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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL01617

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL01617

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL01617
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCANADAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B C A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2200041 du 10 novembre 2022, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2023, Mme C veuve A, représentée par Me Canadas, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 17 juin 2021 ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " ou à défaut une carte de séjour temporaire portant mention " étranger malade " ou " vie privée et familiale ", ou de prononcer son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa " vie privée et familiale ", ou enfin, en tout état de cause, de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il statue à nouveau sur sa demande, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement est insuffisamment motivé dans les réponses apportées au moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet eu égard à son état de santé, ses attaches personnelles en France et l'absence d'attaches dans son pays d'origine ;

Sur la décision portant refus de séjour :

- en refusant son admission au séjour, le préfet a commis une erreur de droit dès lors qu'elle remplit les conditions posées par les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur ce point ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle en méconnaissance des stipulations des stipulations de l'article 3 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle dès lors que le préfet n'a pas pris en compte l'importance de ses attaches personnelles et familiales sur le territoire français ;

- la décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ainsi qu'en raison du fait qu'elle peut prétendre à l'obtention d'un certificat de résidence ou d'une admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale ;

- la mesure attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de ne pas subir de traitements inhumains ainsi qu'à son droit au respect de sa vie privée et familiale et est dès lors entachée d'erreur manifeste d'appréciation protégés par les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le signataire de la décision ne justifie pas de sa compétence ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même entachée d'illégalité ;

- la décision est entachée d'incompétence de son signataire.

Mme C veuve A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Par arrêté du 17 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté la demande d'admission au séjour de Mme C veuve A, ressortissante algérienne, née le 9 décembre 1935, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, elle relève appel du jugement du 10 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. L'appelante soutient que le jugement attaqué serait irrégulier en ce que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation aurait été insuffisamment étudié par les premiers juges. Toutefois, alors que ce moyen a été visé et qu'il y a été répondu aux points 7 et 9 du jugement attaqué, un tel moyen se rattache au bien-fondé du jugement et non à sa régularité.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

4. Par arrêté du 10 mai 2021 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2021-132 de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers. Dans ces conditions, alors que les décisions contenues dans l'arrêté préfectoral du 17 juin 2021 ne sont pas exceptées de cette délégation de signature et qu'il n'est pas nécessaire de s'interroger sur l'absence ou l'empêchement du préfet dès lors que cette délégation n'est pas subordonnée à une telle circonstance, Mme D a pu régulièrement signer l'arrêté en litige au nom du préfet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 stipule que : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

6. Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent séjourner en France et les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Si un ressortissant algérien ne peut dès lors utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises à l'article L. 435-1 du même code alors en vigueur, s'agissant des étrangers dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels, il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.

7. D'une part, Mme C veuve A soutient être entrée régulièrement sur le territoire français le 7 février 2019, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable jusqu'au 12 mars 2019 et avoir ainsi quitté son pays d'origine depuis plusieurs années. Il ressort toutefois des termes de sa requête d'appel qu'elle a " effectué régulièrement des allers-retours entre l'Algérie et la France depuis 2019 ". L'appelante se prévaut également d'avoir ses attaches personnelles et familiales sur le territoire national dès lors qu'elle y a rejoint son fils unique, titulaire d'un certificat de résidence algérien, qui y réside avec sa femme et ses trois enfants. Toutefois, il est constant qu'elle a longtemps vécu séparé d'eux avant d'arriver en France en 2019 à l'âge de quatre-vingt-trois ans, dès lors que son fils est entré en France le 23 mars 2006. Au surplus, si l'intéressée se prévaut de sa venue régulière en France sur de courts séjours, en produisant à l'appui de ses dires les copies des pages de son passeport tamponnées depuis 2014, il ressort des pièces du dossier que Mme C, dont l'époux compatriote est décédé en 1988, a résidé habituellement la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine où elle n'établit pas être isolée. Enfin, l'intéressée ne justifie pas d'une intégration particulière sur le territoire national par les seules pièces qu'elle produit.

8. D'autre part, si l'appelante soutient que son état de santé nécessite une prise en charge en France quotidienne par son fils, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'intéressée aurait sollicité son admission au séjour à ce titre. Au demeurant, en se bornant à produire un certificat administratif établi le 21 juillet 2020 par le président de l'Assemblée populaire communale de la Achaacha en Algérie peu circonstancié ainsi que deux comptes-rendus médicaux établis par un médecin cardiologue le 20 avril 2021, Mme C veuve A, n'établit pas justifier d'une admission exceptionnelle au séjour sur ce fondement. Par ailleurs, le certificat établi par son médecin généraliste le 25 juin 2021 et le compte-rendu médical établi par un cardiologue le 14 juin 2023, sont postérieurs à la date de la décision attaquée. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, l'atteinte qui a pu être portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France ne peut ainsi être regardée comme étant disproportionnée au regard des buts poursuivis. Dans ces conditions, cette décision n'a pas été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni de l'article 6-5 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifiée.

9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant l'admission au séjour de Mme C veuve A, le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'exercice de son pouvoir de régularisation et notamment dans l'appréciation de la situation de l'intéressée. De même, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le refus d'admission exceptionnelle au séjour de l'appelante aurait sur sa situation des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise sur ce point par le préfet de la Haute Garonne ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. Dès lors que la décision de refus d'admission au séjour contestée n'a ni pour objet ni pour effet de fixer le pays de destination, Mme C veuve A ne peut utilement se prévaloir des risques de traitements inhumains ou dégradants encourus en cas de retour en Algérie.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, Mme C veuve A n'ayant pas établi l'illégalité de la décision refusant son admission au séjour, elle ne peut utilement soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de séjour.

13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 8 de la présente ordonnance, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de l'appelante aurait sur sa situation des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise sur ce point par le préfet de la Haute Garonne ne peut qu'être écarté.

14. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, la mesure d'éloignement contestée n'ayant ni pour objet ni pour effet de fixer le pays de destination, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme étant inopérant. En tout état de cause, les éléments dont se prévaut l'appelante ne permettent pas d'établir qu'elle serait actuellement, directement et personnellement exposée, en cas de retour en Algérie où elle a vécu habituellement la majeure partie de sa vie, à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

15. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par Mme C veuve A est manifestement dépourvue de fondement et ne peut dès lors qu'être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C veuve A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C veuve A, à Me Jérôme Canadas et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 14 décembre 2023.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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