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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL01145

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL01145

mardi 5 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL01145
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL Sylvain LASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D E épouse C et M. B C ont chacun demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler les arrêtés du 30 mai 2022 par lesquels le préfet de la Haute-Garonne a rejeté leurs demandes d'admission exceptionnelle au séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et leur a interdit un retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement nos 2203927 et 2203928 du 24 mars 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I - Sous le n° 23TL01145, par une requête, enregistrée le 16 mai 2023, M. B C, représenté par Me Laspalles, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler ce jugement ;

3°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 30 mai 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

4°) d'ordonner au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, en tout état de cause, d'ordonner au préfet de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) d'ordonner au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour :

- la décision ne répond pas à l'exigence de motivation imposée par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du même code ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie pouvoir bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le jugement en litige est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité de cette décision sur sa situation personnelle ;

- la décision porte une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée ne répond pas aux exigences de motivation imposées par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la mesure d'éloignement n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article 24 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 et conformément aux exigences des principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- la mesure d'éloignement est privée de base légale en raison de l'illégalité du refus opposé à sa demande de titre de séjour ;

- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en prenant cette décision, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire de trente jours :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée et révèle une absence d'examen de sa situation personnelle ;

- la procédure contradictoire prévue à l'article 24 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 n'a pas été mise en œuvre alors que la décision fixant le délai de départ volontaire n'est pas prise sur sa demande ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et se trouve dépourvue de base légale ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie compte tenu des éléments qu'il produit, qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'aucun élément relevant de sa situation ne justifie le prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est insuffisamment motivée et révèle une absence d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques auxquels elle se trouve exposée en cas de retour en Albanie et méconnaît également, par voie de conséquence, l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2023.

II - Sous le n° 23TL01146, par une requête, enregistrée le 16 mai 2023, Mme E épouse C, représentée par Me Laspalles, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler ce jugement ;

3°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 30 mai 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

4°) d'ordonner au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, en tout état de cause, d'ordonner au préfet de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) d'ordonner au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour :

- la décision ne répond pas à l'exigence de motivation imposée par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du même code ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie pouvoir bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le jugement en litige est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité de cette décision sur sa situation personnelle ;

- la décision porte une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée ne répond pas aux exigences de motivation imposées par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la mesure d'éloignement n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article 24 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 et conformément aux exigences des principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- la mesure d'éloignement est privée de base légale en raison de l'illégalité du refus opposé à sa demande de titre de séjour ;

- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en prenant cette décision, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire de trente jours :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée et révèle une absence d'examen de sa situation personnelle ;

- la procédure contradictoire prévue à l'article 24 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 n'a pas été mise en œuvre alors que la décision fixant le délai de départ volontaire n'est pas prise sur sa demande ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et se trouve dépourvue de base légale ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie compte tenu des éléments qu'elle produit, qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'aucun élément relevant de sa situation ne justifie le prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est insuffisamment motivée et révèle une absence d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques auxquels elle se trouve exposée en cas de retour en Albanie et méconnaît également, par voie de conséquence, l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme E épouse C a été rejetée par une décision du 8 novembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. C, ressortissant albanais né le 24 février 1989 et son épouse, Mme E épouse C, de même nationalité née le 7 mars 1993, ont sollicité le 4 et 5 octobre 2021 auprès des services de la préfecture de la Haute-Garonne leur admission exceptionnelle au séjour au titre de leur vie privée et familiale et de leurs perspectives d'insertion professionnelle. Par deux arrêtés du 30 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à leurs demandes, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et leur a interdit un retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par les requêtes susvisées, enregistrées sous les nos 23TL01145 et 23TL01146, M. C et Mme E épouse C font respectivement appel du jugement nos 2203927 et 2203928 du 24 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des arrêtés pris à leur encontre. Ces requêtes étant dirigées contre le même jugement, il y a lieu de les joindre pour statuer par une même ordonnance.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 novembre 2023. La demande de Mme E épouse C a été rejetée par une décision du même jour du bureau d'aide juridictionnelle. Dès lors, leurs conclusions tendant à ce que soient prononcées leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont sans objet et doivent être rejetées.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, les décisions en litige visent les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Haute-Garonne a rappelé les étapes de la procédure d'asile des appelants et précisé les éléments de faits propres à leur situation personnelle et familiale en France, la présence sur le territoire français de leurs deux enfants mineurs ainsi que les éléments dont se prévalent les époux sur le plan professionnel. Par ailleurs, les arrêtés exposent les motifs de rejet de leurs demandes d'admission exceptionnelle au séjour. Ils relèvent l'absence de circonstances de nature à justifier l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours et mentionnent les raisons de l'édiction des interdictions de retour. Ils précisent également que les intéressés n'établissent pas être exposés à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Par conséquent, les décisions contestées sont suffisamment motivées.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". L'article L. 122-1 du même code dispose : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".

