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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL01345

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL01345

mardi 5 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL01345
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D C a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays de renvoi, et d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale, et ce sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir.

Par un jugement n° 2106011 du 21 novembre 2022, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2023, Mme D C, représentée par Me Sadek, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 13 septembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'un vice de procédure relatif au non-respect du principe du contradictoire en méconnaissance des articles L. 425-9 et R. 425-12 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de communication de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII ; elle n'a dès lors pas été mise en mesure de vérifier si la spécialité des médecins faisant partie du collège leur permettait d'avoir un avis sûr et éclairé sur ses pathologies et si le médecin qui a rédigé le rapport préalable n'a pas siégé au sein du collège ; il n'est pas établi que le rapport médical visé à l'article R. 313-22 dudit code a été rédigé par un médecin de l'OFII ; il est impossible de déterminer sur quelles sources d'information sanitaire le collège médical s'est fondé ; l'administration s'est sentie liée par l'avis rendu par le collège médical ; elle a en conséquence été privée d'une garantie ;

- la question de la possibilité de soins effectifs en Algérie n'a pas été prise en compte ; aucune considération n'a été apportée à sa situation médicale ; la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses pathologies et de l'intensité de ses liens familiaux en France, en méconnaissance des articles 6-7 et 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- l'arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'elle a fixé l'ensemble de ses intérêts personnels en France depuis deux années.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision du 20 septembre 2022 par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné Mme A B pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme C, ressortissante algérienne née le 1er mars 1958 à Sidi Ali (Algérie), est entrée en France le 24 octobre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 6 mai 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade et au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté en date du 13 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande et a assorti sa décision de l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Mme C relève appel du jugement du 21 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande dirigée à l'encontre de cet arrêté.

3. En premier lieu, par un arrêté en date du 10 mai 2021, publié le même jour au recueil n° 31-2021-132 des actes administratifs spécial de la préfecture de la Haute-Garonne et en vigueur à la date de l'édiction de l'arrêté contesté, le préfet de ce département a donné délégation à Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions relatives au refus d'admission au séjour des étrangers et aux mesures d'éloignement. L'arrêté attaqué entre dans le champ matériel de la délégation de signature accordée, laquelle ne présente pas de caractère général. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté qui vise les articles applicables de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise que selon l'avis rendu le 26 juillet 2021 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le défaut de prise en charge médicale de Mme C ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ajoute que si l'autorité préfectorale n'est pas liée par cet avis et dispose du pouvoir d'apprécier si les éléments présentés par l'intéressée constituent des motifs justifiant son admission au séjour au titre de son état de santé, Mme C ne justifie pas être dans l'impossibilité d'accéder aux soins dans son pays d'origine, ce dont elle ne se prévaut d'ailleurs pas et qu'en l'espèce rien dans sa demande ne justifie d'y répondre favorablement. Il mentionne également que Mme C est entrée en France à l'âge de soixante et un ans et qu'elle n'établit pas être dans l'impossibilité de poursuivre sa vie en Algérie, pays dans lequel elle a vécu la majeure partie de sa vie et où se trouve, selon ses déclarations, a minima, sa dernière fille, âgée de trente-huit ans, alors même que ses deux autres filles résident régulièrement en France. L'arrêté contesté, qui n'avait pas à mentionner si les soins nécessaires sont disponibles en Algérie, énonce ainsi les éléments pertinents de la situation personnelle de Mme C. Par suite, c'est à bon droit que les premiers juges ont estimé que cet arrêté était suffisamment motivé en droit et en fait.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté contesté, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne, qui a notamment pris en compte la présence en France de deux des filles de la requérante, n'aurait pas procédé à un examen réel, sérieux et complet de la demande de titre de séjour qu'elle a présentée le 6 mai 2021. Le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la demande de Mme C doit dès lors être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article () fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable pour la mise en œuvre des stipulations de l'article 6 § 7 de l'accord franco-algérien pour l'octroi d'un certificat de résidence : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

