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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL01235

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL01235

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL01235
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL Sylvain LASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté 17 février 2023 par lequel la préfète du Lot a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2301283 du 19 avril 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2023, M. B, représenté par Me Laspalles, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler ce jugement ;

3°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2023 de la préfète du Lot ;

4°) d'ordonner à la préfète du Lot de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, en tout état de cause, d'ordonner à la préfète de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le tribunal n'a pas retenu le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le jugement est entaché d'une erreur d'appréciation car le tribunal n'a pas retenu le moyen tiré de ce que la préfète s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- le jugement est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le tribunal n'a pas retenu le moyen tiré de ce que la préfète a entaché sa décision d'une erreur de droit au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- le tribunal a fait une inexacte appréciation des pièces produites ;

- le jugement est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le magistrat désigné n'a pas pris en compte ses attaches sur le territoire français, son intégration et son état de santé ;

Sur la décision de refus de titre de séjour

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire ;

- l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration est entaché d'irrégularité ; la préfète ne démontre pas le caractère collégial de l'avis ; il ne prend pas en compte ses diverses pathologies ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- la préfète s'est crue à tort lié par l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la préfète du Lot a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour obtenir son admission au séjour en France en qualité d'étranger malade, notamment parce qu'il n'existe pas de traitements adaptés dans son pays d'origine ; elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il bénéficie d'une ancienneté de séjour significative, qu'il a initié des démarches en France pour voir régulariser sa situation administrative, qu'il a des attaches privées et familiales sur le territoire français, qu'il est intégré en France et que son état de santé le justifie ;

- elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été décidée, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de l'ancienneté de son séjour, des démarches qu'il a initiées, de ses attaches en France, de son intégration et de son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- la préfète n'a pas pris en compte les circonstances humanitaires exceptionnelles dont il peut se prévaloir ; elle aurait dû mettre en œuvre son pouvoir de régularisation compte tenu de sa situation personnelle ; la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que contrairement à ce qu'a retenu la préfète, il justifie de répondre favorablement à sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

-la décision attaquée est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la mesure d'éloignement n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article 24 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 et conformément aux exigences des principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- la mesure d'éloignement est privée de base légale en raison de l'illégalité du refus opposé à sa demande de titre de séjour ;

- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en prenant cette décision, la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire de trente jours :

- la décision n'est pas suffisamment motivée tant en fait qu'en droit ;

- la procédure contradictoire prévue à l'article 24 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 n'a pas été mise en œuvre alors que la décision fixant le délai de départ volontaire n'est pas prise sur sa demande ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et se trouve dépourvue de base légale ;

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la préfète n'a pas examiné sa situation ;

- la préfète s'est placée à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie compte tenu des éléments qu'il produit, qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation en en raison de l'absence totale d'indication des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants, tel que protégé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu des risques auxquels il se trouve exposé en cas de retour dans son pays d'origine.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, de nationalité géorgienne, né le 13 octobre 1984, fait appel du jugement du 19 avril 2023 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 février 2023 par lequel la préfète du Lot a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

3. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 novembre 2023. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est dépourvue d'objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur la régularité du jugement :

4. M. B fait grief aux premiers juges d'avoir commis des erreurs d'appréciation en écartant certains des moyens invoqués à l'encontre de l'arrêté en litige et d'avoir fait une inexacte appréciation des pièces produites. Toutefois, ces moyens relèvent du contrôle du juge de cassation, et non de celui du juge d'appel auquel il appartient seulement, dans le cadre de l'effet dévolutif, de se prononcer à nouveau sur la légalité de la décision critiquée.

Sur bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

5. En premier lieu, les moyens tirés du défaut de motivation, de la méconnaissance de la procédure contradictoire, de celle du droit à être entendu, de l'absence d'examen sérieux de sa situation et de l'erreur de droit de la préfète à s'être cru en situation de compétence liée sont la réitération de ceux exposés devant le tribunal sans aucune critique de la solution retenue ni élément de fait ou de droit nouveau. Ils doivent être écartés par adoption des motifs pertinents retenus par le tribunal aux points 3 à 7 et au point 12 du jugement attaqué.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. () ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions précitées, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

8. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. Toutefois, en cas de doute, il lui appartient d'ordonner toute mesure d'instruction utile.

9. D'une part, la mention " après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " figurant sur l'avis produit en première instance fait foi jusqu'à preuve du contraire. L'appelant n'apportant aucun élément de nature à remettre en cause le caractère collégial de cet avis, il n'est pas fondé à soutenir qu'il est irrégulier en raison d'un vice de procédure. D'autre part, M. B soutient que les médecins ont entaché leur avis d'une erreur d'appréciation dès lors qu'ils n'ont pas pris en compte l'ensemble de ses pathologies. Toutefois, l'appelant n'apporte aucun élément de nature à établir que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas apprécié l'étendue des pathologies dont il souffre. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis doit être écarté.

