mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL01192 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | DESSALCES & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 1er février 2023 qui lui a refusé l'admission au séjour et fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir, à titre subsidaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre dans un délai de deux mois sous astreinte de cent euros par jour de retard.
Par un jugement n° 2300923 du 9 mai 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté ses demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 23 mai 2023, M. B, représenté par la SCP Dessalces, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 9 mai 2023 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 1er février 2023 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, lui ordonner de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois dans les mêmes conditions d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas octroyée, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- le refus de séjour est entaché d'une erreur de droit faute d'examen particulier de sa situation par le préfet qui s'est cru lié par l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle au regard de son état de santé ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français est privée de base légale par suite de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant l'Algérie comme pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par une décision du 25 août 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R.222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. B, ressortissant algérien né le 2 novembre 1990 à Tarik-Ibn-Ziad (Algérie) déclare sans en apporter la preuve être entré en France le 22 juin 2020. Le 16 juin 2020, il a déposé une demande d'asile en préfecture de l'Hérault qui a été rejetée le 1er juillet 2020 par décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée le 27 février 2021 par décision de la cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté non exécuté du 9 juin 2021, dont la légalité a été confirmée en dernier lieu par ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille du 22 février 2022, le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de quatre mois. Le 26 septembre 2022, il a formé une demande d'admission au séjour pour raisons médicales, sur le fondement de l'article 6-7° de l'accord franco-algérien, rejetée par le préfet de l'Hérault par un arrêté du 1er février 2023 assorti d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours. M. B relève appel du jugement du 9 mai 2023 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement :
3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Contrairement à ce que soutient M. B, il ressort des termes du jugement que les premiers juges se sont prononcés de façon suffisamment précise sur tous les moyens soulevés par lui en première instance, et notamment, au point 6 du jugement, sur le moyen tiré de de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant et se serait cru, à tort, lié par l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du jugement manque en fait et doit être écarté.
Sur la décision refusant l'admission au séjour :
4. Il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté contesté, qui indique qu'aucune pièce n'est de nature à infirmer l'avis émis le 30 décembre 2022 par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et l'intégration, ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Hérault aurait méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation en s'estimant lié par l'avis du collège de médecins et aurait ainsi commis une erreur de droit. Ce moyen doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article R.425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration./ L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé.() "
6. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ". Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés.
7. En l'espèce, il est constant que le point 3 du jugement contesté a fait droit à la demande de substitution de base légale présentée par le préfet de l'Hérault, sur le fondement des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, en lieu et place des dispositions de l'article L.425-9 précité initialement visées dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.
8. M. B soutient que la décision portant refus de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Si M. B soutient que ses père et mère sont titulaires d'une carte de résident, et que ses frères résident également sur le territoire sans que soient précisées les modalités de leur séjour, il ne démontre pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France où il n'a été admis au séjour que durant le temps d'examen de sa demande d'asile alors qu'il n'est pas contesté qu'il conserve des liens familiaux en Algérie où il a vécu la majeure partie de sa vie. Par conséquent, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'appelant.
9. La circonstance que le requérant reçoive en France des soins médicaux pris en charge et qu'il ne dispose d'aucun revenu lui permettant de s'acquitter de ses frais de santé en Algérie ne permet pas de regarder le refus de séjour comme étant entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault, en prenant la mesure d'éloignement contestée, aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B à mener une vie privée et familiale normale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. (). ".
12. Pour soutenir que son état de santé fait obstacle à son éloignement au motif qu'il nécessite des soins dont il ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine, l'intéressé se prévaut d'une attestation datée du 29 avril 2021 établie par un médecin psychiatre qui se borne à indiquer qu'il souffre d'une psychose chronique nécessitant un traitement antipsychotique et un suivi psychiatrique et produit plusieurs ordonnances. Cependant, comme l'a jugé à bon droit le tribunal, cette attestation qui se borne à indiquer la nécessité d'une guidance thérapeutique avec un soutien psychothérapeutique régulier, ne précise aucunement que le défaut de traitement aurait pour le patient des conséquences d'une exceptionnelle gravité et ne permet pas plus d'établir l'inaccessibilité d'un traitement approprié en Algérie. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
Sur la fixation du pays de destination :
13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
14. M. B n'établit pas, par la production d'un certificat médical d'un médecin psychiatre indiquant qu'il suit un traitement antipsychotique, qu'il ne peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine. S'il fait également valoir qu'il a fui l'Algérie pour échapper aux menaces pesant sur sa vie et à des risques de persécution liés à son statut d'ancien militaire, il se borne à produire au soutien de ses allégations les mêmes documents présentés à l'appui de sa demande d'asile qui a été successivement rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et par la cour nationale du droit d'asile. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application des dispositions précédemment citées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la SCP Dessalces.
Copie en sera adressée à la préfecture de l'Hérault.
Fait à Toulouse, le 5 décembre 2023.
La présidente de la 2ème chambre,
A. Geslan-Demaret
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°23TL0119
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026