7. Mme C soutient qu'elle n'a pas eu communication de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ce qui ne lui a pas permis d'en vérifier les termes et de s'assurer de la régularité de la procédure suivie. Toutefois, d'une part, les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposent pas la communication de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à l'intéressée avant que le préfet ne se prononce sur sa demande de titre de séjour et, d'autre part, l'avis en date du 26 juillet 2021 a été produit par le préfet de la Haute-Garonne dans le cadre de l'instance devant le tribunal et communiqué à la requérante. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté litigieux que le préfet se serait cru en situation de compétence liée par rapport aux termes de cet avis. Les moyens tirés d'un vice de procédure et d'une erreur de droit pour ces motifs doivent dès lors être écartés.

8. Aucune disposition n'impose au collège de médecins, qui rend son avis au regard du rapport médical établi par le médecin rapporteur, de procéder à l'examen du demandeur. La faculté de procéder à un tel examen est laissée à l'appréciation du collège des médecins. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration a été précédé, conformément aux dispositions précitées, du rapport du 20 juillet 2021 du docteur G, désigné pour ce faire par une décision du directeur de cet office en date du 15 octobre 2020 modifiant la décision du 17 janvier 2017, portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'OFII, publié au bulletin officiel du ministère de l'intérieur n° 2017-04 du 19 avril 2017.

9. Mme C soutient ensuite que l'avis rendu par le collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est irrégulier au motif qu'il ne se prononce pas sur l'existence d'une offre de soins accessible et appropriée dans son pays d'origine. Toutefois, les médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étaient pas tenus de se prononcer sur cette question dès lors qu'ils ont estimé que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du vice de procédure dont serait entachée la décision contestée doit être écarté.

11. Pour refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour en raison de son état de santé, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis rendu le 26 juillet 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine. Mme C se prévaut de certificats émanant d'un médecin généraliste, d'une kinésithérapeute et d'un médecin psychiatre, qui indiquent qu'elle souffre d'une arthrose acromio-claviculaire, à l'origine d'une difficulté à lever le bras, d'une hypertension artérielle, d'hypothyroïdie et d'un syndrome anxio-dépressif. Selon un nouveau certificat médical établi le 8 février 2023 par le psychiatre qui la suit depuis avril 2021, elle est atteinte d'un début de démence. Toutefois, alors même que ces certificats font état de ce que l'état de santé de Mme C nécessite une prise en charge multidisciplinaire et un suivi régulier, ils ne font pas état de ce que l'absence de prise en charge médicale risquerait d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour son état de santé et ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par ailleurs, si la requérante expose que l'isolement familial qu'elle allègue en Algérie fait obstacle à la poursuite de son suivi médical pluridisciplinaire, elle ne peut en tout état de cause utilement discuter de la question de l'effectivité de l'accès aux soins dans son pays d'origine, dès lors qu'il résulte de ce qui précède que le défaut de prise en charge médicale n'est pas de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur manifeste d'appréciation de son état de santé et qu'il a méconnu les stipulations précitées de l'accord franco-algérien en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

13. Mme C, qui est entrée en France le 24 octobre 2019, à l'âge de 61 ans, soutient qu'elle a fixé l'ensemble de ses intérêts personnels en France depuis deux années et se prévaut de la présence de deux de ses filles, de ses gendres et petits-enfants. Elle ajoute qu'elle réside chez l'une de ses filles qui subvenait déjà à ses besoins en Algérie et fait état de son isolement dans son pays d'origine, étant veuve depuis 1989, et de la précarité de sa situation en l'absence de toute ressource. Toutefois, ainsi que l'ont relevé les premiers juges, alors qu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 61 ans, Mme C ne justifie pas qu'elle y serait dépourvue de toute attache familiale et personnelle, alors que l'une de ses filles y demeure. Ainsi, au regard de la durée et des conditions de son séjour en France, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté attaqué portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Il n'a dès lors ni méconnu l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application des dispositions précédemment citées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C, à Me Sadek et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 5 septembre 2023.

La présidente-assesseure de la 2ème chambre,

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

.

N°23TL01345

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