mardi 9 janvier 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL01637 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. E D a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du préfet du Tarn en date du 25 août 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.
Par un jugement n° 2206119 du 21 avril 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa requête.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2023 sous le n° 23TL01637, M. D, représenté par Me Dujardin, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 21 avril 2023 du tribunal administratif de Toulouse ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet du Tarn en date du 25 août 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet du Tarn, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et de lui délivrer, dès notification de cet arrêt, une autorisation provisoire de séjour ou, a titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- le jugement est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé et son édiction n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;
- la décision portant refus de séjour a été édictée à l'issue d'une procédure irrégulière faute pour le préfet du Tarn de l'avoir convoqué devant la commission du titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant refus de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du même code ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité entachant le refus de séjour qui constitue sa base légale ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français.
Par une décision de la présidente de section du bureau d'aide juridictionnelle près tribunal judiciaire de Toulouse en date du 6 décembre 2023, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant béninois, né le 1er janvier 1987, déclare être entrée sur le territoire français le 7 avril 2018 sous couvert d'un visa Schengen valable jusqu'au 24 avril 2018. Le 13 juin 2022, il a sollicité du préfet du Tarn la délivrance d'un titre de séjour en raison de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 25 août 2022, le préfet du Tarn a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure. Par un jugement du 21 avril 2023 dont M. D relève appel, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté ses demandes tendant notamment à l'annulation de ces décisions.
2. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose que : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la régularité du jugement :
3. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête () contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge ". D'autre part, l'article L. 9 du même code dispose que : " Les jugements sont motivés ". Le juge doit ainsi se prononcer, par une motivation suffisante au regard de la teneur de l'argumentation qui lui est soumise, sur tous les moyens expressément soulevés par les parties, à l'exception de ceux qui, quel que soit leur bien-fondé, seraient insusceptibles de conduire à l'adoption d'une solution différente de celle qu'il retient.
4. Il résulte des motifs mêmes de son jugement que le tribunal administratif de Toulouse a répondu aux moyens soulevés devant lui par le requérant. En particulier, les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à tous les arguments développés par les parties, ont suffisamment répondu au moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé et aux différents moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français contestée. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que le jugement qu'il attaque serait insuffisamment motivé.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1°/ restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code précise que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
6. M. D reprend en appel, en des termes identiques, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté litigieux et du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle sans critiquer utilement le jugement attaqué sur ces points. Partant, ces moyens doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges aux points 2 et 3 du jugement dont appel.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
7. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
8. M. D, qui soutient être entré en France au cours de l'année 2018 à l'âge de 31 ans, s'y est maintenu en situation irrégulière jusqu'à sa demande de titre de séjour en juin 2022. Le 2 mars 2021, il a contracté un pacte civil de solidarité avec Mme C A, ressortissante française, avec qui il a entretenu une relation jusqu'à son décès le 28 novembre 2021. Toutefois, alors même qu'il ressort effectivement des pièces du dossier que M. D s'est investi dans la prise en charge du foyer et a assisté sa défunte partenaire dans l'éducation de son fils, comme l'a relevé à bon droit le tribunal, la garde de l'enfant a été confiée à ses grands-parents et, malgré leur intensité, les liens que l'intéressé a pu nouer avec ce dernier ne sont pas suffisamment anciens et stables pour lui ouvrir droit à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 précité. En outre, son engagement au sein de l'association sportive locale n'est pas à lui seul de nature à démontrer une insertion suffisante au sein de la société française et, dans la mesure où M. D a déclaré la présence de sa mère ainsi que de ses deux enfants mineurs au B, le refus opposé à sa demande de titre de séjour n'est pas susceptible de le priver de la perspective de mener une vie privée et familiale dans son pays d'origine où il détient le centre de ses intérêts personnels. Par conséquent, l'appelant n'est fondé à soutenir ni que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'il aurait porté à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée au regard des objectifs poursuivis. Pour les mêmes motifs et dès lors qu'il ne se prévaut d'aucune circonstance susceptible de constituer un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 précité, M. D n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du même code : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative n'est tenue de saisir la commission instituée dans chaque département que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par les articles précités lorsqu'il envisage de refuser le titre de séjour sollicité.
10. M. D, qui ne remplit pas les conditions de délivrance d'une carte de séjour temporaire prévue par les dispositions de l'article L. 423-23 cité au point 7 de la présente ordonnance et qui n'établit ni même n'allègue résider habituellement sur le territoire français depuis plus de dix ans, n'entrait pas dans le champ des prescriptions de l'article L. 432-13 précité, de sorte que le préfet du Tarn n'était pas tenu de solliciter l'avis de la commission du titre de séjour. Par conséquent, M. D ne peut utilement soutenir qu'il a été privé de la possibilité de présenter des observations devant cette commission.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. Le refus de séjour n'étant pas entaché des illégalités alléguées, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait de ce fait dépourvue de sa base légale.
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 de la présente ordonnance, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Tarn aurait porté à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis ni qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
13. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée des illégalités alléguées, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait de ce fait dépourvue de sa base légale.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D n'est manifestement pas susceptible d'entraîner l'infirmation du jugement attaqué. Elle doit, dès lors, être rejetée en application des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précitées, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Tarn.
Fait à Toulouse, le 9 janvier 2024.
Le président de la 3ème chambre,
É. Rey-Bèthbéder
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°23TL01637
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026