mardi 29 août 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL01082 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BONOMO FAY |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois et l'a assigné à résidence.
Par un jugement n° 2205877 du 13 décembre 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2301082 le 11 mai 2023, M. A, représenté par Me Bonomo-Fay, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
-l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;
-il méconnaît les dispositions de l'article L. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
-la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français méconnaît les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet des Pyrénées-Orientales qui n'a pas produit de mémoire.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2301081 le 11 mai 2023, M. A, représenté par Me Bonomo-Fay, demande à la cour :
1°) de prononcer le sursis à exécution du jugement du 13 décembre 2022 du tribunal administratif de Montpellier ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
-l'exécution du jugement attaqué risque d'entraîner des conséquences difficilement réparables ;
-les moyens sur lesquels est fondée sa requête au fond présentent un caractère sérieux.
La requête a été communiquée au préfet des Pyrénées-Orientales qui n'a pas produit de mémoire.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 28 septembre 1996, a été interpellé le 9 novembre 2022 pour conduite sans permis et infraction à la législation sur le droit des étrangers. Par un arrêté du 10 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit de retourner en France pour une durée de six mois, a fixé le pays de renvoi et l'a assigné à résidence. Par la requête enregistrée sous le n° 23TL01082, M. A fait appel du jugement du 13 décembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté. Par la requête enregistrée sous le n° 23TL01081, il demande à la cour de prononcer le sursis à exécution de ce jugement.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
3. Les requêtes n° 23TL01081 et n° 23TL01082 présentées par M. A étant dirigées contre un même jugement, il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 23TL01082 :
4. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il expose les éléments de fait relatifs à la situation administrative de M. A, qui ne justifie pas la régularité de son séjour en France, et à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir de l'article L. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour contester la légalité de l'arrêté contesté dans la présente instance qui l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de renvoi, lui interdit de retourner en France pour une durée de six mois et l'assigne à résidence. Ainsi, ce moyen inopérant doit être écarté. En tout état de cause, l'article L. 314-1 n'était plus en vigueur à la date de l'arrêté contesté du préfet des Pyrénées-Orientales et, au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A serait titulaire d'une carte de résident d'une durée de validité de dix ans et qu'il pourrait donc se prévaloir des dispositions précédemment en vigueur de l'article L. 314-1 qui sont relatives au renouvellement de plein droit de cette carte.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. A s'est marié le 19 février 2022 avec une ressortissante française et se prévaut également de la présence en France de son père, qui détient une carte de résident d'une durée de validité de dix ans. Toutefois, la durée de la présence habituelle de M. A en France, depuis la fin de l'année 2019 selon ses propres indications, s'élève à trois ans seulement à la date de l'arrêté litigieux. Par ailleurs, il ne justifie pas être en situation d'isolement en cas de retour dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans et où réside notamment sa mère. En outre, le mariage avec son épouse française est très récent à la date de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales et M. A ne peut utilement se prévaloir de la grossesse de son épouse, qui est postérieure à cette date. Par suite, et alors que l'intégration sociale et professionnelle de M. A ne ressort pas des pièces du dossier, et à supposer même que le frère de M. A serait français, l'arrêté contesté n'a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par conséquent, le moyen tiré de ce que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
9. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères que ces dispositions énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
10. Il ressort de l'arrêté litigieux que le préfet des Pyrénées-Orientales a apprécié la situation de M. A eu égard aux quatre critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10. En outre, en l'absence de circonstances humanitaires, eu égard aux éléments de fait précédemment mentionnés au point 7, la durée de six mois n'est pas disproportionnée. Par suite, il convient d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En dernier lieu, eu égard aux éléments de fait précédemment mentionnés au point 7, le moyen tiré de ce que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté contesté sur la situation de M. A doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête d'appel tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2022 sont manifestement dépourvues de fondement et peuvent donc être rejetées en application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précédemment citées. Les conclusions aux fins d'injonction doivent, par voie de conséquence, être rejetées.
Sur les conclusions à fin de sursis à exécution de la requête n° 23TL01081 :
13. La présente ordonnance statuant sur la demande d'annulation du jugement n° 2205877 du 13 décembre 2022 du tribunal administratif de Montpellier, les conclusions de la requête n° 23TL01081 tendant au sursis à exécution de ce jugement sont devenues sans objet.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme à verser au conseil de M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête n° 23TL01082 de M. A est rejetée.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 23TL01081 tendant au sursis à exécution du jugement du 13 décembre 2022 du tribunal administratif de Montpellier.
Article 3 : Les conclusions de la requête n° 23TL01081 présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Cyrielle Bonomo-Fay et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Orientales.
Fait à Toulouse, le 29 août 2023.
Le président de la 1ère chambre,
A. Barthez
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°23TL01081, 23TL01082
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026