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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL01898

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL01898

vendredi 2 février 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL01898
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B D a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2303219 du 8 juin 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté la demande de M. D.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2023, M. B D, représenté par Me Machado Torres, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler le jugement du 8 juin 2023 du tribunal administratif de Toulouse ;

3°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de l'admettre au séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative ;

5°) de mettre à la charge de l'État au bénéfice de son conseil la somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, dès lors qu'il n'est pas tenu compte du fait qu'il est présent en France depuis 2015 ; cette décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

-il est porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il n'a pas été tenu compte de sa situation personnelle, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée et se trouve entachée d'une erreur de droit, car le préfet s'est estimé lié par les critères prévus par les dispositions des 2° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par les dispositions de l'article L. 612-3 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle, le préfet ayant à tort considéré qu'il présentait un risque de fuite ;

-la décision portant fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement est entachée d'un défaut de motivation et n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ; il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine, au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une période de trois ans est entachée d'un défaut de motivation ; elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ; elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'objectif de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ; en effet, le seul fait de ne pas avoir satisfait à une précédente mesure d'éloignement, ne doit pas permettre de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français dès lors qu'il ne constitue pas une charge pour l'Etat français, qu'il subvient à ses besoins et assure lui-même ses frais médicaux ; l'interdiction de retour sur le territoire français constitue un obstacle à une régularisation exceptionnelle en France par le travail.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,

- la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Par une décision du 20 décembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle auprès du tribunal judiciaire de Toulouse a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M.D.

Vu la décision du 4 janvier 2023 par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. A C pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2.M. D, ressortissant algérien né le 1er octobre 1983 est entré en France irrégulièrement, selon lui en 2015. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 29 juin 2017. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé le rejet de sa demande par une ordonnance du 20 novembre 2017. Par un arrêté du 12 avril 2018, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le 18 octobre 2019, il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a fait l'objet d'une décision de clôture par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le jour même. Par un arrêté du

5 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un nouvel arrêté du 2 juin 2023 le préfet de la

Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

3. Par un jugement du 8 juin 2023 dont M. D relève appel, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

4. Compte tenu de l'intervention de la décision du 20 décembre 2023 par laquelle le bureau d'aide juridictionnelle auprès du tribunal judiciaire de Toulouse a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. D, ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle doivent être rejetées.

Sur le bien-fondé du jugement et des arrêtés attaqués :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, l'arrêté du 2 juin 2023, lequel contrairement à ce que l'appelant soutient, fait état du fait que comme il l'allègue, il serait entré sur le territoire français en 2015, mentionne les éléments afférents à sa situation, tenant à son mariage avec une ressortissante française le 17 mars 2018, et à l'absence de vie commune à la suite du divorce prononcé le

1er décembre 2022, le fait que le couple n'a pas d'enfant et que si M. D s'est prévalu dans son audition par les services de police le 1er juin 2023, de la présence sur le territoire français de ses deux frères et de son père, qui présenterait des problèmes de santé, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations alors que par ailleurs il ne démontre pas qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. L'obligation de quitter le territoire se fonde aussi sur le fait que compte tenu notamment des condamnations dont il a fait l'objet, sa présence en France constituerait une menace pour l'ordre public. Cet arrêté motivé en droit sur le fondement de l'article L 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est donc également suffisamment motivé au regard des éléments de fait, et ne se trouve pas entaché contrairement à ce que M.D soutient, d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Faute pour M.D de justifier tant de la présence alléguée en France depuis 2015, que d'attaches familiales et personnelles en France alors que comme il a été dit, il est divorcé depuis le 1er décembre 2022, et que le couple n'a pas d'enfant, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit être écarté. Par ailleurs, ainsi que l'a considéré à bon droit le premier juge, faute en tout état de cause pour M. D d'avoir présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut utilement invoquer la méconnaissance de cet article à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, M. D reprend en appel le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. En l'absence de critique utile du jugement attaqué sur ce point, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs pertinemment retenus par le premier juge.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ". Il ressort des pièces du dossier et notamment du bulletin numéro 2 de son casier judiciaire, que M. D a fait l'objet de six condamnations pénales, à des peines allant de trois mois d'emprisonnement avec sursis jusqu'à neuf mois d'emprisonnement, prononcées entre 2020 et 2022, pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, de recel de bien provenant d'un vol, de vol en réunion, de vol aggravé par deux circonstances, de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni d'au moins cinq ans d'emprisonnement, de vol, de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, de violence par une personne en état d'ivresse manifeste sans incapacité, de vol en réunion, commis en récidive en 2022, et d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique. Il s'ensuit que la présence de M. D sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet, en obligeant M. D, pour un motif d'ordre public, à quitter le territoire français et en lui refusant pour le même motif, l'octroi d'un délai de départ volontaire, n'a commis contrairement à ce qu'il soutient, ni une erreur de droit, ni une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

9. Il y a lieu, en l'absence de critique utile du jugement attaqué sur ces points, d'écarter les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, d'absence de respect d'une procédure contradictoire et de méconnaissance de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par adoption des motifs pertinemment retenus par le premier juge.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne avec une précision suffisante les considérations de fait sur lesquelles il repose notamment quant au fait que son comportement porte atteinte à l'ordre public. La décision, qui atteste de la prise en compte des critères prévus par la loi, est donc suffisamment motivée.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction prévue à l'article L. 612-11 ".

12. En l'espèce, ainsi qu'il est dit aux points 5 et 7 de la présente ordonnance, M. D ne justifie pas d'attaches familiales en France, alors qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement et que son comportement représente une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en l'absence de circonstances humanitaires, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans entacher sa décision d'une erreur de droit, prendre à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Pour les mêmes motifs, l'appelant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M.D, qui est manifestement dépourvue de fondement, ne peut en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative qu'être rejetée, tant dans ses conclusions à fin d'annulation du jugement attaqué, que par voie de conséquence, dans ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative .

ORDONNE :

Article 1er : La demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire présentée par M. D est rejetée.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 2 février 2024.

Le président-assesseur de la 3ème chambre,

A C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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