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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL01589

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL01589

mardi 9 janvier 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL01589
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCANADAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2203289 du 15 juin 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2023, M. A, représenté par Me Canadas, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de son interdiction de retour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le premier juge n'a manifestement pas examiné de manière suffisante le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont est entaché l'arrêté alors qu'il démontre l'importance des attaches personnelles et familiales qu'il détient en France ;

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

-elles sont entachées d'un défaut de motivation en ce qu'elles ne comportent notamment aucune énonciation précise relative à sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle en ce qu'elle ne mentionne pas la nécessité de sa présence aux cotés de sa sœur récemment hospitalisée ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas subir de traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il justifie de circonstances exceptionnelles faisant obstacle à son obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet de la Haute-Garonne a méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant lié par les critères posés par les 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'accorder un délai de départ volontaire ;

- elle est insuffisamment motivée au regard des exigences de l'article 3 de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne constitue nullement une menace pour l'ordre public ;

- elle est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 18 juillet 2001, indique être entré irrégulièrement en France en 2018 pour la première fois, puis être revenu sur le territoire français, une seconde fois, en avril 2022. Le 22 juillet 2019, le tribunal correctionnel de Toulouse l'a condamné à une interdiction de séjour sur le territoire français d'une durée de cinq ans pour des faits de détention et de cession non autorisées de stupéfiants. Le 9 juin 2022, à la suite d'un contrôle d'identité, il a été interpellé et placé en garde à vue par les services de police. Par un arrêté du 10 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A fait appel du jugement du 15 juin 2022 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Pour demander l'annulation du jugement attaqué pour irrégularité, M. A ne peut donc utilement se prévaloir de l'erreur qu'aurait commise le premier juge en ne retenant pas les preuves qu'il avait produites.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

4. M. A reprend en appel, sans apporter d'élément nouveau ni de critique utile du jugement, les moyens tirés du vice d'incompétence et du défaut de motivation dont serait entaché l'arrêté du 10 juin 2022. Il y a lieu, par suite, d'écarter ces moyens par adoption des motifs exposés, respectivement, au point 3 et au point 4 du jugement attaqué.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la circonstance que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne fasse pas mention de l'hospitalisation de la sœur de M. A ne permet pas d'établir que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant dès lors qu'il n'était pas tenu de reprendre l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle et familiale du requérant doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A déclare être entré en France, une première fois, en 2018, puis être retourné sur le territoire français en avril 2022, soit seulement deux mois avant la date de l'arrêté contesté. En outre, il ressort des pièces du dossier que, le 22 juillet 2019, M. A a été condamné à une peine d'emprisonnement avec sursis partiel par le tribunal correctionnel de Toulouse pour détention et cession de produits stupéfiants ainsi qu'à une peine d'interdiction du territoire de cinq ans qu'il n'a ainsi pas respectée. Il est célibataire et sans charge de famille et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales en Tunisie, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de dix-sept ans. Par ailleurs, l'intéressé, qui indique s'occuper des cinq enfants de sa sœur ayant fait l'objet d'une hospitalisation de courte durée du 22 mai au 24 mai 2022, n'établit ni que sa sœur serait dans l'incapacité de prendre en charge ses enfants ni que sa présence en France à ses côtés serait indispensable. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de la vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. M. A, qui se borne à faire état du fait qu'il serait séparé de sa sœur malade et de ses neveux et nièces en cas d'exécution de la mesure d'éloignement, ne produit aucun élément de nature à établir qu'il serait exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

10. En dernier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, il ne ressort pas des pièces du dossier que des circonstances exceptionnelles seraient de nature à faire obstacle à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de M. A doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points précédents que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de celle l'obligeant à quitter le territoire français.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A présentait un risque de se soustraire à l'exécution de la décision d'éloignement compte tenu de l'irrégularité de son entrée sur le territoire français, de l'inexécution de la mesure d'interdiction de séjour sur le territoire français d'une durée de cinq ans dont il fait l'objet et de l'absence de garanties de représentation suffisantes, faute notamment de présentation de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Par conséquent, c'est sans méconnaître l'article L. 612-3 précité que le préfet de la Haute-Garonne a pu retenir l'existence d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement et refuser, pour ce motif, d'accorder à M. A un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des motifs de l'arrêté contesté, que le préfet de la Haute-Garonne, qui a mentionné l'entrée irrégulière en France, le non-respect de la mesure d'interdiction du territoire français et l'absence de garanties de représentation suffisantes, se serait estimé lié par les critères posés par l'article L. 612-3 précité et tenu de ne pas accorder de délai de départ volontaire. Le préfet a d'ailleurs noté que M. A ne justifiait, sur ce point d'aucune circonstance particulière pouvant justifier que, nonobstant les critères de l'article L. 612-3, un délai lui soit accordé pour exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre. Enfin, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, le refus de délai n'est ni disproportionné ni entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de M. A.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et n'accordant pas de délai pour l'exécution volontaire de cette obligation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de celle l'obligeant à quitter le territoire français.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

17. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui est célibataire et sans enfant, aurait établi des liens personnels en France, ainsi qu'il a été exposé précédemment. Par ailleurs, l'appelant a déjà fait l'objet d'une mesure d'interdiction de séjourner en France pour une durée de cinq ans par une décision du tribunal correctionnel du 22 juillet 2019 qu'il n'a pas respecté. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions applicables et n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

18. Enfin, au regard de l'ensemble de ces éléments, la décision du préfet de la Haute-Garonne en litige n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Jérôme Canadas et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 9 janvier 2024.

Le président de la 1ère chambre,

A. Barthez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°23TL01589

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