mardi 9 janvier 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL01760 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B C a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté en date du 19 mai 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure et a interdit son retour pour une durée de deux ans.
Par un jugement n° 2107497 du 9 décembre 2022, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa requête.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2023 sous le n° 23TL01760, M. C, représenté par Me Tercero, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 9 décembre 2022 du tribunal administratif de Toulouse ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 19 mai 2021 ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui remettre, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler également sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, d'une part, de réexaminer sa situation dès notification de la décision à intervenir en lui prescrivant de se prononcer sur son droit au séjour dans un délai de deux mois et d'autre part, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) en tout état de cause, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder à l'effacement de la mention au système d'information Schengen le concernant dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les articles L. 425-9 et R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a régulièrement et contemporainement délibéré de manière collégiale sur sa situation sans s'en tenir à de simples échanges d'écrits ;
- le refus de séjour est entaché d'un vice de procédure dès lors que l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur la base duquel le préfet s'est fondé pour prendre sa décision n'offrait pas les garanties prévues par la loi n° 2016-274 du 7 mars 2016 notamment en ce que les membres de ce collège ne sont pas soumis à un contrôle exclusif du ministre de la santé et de la prévention, contrairement à la volonté initiale du législateur qui ressort des travaux préparatoires à l'adoption de ce texte ;
- la décision portant refus de séjour est entachée d'un vice de procédure faute pour l'avis émis par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration d'avoir été précédé d'un rapport suffisamment complet du médecin rapporteur ;
- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le principe du contradictoire a été méconnu dès lors qu'il n'a pas eu accès aux informations dont a disposé le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration pour se prononcer sur la disponibilité des soins dans son pays d'origine et notamment des données propres à la Géorgie figurant dans la base MedCoi ;
- c'est à tort que les premiers juges n'ont pas mis en œuvre leurs pouvoirs d'instruction afin d'obtenir la communication des informations figurant dans la base de données Medcoi en vue de rétablir l'égalité des armes et de respecter le droit à un procès équitable ;
- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de fait dès lors que son comportement n'est pas constitutif d'un trouble à l'ordre public ;
- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du préfet ;
- la décision portant refus de séjour est entachée d'un vice de procédure faute pour le préfet d'avoir préalablement saisi la commission du titre de séjour ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près tribunal judiciaire de Toulouse en date du 7 juin 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2016-274 du 7 mars 2016 ;
- l'ordonnance du 6 novembre 2014, relative aux délibérations à distance des instances administratives à caractère collégial ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues au 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant géorgien, né le 28 décembre 1973, déclare être entré en France le 15 mai 2011. Après avoir bénéficié, à compter du 18 juillet 2012, d'une carte de séjour temporaire d'un an régulièrement renouvelée jusqu'au 21 octobre 2016, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prononcée le 30 mars 2020 par le préfet de la Haute-Garonne, qui a été annulée, le 6 avril 2020, par le tribunal administratif de Toulouse. En exécution de ce jugement, M. C s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour qui a été implicitement mais nécessairement abrogée par un arrêté postérieur du préfet de la Haute-Garonne en date du 19 mai 2021 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jour, fixation du pays de destination de cette mesure et interdiction de retour pour une durée de deux ans. Saisi d'un recours tendant notamment à l'annulation de ces décisions, le tribunal administratif de Toulouse a, par un jugement du 9 décembre 2022 dont M. C relève appel, rejeté sa requête.
2. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose que : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la décision portant refus de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ". L'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Selon l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical () est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical () ". L'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ". Aux termes enfin de l'article 6 du même arrêté : " () un collège de médecins () émet un avis () précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
4. En premier lieu, les dispositions citées au point 3, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis. Dès lors, c'est à bon droit que le tribunal a écarté le moyen tiré de ce qu'il n'était pas établi que les médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avaient collégialement et contemporainement délibéré pour rendre l'avis sur le fondement duquel le préfet a pris sa décision.
