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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL01670

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL01670

mardi 24 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL01670
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 20 février 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2201272 du 13 mai 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse l'a admis a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2023, M. B, représenté par Me Soulas, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2022 du préfet du Rhône ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône à titre principal, de l'admettre au séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la mesure d'éloignement n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 551-1 I du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ce qui révèle un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle privée de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant algérien né le 26 mai 2003, déclare être entré sur le territoire français en janvier 2019. Il a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Haute-Garonne le 21 octobre 2020. Il a fait l'objet, par arrêté du 20 février 2022 du préfet du Rhône d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et de la décision fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. B fait appel du jugement du 13 mai 2022 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

3. L'arrêté du 20 février 2022 vise les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Rhône a précisé les éléments de fait propres à la situation personnelle et administrative de M. B, notamment le fait que l'intéressé déclare être entré en France en janvier 2019 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Il a également indiqué que l'intéressé, qui a vécu l'essentiel de son existence dans son pays d'origine, se déclare célibataire et sans enfant à charge et ne justifie d'aucun lien personnel ou familial suffisamment intense, stable ou ancien sur le territoire français. Enfin, le représentant de l'Etat mentionne que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi l'arrêté, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de la situation de l'appelant, est suffisamment motivé. Par suite, et le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination au regard des exigences posées par les articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Compte tenu des motifs de l'arrêté en litige tels que rappelés au point précédent, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. B.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré selon ses déclarations en France mineur en janvier 2019. D'une part, l'intéressé, est célibataire et sans charge de famille et à la date de l'arrêté en litige, le séjour en France de l'appelant demeure récent, alors qu'il a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine où il n'établit pas être dépourvu de toute attache. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été placé par ordonnance de placement provisoire puis par jugement en assistance éducative auprès des services d'aide sociale à l'enfance de la Haute-Garonne du 21 octobre 2020 jusqu'à sa majorité, il ressort des déclarations de M. B retranscrites par un agent de police judiciaire dans le procès-verbal d'audition du 20 février 2022 que ce dernier n'a effectué aucune démarche depuis son entrée en France et en tout état de cause avant la date de la décision attaquée pour solliciter la délivrance d'un un titre de séjour et régulariser sa situation. Les démarches débutées postérieurement à la date de la décision attaquées sont sans incidence sur sa légalité. Par ailleurs, si M. B fait valoir qu'il a développé depuis son entrée en France des attaches importantes, l'intéressé ne produit toutefois aucun élément précis et circonstancié de nature à apprécier la réalité de ses allégations. Au surplus, s'il soutient disposer de perspectives d'insertion professionnelle positives, il ressort des pièces produites par l'appelant et notamment d'une note réalisée par une éducatrice spécialisée qu'après avoir débuté à son arrivée en France une première année de certificat d'aptitude professionnelle option production et service en restauration, il a souhaité arrêter ladite formation après deux mois. Par la suite, après avoir réalisé des stages dans le secteur de la coiffure, il a souhaité à nouveau changer de secteur d'activité et s'est inscrit au titre de l'année scolaire 2021-2022 en première année de certificat d'aptitude professionnelle " équipier polyvalent du commerce " où il alterne des périodes de présence et d'absence. Dans ces conditions, la durée et les conditions du séjour en France de M. B ne permettent pas d'établir que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit qui aurait été commise par le préfet du Rhône en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la mesure d'éloignement en litige aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation personnelle et familiale de M. B. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui aurait été commise par le préfet du Rhône ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait, par voie de conséquence, privée de base légale ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, et doivent être rejetées, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Stéphane Soulas et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Rhône.

Fait à Toulouse, le 24 octobre 2023.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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