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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL01914

cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL01914

mercredi 24 avril 2024

Juridictioncour administrative d'appel de Toulouse
Sectioncour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL01914
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2204080 du 30 mai 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2023, M. B, représenté par Me Ducos-Mortreuil, demande à la cour :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler ce jugement du 30 mai 2023 ;

3°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 14 juin 2022 ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois suivant la notification de l'arrêt à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros hors taxe au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ou s'il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'erreurs de faits sur sa qualification professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation relative à sa situation.

Par décision du 20 décembre 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant algérien né le 8 août 1998 à El Biar (Algérie), déclare être entré en France le 20 septembre 2021, sous couvert d'un visa " circulation " délivré par les autorités consulaires espagnoles valable du 5 septembre 2021 au 5 septembre 2023. Le 23 décembre 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 14 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. M. B relève appel du jugement du 30 mai 2023 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté préfectoral.

Sur les conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Par une décision en date du 20 décembre 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. M. B soutient que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté est suffisamment motivé dès lors qu'il vise les articles des textes sur lesquels le préfet s'est fondé pour considérer qu'il ne peut être admis au séjour et notamment les articles 6 (5°) et 7 (b) de l'accord franco-algérien. En ce qui concerne la vie privée et familiale de M. B, l'arrêté indique que si son oncle est sur le territoire français et qu'il se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminée, il ne démontre pas être dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine, où résident ses parents et sa sœur, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où il pourrait solliciter un visa long séjour. Par suite, et alors que le préfet n'a pas l'obligation de reprendre l'ensemble des éléments de fait caractérisant la situation personnelle et familiale de l'intéressé mais seulement ceux sur lesquels il entend fonder sa décision, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, M. B persiste en appel à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'erreurs de fait quant à sa qualification professionnelle. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs pertinents exposés au point 7 du jugement contesté.

7. En deuxième lieu, M. B soutient que le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent séjourner en France et les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Si un ressortissant algérien ne peut dès lors utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant des étrangers dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels, il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.

8. Il ressort des pièces du dossier que si M. B se prévaut de son contrat à durée indéterminée et de son expérience professionnelle, de tout au plus huit mois avant la conclusion de ce contrat, ces éléments ne constituent pas un motif exceptionnel de nature à justifier son admission au séjour à titre dérogatoire. De plus, il ne justifie d'aucun motif qui l'empêcherait de retourner en Algérie, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où vivent notamment ses parents et sa sœur, le temps de solliciter la délivrance d'un visa de long séjour lui permettant d'occuper l'emploi en cause. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Haute-Garonne a pu estimer que la situation de M. B ne relevait pas de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation doit être écarté.

9. En troisième lieu, M. B soutient que le préfet de la Haute-Garonne, en prenant la décision contestée, a méconnu l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 aux termes duquel : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit :/ () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () " et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui stipule que : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que si M. B, célibataire et sans charge de famille, se prévaut de son insertion professionnelle et soutient avoir tissé en France des liens stables et intenses notamment avec des collègues de travail et des relations amicales, il est présent sur le territoire français depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée, ces relations sont récentes et il n'établit pas être isolé en Algérie, où vivent ses parents et sa sœur et où il a vécu la majeure partie de sa vie. Ainsi, compte tenu des circonstances de l'espèce, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant refus de séjour n'est pas établie. Dès lors, l'appelant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire serait dépourvue de base légale.

12. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 10, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. Si M. B soutient que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, il n'assortit ce moyen d'aucune précision utile permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement, et doit être rejetée en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B à Me Ducos-Morteuil.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 24 avril 2024.

La présidente de la 2ème chambre,

A. Geslan-Demaret

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°23TL01914

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