5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration est un établissement public administratif de l'Etat chargé, sur l'ensemble du territoire, du service public de l'accueil des étrangers titulaires, pour la première fois, d'un titre les autorisant à séjourner durablement en France. Il coordonne, dans ce cadre, la gestion de l'hébergement dans les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1. Il a également pour mission de participer à toutes actions administratives, sanitaires et sociales relatives : () 7° A la procédure d'instruction des demandes de titre de séjour en qualité d'étranger dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale prévue à l'article L. 425-9. "
6. En deuxième lieu, la circonstance tenant à ce que les médecins qui composent le collège dont émane l'avis du 31 mars 2021 ont été, en application de l'arrêté du ministre de la santé du 5 janvier 2017, désignés et rémunérés par l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui, en application des dispositions de l'article L. 121-1 précité, a le statut d'établissement public administratif placé sous la tutelle de l'État, n'est pas de nature à entacher d'irrégularité la procédure au terme de laquelle est intervenu le refus de séjour contesté et n'est d'ailleurs pas davantage susceptible d'avoir privé l'intéressé d'une garantie. Dès lors, le moyen tiré de ce que les membres de ce collège ne sont pas soumis à un contrôle exclusif du ministre de la santé et de la prévention ne peut qu'être écarté.
7. Aux termes de l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. () " Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté. ". Enfin, aux termes de l'article 4 de ce même arrêté : " Pour l'établissement de son rapport médical, le médecin de l'office peut demander, dans le respect du secret médical, tout complément d'information auprès du médecin ayant renseigné le certificat médical et faire procéder à des examens complémentaires. Le médecin de l'office, s'il décide, pour l'établissement du rapport médical, de solliciter un complément d'information auprès du médecin qui a renseigné le certificat médical, en informe le demandeur. Il peut convoquer, le cas échéant, le demandeur auprès du service médical de la délégation territoriale compétente. () ".
8. En troisième lieu, comme l'ont relevé à bon droit les premiers juges, il ressort des pièces du dossier que le rapport médical établi le 23 mars 2021 par le docteur A, à partir des éléments transmis par le médecin traitant de M. C, mentionne sa pathologie, la transplantation hépatique qu'il a subi en février 2016 et précise le traitement qui lui est prescrit. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'avis rendu le 31 mars 2021 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur la base duquel la décision contestée a été prise n'aurait pas été éclairé par un rapport suffisamment complet de l'état de santé de l'appelant manque en fait et ne pouvait donc qu'être écarté par le tribunal.
9. En quatrième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 3 de la présente ordonnance, qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions précitées, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
10. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui a levé le secret médical, souffre d'une co-infection au virus de l'hépatite B, C et D, qui a provoqué chez lui une cirrhose, pour laquelle il a reçu une transplantation hépatique au mois de février 2016, et d'une toxicomanie de stade IV sevrée depuis 2011. En raison de cet état de santé, il fait l'objet d'un suivi régulier comprenant une biopsie du foie tous les six mois, une consultation semestrielle par un médecin spécialisé en hépatologie et un rendez-vous mensuel au sein du service d'addictologie du centre médico-psychologique de Toulouse. En sus de ce suivi, M. C prend un traitement journalier composé de Pednisone, de Tracrolimus LP, de Baraclude, de Lyrica, de Méthadone et de Théralène. Pour refuser à M. C la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point 3 de la présente ordonnance, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 31 mars 2021 qui indique que, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Géorgie, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.
11. D'une part, comme l'ont retenu à bon droit les premiers juges, les pièces versées au dossier par l'appelant et notamment les certificats médicaux délivrés par les docteurs Nicolle et Lavayssière, confirment la description de son état de santé tel qu'établi par le médecin rapporteur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, sans contester utilement l'avis émis le 31 mars 2021 s'agissant de la disponibilité des soins nécessaires aux traitement des affections dont il souffre dans son pays d'origine. D'autre part, en se bornant à faire valoir " qu'il est patent qu'il ne peut disposer d'aucune ressource compte tenu de sa dépendance aux opiacés et des troubles psychiatriques que cette dépendance accompagne " et à soutenir qu'il serait, pour ces raisons, en proie à des discriminations en cas de retour dans son pays d'origine, M. C, alors d'ailleurs qu'aucun des éléments versés au dossier n'établissent la réalité de ces troubles psychiatriques, ne démontre pas que des circonstances propres à situation l'empêcheraient d'accéder effectivement aux traitements appropriés de ses affections dans son pays d'origine. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que les premiers juges ont écarté le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 précité.