6. M. et Mme C soutiennent que les arrêtés du préfet de la Haute-Garonne portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an sont intervenus au terme d'une procédure irrégulière en raison de l'absence de toute procédure contradictoire dans les conditions définies par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, par l'article 24 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 et par les " principes généraux du droit de l'Union européenne ". D'une part, les décisions attaquées de refus de séjour ayant été prises à la suite des demandes présentées par M. et Mme C, ces derniers ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions précitées des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. D'autre part, les dispositions des articles L. 613-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile déterminent l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français et de leurs mesures accessoires. Par suite, les époux C ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration précités ni celles de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, au demeurant abrogées depuis le 1er janvier 2016.

7. En troisième lieu, le droit d'être entendu au sens de la jurisprudence de la Cour de justice fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient donc aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

8. L'étranger qui sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour ne saurait ignorer, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, qu'il pourra, en cas de refus, faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il est, par ailleurs, conduit à l'occasion du dépôt de sa demande, qui doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle en préfecture, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il est également loisible à l'étranger, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire ou élément nouveau. Le droit d'être entendu avant que n'intervienne un refus de titre de séjour est ainsi assuré par la procédure prévue et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en l'espèce, M. et Mme C n'auraient pas eu, au cours de l'instruction de leurs demandes, la possibilité de faire état de tous éléments pertinents relatifs à leurs situations personnelles et susceptibles d'influer sur le sens des décisions se prononçant sur leurs demandes. En particulier, ils n'établissent pas avoir sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux ou avoir été empêchés de faire valoir leurs observations. Au surplus, le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre les intéressés à même de présenter leurs observations de façon spécifique sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et leurs mesures accessoires, dès lors qu'ils ont été entendus dans le cadre du dépôt de leurs demandes d'admission au séjour. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu doivent être écartés.

En ce qui concernent les décisions portant refus de séjour :

9. En premier lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées ni des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation des appelants avant de rejeter leurs demandes d'admission au séjour.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

11. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des motifs exceptionnels exigés par la loi.

12. D'une part, M. et Mme C soutiennent vivre habituellement en France depuis le 12 septembre 2017 et avoir sur le territoire national le centre de leurs intérêts privés et familiaux dès lors qu'ils y résident avec leurs deux enfants mineurs et y ont leurs attaches amicales. Toutefois, alors que les intéressés ont été admis à y résider le temps de l'instruction de leurs demandes d'asile, il ressort des pièces du dossier qu'après le rejet de leurs demandes prononcé en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 18 septembre 2018, les époux C ont fait chacun l'objet le 6 novembre 2018 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours prononcé par le préfet de la Haute-Garonne. Si M. C a exécuté cette précédente mesure d'éloignement le 26 juillet 2019, avant de revenir sur le territoire français à une date indéterminée, Mme E épouse C s'est maintenue en situation irrégulière après le rejet de sa demande d'asile. Par ailleurs, les appelants ont vécu habituellement en Albanie jusqu'à l'âge de 28 ans et 24 ans, où les parents et une partie de la fratrie de Mme E épouse C résident toujours. Au surplus, si les époux C produisent plusieurs attestations en vue de justifier de leur intégration en France et se prévalent de la présence de leurs enfants, nés respectivement en 2010 et 2016, scolarisés en France, il ressort également des pièces du dossier que les appelants ne justifient pas d'une insertion sociale particulière alors que M. C a fait l'objet d'une condamnation pénale prononcée le 6 novembre 2018 à une peine d'emprisonnement de six mois pour des faits d'importation en contrebande de produits du tabac manufacturé.

