau), est entrée sur le territoire français le 29 août 2021 munie d'un visa court séjour " États Schengen " de 90 jours délivré par les autorités portugaises à Bissau et valable du 10 février 2020 au 9 février 2023. Mme E, veuve C, a sollicité le 14 mars 2022 auprès des services de la préfecture de l'Hérault la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté en date du 3 mai 2022, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme E, veuve C, relève appel du jugement n°2203853 du 18 octobre 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a notamment rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, il ressort du recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Hérault, librement accessible sur le site internet de la préfecture, que, par un arrêté du 9 mars 2022 n°2022.03.DRCL.168, d'ailleurs produit par le préfet devant les premiers juges, publié le 10 mars 2022 au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. A B, sous-préfet du département de l'arrondissement de Béziers, à l'effet de signer notamment les décisions prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux serait entaché d'un vice d'incompétence ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, Mme E, veuve C, soutient que l'arrêté est insuffisamment motivé en droit en ce qu'il omet de viser les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de l'Hérault a visé les textes sur lesquels il s'est fondé, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a en outre examiné les effets de sa décision sur l'enfant de la requérante. Ainsi, le préfet de l'Hérault a suffisamment motivé en droit l'arrêté attaqué alors même qu'il n'a pas visé l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Le tribunal administratif de Montpellier a considéré que " Mme E fait valoir qu'elle a effectué de nombreux et longs séjours sur le territoire français à compter de 1996, date de sa rencontre avec son époux, ressortissant français décédé le 21 janvier 2022. Il résulte cependant des écritures mêmes de la requérante que sa dernière entrée en France date du mois d'août 2021, qu'elle vivait séparée de son époux depuis 2015, malgré une tentative de reprise de la vie commune pendant quelques mois en 2016. Si elle a séjourné, comme elle le soutient sans l'établir, à plusieurs reprises en France, il n'en demeure pas moins qu'elle a effectué de nombreux retours dans son pays d'origine, avec lequel elle a conservé de nombreuses attaches tant personnelles que familiales. Dans ces conditions, quelle que soit l'expérience professionnelle dont elle se prévaut et alors même qu'un de ses frères résiderait régulièrement en France, elle n'établit pas avoir fixé durablement en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. La circonstance alléguée que sa fille a été inscrite en classe de cours préparatoire en France en 2021-2022 ne fait par ailleurs pas obstacle à ce que cette scolarité se poursuive dans son pays d'origine, dans lequel elle a en outre déjà été scolarisée ". Mme E, qui se borne en appel à reprendre dans les même termes son argumentation développée en première instance, ne se prévaut d'aucun élément de fait ou de droit utile de nature à remettre en cause l'appréciation des premiers juges. Par conséquent, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par adoption des motifs pertinemment retenus par les premiers juges au point 5 du jugement attaqué.

7. Il résulte des motifs exposés au point précédent que Mme E ne justifie d'aucune des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet n'a pas davantage entaché ses décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de Mme E.

8. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1 Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

9. Mme E, veuve C, reprend en appel, à l'identique et sans élément nouveau, le moyen soulevé en première instance de l'erreur manifeste d'appréciation tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Dans ces conditions, la requérante n'apporte pas d'élément de nature à remettre en cause l'appréciation motivée qui a été portée par les premiers juges. Ceux-ci ont notamment relevé que, bien que l'intéressée faisait valoir la scolarité de sa fille mineure en France au titre de l'année 2021-2022, soit seulement pour une année, cela ne faisait pas obstacle à ce que la cellule familiale se reconstruise en dehors de la France, notamment en Guinée-Bissau au vu du jeune âge de sa fille. Il suit de là que ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 8 du jugement attaqué.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme E, veuve C, qui est manifestement dépourvue de fondement doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et tendant à l'application des dispositions des articles des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D E veuve C et à Me Ruffel.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 17 octobre 2023.

La présidente de la 2ème chambre,

A. Geslan-Demaret

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°23TL01019

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