12. En cinquième lieu, l'annexe à l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions également intitulée " bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine " (BISPO), se borne à recenser, le cas échéant avec leur adresse, les sites internet institutionnels et associatifs, français, étrangers et internationaux comportant des informations sur l'accès aux soins dans les pays d'origine des demandeurs de titres de séjour pour raison médicale, ainsi que ceux relatifs aux pathologies les plus fréquemment rencontrées. Cette liste constitue une aide à la décision pour les membres du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans le cadre de l'instruction des demandes de titre de séjour pour soins, ceux-ci ayant cependant la faculté de s'appuyer sur d'autres données issues de leurs recherches. Reprise sous la rubrique " ressources documentaires internationales de santé " en accès libre sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, elle doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une diffusion publique. En outre, il ne ressort d'aucune obligation légale ou réglementaire ni que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doive regrouper dans un document unique l'ensemble des recherches effectuées sur chacun des cas qui lui est soumis pour avis, ni que l'administration soit tenue d'élaborer un tel document en vue de sa communication à l'étranger ni d'ailleurs que les données MedCoi (" medical country of origin information ") doivent être versées à son contradictoire tant dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour qu'à l'occasion de l'instance engagée devant le tribunal administratif en vue de l'annulation du refus opposé à cette demande. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait été adoptée en méconnaissance du principe du contradictoire et ne l'est pas davantage à soutenir que c'est à tort que les premiers juges ont statué sur sa requête sans mettre en œuvre leur pouvoir d'instruction en vue de solliciter, de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, la communication des éléments ayant fondé l'avis du collège des médecins parmi lesquels figurent notamment les données contenues dans la fiche MedCoi.
13. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".
14. En sixième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions relatives à la délivrance de plein droit des cartes de séjour citées audit article, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Ainsi qu'il a été dit, l'appelant ne justifie pas entrer dans le champ des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il se prévaut. Il s'ensuit que le préfet de la Haute-Garonne n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de statuer sur la demande de l'intéressé. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que les premiers juges ont écarté le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour.
15. Aux termes de l'article L. 432-1 dudit code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. " Lorsque l'administration oppose ce motif pour refuser de faire droit à une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.
16. Comme l'ont retenu à bon droit les premiers juges, il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné, le 2 mars 2012, à cinq mois d'emprisonnement pour vol, escroquerie et entrée ou séjour irrégulier d'un étranger en France, le 13 septembre 2013, à 100 euros d'amende pour la conduite d'un véhicule sans permis, le 9 septembre 2016, à un an d'emprisonnement pour vol aggravé par deux circonstances et le 21 août 2019, à une peine d'emprisonnement ferme de trois ans pour des faits de vol aggravé par deux circonstances et en état de récidive, escroquerie, participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni d'au moins cinq ans d'emprisonnement et recel en bande organisée de biens provenant d'un vol. Par suite, et dès lors que l'appelant ne conteste pas la matérialité des faits qui lui sont reprochés, c'est sans commettre ni d'erreur d'appréciation ni d'erreur de fait que le préfet de la Haute-Garonne a estimé que sa présence en France représentait, eu égard à la gravité et à la répétition de ces faits délictueux, une menace pour l'ordre public alors même que, comme il l'allègue, la commission de ces infractions aurait eu pour mobile le besoin de financer sa dépendance aux opiacés. L'appelant n'est donc pas fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal a, dans le jugement attaqué, écartés ces moyens.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
17. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.() ".
18. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 et 11 de la présente ordonnance, M. C, qui se borne à contester la disponibilité des soins nécessaires au traitement de sa pathologie dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
19. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée des illégalités alléguées, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait de ce fait dépourvue de sa base légale.
20. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
21. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 et 11 de la présente ordonnance, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'indisponibilité des soins nécessaires au traitement de sa pathologie dans son pays d'origine ferait obstacle à ce qu'il y soit reconduit d'office.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
22. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée des illégalités alléguées, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision interdisant son retour sur le territoire français pour une durée de deux ans serait de ce fait dépourvue de sa base légale.
23. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "
24. Si M. C soutient que le préfet de la Haute-Garonne a fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent en décidant d'interdire son retour sur le territoire français, il se prévaut, au titre des circonstances exceptionnelles faisant selon lui obstacle au prononcé d'une telle mesure, de l'indisponibilité des soins appropriés à ses affections dans son pays d'origine. Dès lors, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 et 11 de la présente ordonnance.
25. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C n'est manifestement pas susceptible d'entraîner l'infirmation du jugement attaqué. Par suite, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant-dire droit au préfet de la Haute-Garonne ou à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de produire la preuve de la tenue d'une conférence téléphonique ainsi que les documents extraits de la base de données Medcoi, elle doit être rejetée en application des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précitées, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 9 janvier 2024
Le président de la 3ème chambre,
É. Rey-Bèthbéder
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°23TL01760
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026