10. En troisième lieu, l'avis rendu par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration le 23 janvier 2023 sur lequel s'est fondé la préfète du Lot relève que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des certificats médicaux produits par M. B en première instance qu'il est atteint du virus de l'immunodéficience humaine, de l'hépatite C et de l'hépatite B. Il ressort également d'une ordonnance en date du 18 octobre 2022 versée en première instance qu'il bénéficie d'un traitement pour ces différentes affections par Truvada, Darunavir, Norvir et Cholécalciférol. Toutefois, les certificats médicaux et ordonnances produits concernant la situation de l'appelant et qui sont contemporains de la décision attaquée ne sont pas de nature à remettre en cause la teneur de l'avis du collège de médecins dès lors qu'ils n'indiquent pas de manière circonstanciée que le traitement qu'il suit en France ne serait pas disponible en Géorgie. Il en va de même des considérations très générales relatives aux difficultés d'accès aux soins en Géorgie relatées dans les rapports versés en première instance par le requérant. Enfin, M. B ne produit aucun élément en appel permettant de remettre en cause la teneur de l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, la préfète du Lot a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade.

11. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare être arrivé sur le territoire français le 20 mai 2022, a formé une demande d'asile le 16 août 2022, laquelle demande a été rejetée le 31 octobre 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile le 7 février 2023. Si l'appelant se prévaut d'une ancienneté de présence en France dès lors qu'il y réside depuis plus d'un an à la date de l'arrêté en litige, il n'a pu s'y maintenir régulièrement que le temps de l'examen de sa demande d'asile. Par ailleurs, la circonstance qu'il ait réalisé des démarches afin de régulariser sa situation est sans incidence sur l'appréciation de ses intérêts privés et familiaux en France. En outre, M. B, qui a vécu la majorité de sa vie en Géorgie, n'allègue pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et ne conteste pas la circonstance que son épouse et ses deux enfants mineurs y résident. Au surplus, et comme exposé au point 10 de la présente ordonnance, l'appelant n'établit pas que son état de santé ferait obstacle à son éloignement du territoire français, dès lors notamment que l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration indique que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Enfin, l'appelant qui se prévaut de sa maîtrise du français, ne justifie par aucune pièce d'une insertion particulière dans la société française. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas qu'il dispose de liens d'une particulière intensité sur le territoire français. Dans ces conditions, le refus opposé à sa demande d'admission au séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Par suite, cette décision n'a pas été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'appelant n'établit pas être en situation d'obtenir la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, pour les mêmes motifs, il n'apparaît pas que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 et 12 de la présente ordonnance, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le refus de séjour aurait des conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle de l'appelant. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'il justifierait de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant une admission au séjour. Par suite, la préfète du Lot n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. B en refusant son admission au séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, les moyens tirés du défaut de motivation, de la méconnaissance de la procédure contradictoire et de celle du droit à être entendu sont la réitération de ceux exposés devant le tribunal sans aucune critique de la solution retenue ni élément de fait ou de droit nouveau. Ils doivent être écartés par adoption des motifs pertinents retenus par le tribunal aux points 3 et 18 à 20 du jugement attaqué.

15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été exposé ci-dessus que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

16. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux rappelés aux points 11 à 13 de la présente ordonnance, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant délai de départ volontaire :

17. En premier lieu, les moyens tirés du défaut de motivation, de la méconnaissance de la procédure contradictoire et de ce que la préfète s'est crue à tort en situation de compétence liée sont la réitération de ceux exposés devant le tribunal sans aucune critique de la solution retenue ni élément de fait ou de droit nouveau. Ils doivent être écartés par adoption des motifs pertinents retenus par le tribunal aux points 3, 23 et 25 du jugement attaqué.

18. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant délai de départ volontaire en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

19. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision serait entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. B.

20. En quatrième et dernier lieu, et dès lors que l'appelant ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à justifier qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

21. En premier lieu, la décision par laquelle la préfète du Lot a fixé le pays de destination vise les textes dont il a été fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète a mentionné le rejet de la demande d'asile de l'intéressé et a indiqué qu'il ne prouve pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, cette décision est suffisamment motivée en droit et en fait.

22. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais applicable : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

23. Si M. B soutient qu'il encourt des risques de traitements inhumains en cas de retour en Géorgie du fait qu'il travaillait pour l'ancien gouvernement, il n'apporte, dans la présente instance, aucune preuve de la réalité des risques auxquels il serait personnellement et directement exposé en cas de retour dans ce pays. Par suite, et alors par ailleurs que sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 octobre 2022, décision confirmée le 7 février 2023 par la Cour nationale du droit d'asile, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés..

24. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, et doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Laspalles et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Lot.

Fait à Toulouse, le 18 janvier 2024.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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CAA13excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

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