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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL01430

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL01430

jeudi 13 novembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL01430
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCOUDURIER-CHAMSKI-RAMACKERS-

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme G... F... épouse E... a demandé au tribunal administratif de Nîmes d’annuler la délibération du 17 mars 2021 du conseil municipal de Mons approuvant la révision du plan local d’urbanisme, en tant qu’elle classe en zone agricole A les parcelles nos A..., B..., C... et D....

Par un jugement n° 2101663 du 18 avril 2023, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 19 juin 2023, Mme F..., épouse E..., représentée par Me Coudurier, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler la délibération du 17 mars 2021 du conseil municipal de Mons approuvant la révision du plan local d’urbanisme, en tant qu’elle classe en zone A les parcelles nos A..., B..., C... et D... ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mons une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le classement des parcelles nos A..., B... et C... en zone agricole A est entaché d’une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu’elles étaient précédemment constructibles, qu’elles sont desservies par l’ensemble des réseaux publics et qu’elles sont situées à proximité immédiate de la voie publique et du centre urbain ; la parcelle n° D... n’est pas située en plein zonage d’assainissement collectif ;
- un lotissement avec assainissement non collectif a été aménagé sur des parcelles situées à proximité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2023, la commune de Mons, représentée par Me Hemeury, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme F..., épouse E..., une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- si l’appelante évoque dans ses écritures des parcelles 21 A et B, ces parcelles n’existent pas ;
- aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Par une ordonnance du 30 octobre 2023, la clôture de l’instruction a été fixée au 23 novembre 2023.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience :
- le rapport de M. Riou, rapporteur,
- les conclusions de M. Diard, rapporteur public,
- et les observations de Me Hemeury, représentant la commune de Mons.


Considérant ce qui suit :

Par délibération du 17 mars 2021, le conseil municipal de Mons (Gard) a approuvé la modification du plan local d’urbanisme de la commune. Par la présente requête, Mme F..., épouse E..., relève appel du jugement du 18 avril 2023 par lequel le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cette délibération en tant qu’elle classe en zone agricole A des parcelles dont elle est propriétaire nos A..., B..., C... et D.... Si l’appelante mentionne dans ses conclusions d’appel deux parcelles sous les références 21 A et B, la commune de Mons fait valoir en défense, sans être contestée, que ces références cadastrales n’existent pas sur son territoire. Mme F... épouse E... doit être ainsi regardée comme réitérant en appel sa contestation du classement des parcelles nos A..., B..., C... et D... en zone agricole A.

Sur le bien-fondé du jugement :

Aux termes de l’article L. 151-8 du code de l’urbanisme : « Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d’aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d’utilisation des sols permettant d’atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ». L’article L. 151-9 du même code dispose que : « Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. Il peut préciser l’affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l’interdiction de construire. Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ».

Aux termes de l’article R. 151-22 de ce code : « Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ». Il résulte de ces dispositions qu’une zone agricole, dite « zone A » du plan local d’urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d’aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

Il appartient aux auteurs d’un plan local d’urbanisme, qui ne sont pas liés par les modalités existantes d’utilisation du sol, de déterminer le parti d’aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d’avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ce faisant, ils ne sont pas liés, pour déterminer l’affectation future des divers secteurs, par les modalités existantes d’utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l’intérêt de l’urbanisme. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu’au cas où elle serait entachée d’une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

D’une part, il ressort des pièces du dossier que les parcelles cadastrées H... nos A..., B... et C..., constituant une unité foncière dans le secteur du Fesc sur la commune de Mons, appartenant à Mme F..., épouse E... et précédemment classées en zone à urbaniser, ont été classées en zone agricole A par le plan local d’urbanisme. Ces parcelles, qui ne supportent aucune construction et qui ont un usage agricole avéré, s’insèrent dans une large zone agricole et naturelle qui sépare en partie au sud-ouest un lotissement et à l’est des habitations éparses implantées le long du chemin du Fesc. Ces parcelles s’ouvrent ainsi au sud, à l’ouest et au nord sur un vaste secteur à vocation essentiellement agricole. Par ailleurs, il ressort du projet d’aménagement et de développement durables du plan local d’urbanisme de la commune de Mons, en particulier de son orientation n° 2 « Un projet urbain centré sur les villages de Mons et Celas et un encadrement du devenir des autres espaces habités » que le parti d’urbanisme de la commune consiste à préserver les espaces agricoles, à maîtriser le développement urbain et à protéger les paysages, en réduisant les zones urbaines U et à urbaniser AU et en maintenant les coupures entre les villages et les hameaux. Dans ces conditions, quand bien même ces parcelles seraient susceptibles d’être desservies par les réseaux d’eau et d’assainissement collectif, leur classement en zone agricole n’est entaché ni d’erreur de fait ni d’erreur manifeste d’appréciation.

D’autre part, il ressort également des pièces du dossier que la parcelle cadastrée I... n° D... appartenant à l’appelante et classée en zone agricole A par le plan local d’urbanisme, ne supporte aucune construction et est entourée au nord, à l’ouest et au sud de vastes terrains boisés classés en zone agricole et à l’est de terrains classés en zone naturelle qui ne supportent que quelques constructions au demeurant éloignées. Dans ces conditions, et eu égard au parti d’urbanisme rappelé au point 6, son classement en zone agricole n’est entaché ni d’erreur manifeste d’appréciation ni d’erreur de fait.

Enfin, il est de la nature de toute réglementation d’urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes, ainsi que des zones inconstructibles. Dès lors que cette délimitation ne repose pas, ainsi qu’il a été dit ci-dessus, sur une appréciation manifestement erronée, elle ne porte pas d’atteinte illégale au principe d’égalité des citoyens devant la loi.

Il résulte de tout ce qui précède que Mme F..., épouse E..., n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de commune de Mons, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par Mme F..., épouse E..., et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de Mme F..., épouse E..., la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Mons sur le fondement de ces mêmes dispositions.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme F..., épouse E..., est rejetée.

Article 2 : Mme F..., épouse E..., versera la somme de 1 500 euros à la commune de Mons en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme G... F..., épouse E..., et à la commune de Mons.
Copie en sera adressée au préfet du Gard.



Délibéré après l’audience du 23 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Chabert, président,
Mme Restino, première conseillère,
M. Riou, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2025.


Le rapporteur,




S. RiouLe président,




D. Chabert

Le greffier,




F. Kinach



La République mande et ordonne au préfet du Gard, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent arrêt.


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