13. D'autre part, M. et Mme C se prévalent de leurs perspectives d'insertion professionnelle. Toutefois, si M. C fait valoir qu'il bénéficie d'une autorisation de travail pour un " poste de manœuvre " et Mme C se prévaut d'une promesse d'embauche en tant qu'aide à domicile, ces seuls éléments ne suffisent pas pour caractériser des motifs exceptionnels de nature à permettre leur admission au séjour au titre du travail. Par ailleurs, si Mme C a produit une seconde promesse d'embauche au sein du service d'aide et d'accompagnement à domicile d'Aurignac, cette pièce est postérieure à la date de la décision contestée, et par suite sans incidence sur sa légalité. Par suite, il n'apparaît pas que l'administration aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou dans l'usage de son pouvoir de régularisation.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 12 et 13 ci-dessus et alors que les époux C ne contestent pas la présence d'une partie de leur famille dans leur pays d'origine, les décisions en litige ne portent pas au droit des intéressés au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par l'autorité administrative. Dès lors, les stipulations précitées n'ont pas été méconnues.

16. En quatrième lieu, compte tenu de tout ce qui vient d'être dit, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de ses décisions sur leur situation personnelle.

17. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". En l'espèce, les décisions contestées n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer de leurs parents les deux enfants mineurs A et Mme C, lesquels ont vocation à les suivre dans leur pays d'origine où rien ne s'oppose à ce qu'ils poursuivent une scolarité normale. Par conséquent, l'intérêt supérieur des deux enfants des appelants n'a pas été méconnu et le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de l'illégalité des décisions refusant leur admission exceptionnelle au séjour.

19. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 12 et 13, les intéressés ne sont pas fondés à soutenir qu'en les obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Garonne aurait porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de la vie privée et familiale ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation de leur situation.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire de trente jours :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

21. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des arrêtés attaqués ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M et Mme C ou qu'il se serait placé à tort dans une situation de compétence liée.

22. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers que la situation des requérants se caractériserait par des circonstances exceptionnelles de nature à justifier que le préfet leur accorde un délai de départ volontaire supérieur au délai normal de trente jours. Par suite, les décisions susvisées n'apparaissent pas entachées d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne les décisions portant interdictions de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

23. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation des arrêtés litigieux ni des autres pièces des dossiers que l'autorité préfectorale n'aurait pas réalisé un examen réel et sérieux de la situation des requérants avant de décider de prononcer les interdictions de retour.

24. En second lieu, M. et Mme C ne justifient ni d'une présence ancienne en France ni de liens intenses sur le territoire national. De plus, Mme C s'est soustraite à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 6 novembre 2018 et M. C est entré à nouveau sur le territoire français à une date indéterminée après avoir exécuté le 26 juillet 2019 la même mesure prise à son encontre. Ainsi et alors même qu'ils ne représentent pas une menace pour l'ordre public, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en les interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché ses arrêtés d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

25. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation des arrêtés litigieux ni des autres pièces des dossiers que l'autorité préfectorale n'aurait pas réalisé un examen réel et sérieux de la situation des requérants avant de décider de fixer le pays de destination.

26. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Le dernier alinéa de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable dispose que : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

27. M. et Mme C soutiennent qu'ils encourent des risques personnels en cas de retour dans leur pays d'origine dès lors que M. C est recherché en raison d'une dette héritée de son père décédé et qu'il a été à nouveau agressé lors de son retour dans son pays d'origine en 2019. Toutefois, alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 8 juin 2022 et par la Cour nationale du droit d'asile le 18 septembre 2018, ils n'apportent aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels ils seraient directement et personnellement exposés en cas de retour dans leur pays d'origine. Au surplus, si M. C verse à l'appui de ses propos divers documents et photos datant de la période où il aurait exécuté une précédente mesure d'éloignement en 2019, le courrier dont il se prévaut de demande de réexamen de sa demande de protection auprès de l'Office français de protection des réfugiés n'est pas daté. Par ailleurs, le relevé " Telemofpra " produit par le préfet et actualisé au 17 octobre 2022 ne fait pas mention d'une telle demande. Par suite, les décisions fixant leur pays de destination ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par M. C et Mme E épouse C sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes nos 23TL01145 et 23TL01146 de Mme E épouse C et M. C sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D E épouse C, M. B C, Me Sylvain Laspalles et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 5 décembre 2023.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Nos 23TL01145, 23TL01146

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