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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL01922

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL01922

vendredi 2 février 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL01922
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBOCHNAKIAN & LARRIEU-SANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé son admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2200423 du 7 juillet 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2023 et des pièces enregistrées le 21 août 2023, Mme B, représentée par Me Bochnakian, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2021 du préfet de la Haute-Garonne ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Mme B au titre des frais engagés dans l'instance et non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile dès lors qu'elle réside en France depuis le 28 août 2016, que ses deux enfants majeurs séjournent régulièrement sur le territoire français et que son fils mineur vit à ses côtés et est scolarisé en France depuis 2014 ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors que son fils mineur a entamé sa scolarité en France dès le CM1, que son intérêt supérieur exige qu'il reste sur le territoire français avec ses frères, qu'il est protégé de la reconduite à la frontière et que l'un des fils majeurs de la requérante souffre d'une polyarthrite nécessitant l'aide de sa famille ;

- le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences que l'arrêté emporte sur sa situation personnelle et familiale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme B, ressortissante djiboutienne née le 28 juillet 1962, est entrée sur le territoire français le 28 août 2016 sous couvert d'un visa court séjour. Elle a sollicité le 3 juin 2021 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 31 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Mme B relève appel du jugement du 7 juillet 2023 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Mme B se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France depuis le 28 août 2016, de celles de ses enfants majeurs séjournant régulièrement sur le territoire français ainsi que celle de son fils mineur, scolarisé en France depuis 2014. Il ressort toutefois des pièces du dossier que sa première demande d'admission exceptionnelle au séjour a été rejetée par la préfecture de la Haute-Garonne le 18 avril 2019, que ce refus a été assorti d'une mesure d'éloignement et que la légalité de ces décisions a été confirmée par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 24 septembre 2020 alors qu'au demeurant, l'intéressée ne démontre pas avoir exécuté cette première obligation de quitter le territoire français. S'il est vrai que ses deux enfants majeurs ont été admis au séjour en France, elle n'établit pas, par les pièces versées en première instance et en appel, qu'ils sont à sa charge ou qu'elle est à leur charge. En outre, la seule circonstance que l'un de ses fils, commis de cuisine, souffre d'une polyarthrite nécessitant l'aide de sa famille n'est pas de nature à démontrer que la présence de sa mère sur le territoire français est indispensable pour lui, dès lors notamment que son frère également majeur réside régulièrement sur le territoire français. Par ailleurs, si Mme B verse au débat de nombreuses pièces en rapport avec le séjour de ses enfants en France, elle ne produit aucun élément permettant d'établir sa propre intégration sociale ou professionnelle sur le territoire. Enfin, elle ne démontre ni être dépourvue d'attaches en République de Djibouti, où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où réside son mari, ni que son troisième fils ne puisse y poursuivre sa scolarité. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B a vécu de nombreuses années séparées de ses enfants majeurs et, comme dit précédemment, qu'il n'existe aucun obstacle à ce que son troisième fils poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine, de sorte que les conditions de son séjour en France ne caractérisent aucun motif exceptionnel ni aucune circonstance humanitaire justifiant son admission au séjour sur ce fondement. D'autre part, l'appelante ne se prévaut d'aucune perspective professionnelle en France. Par conséquent, en refusant son admission exceptionnelle au séjour, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions citées au point précédent.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. Mme B fait valoir que l'intérêt supérieur de son enfant mineur scolarisé à Toulouse implique qu'elle soit autorisée à se maintenir en France à ses côtés. Toutefois, comme dit au point 4 de la présente ordonnance, elle n'établit pas que la scolarité de son enfant mineur ne pourrait se poursuivre en République de Djibouti, ni qu'il entretient avec ses frères des relations rendant indispensable leurs présences auprès de lui. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points 3 à 8 de la présente ordonnance que Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que l'arrêté emporte sur sa situation personnelle et familiale.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par Mme B est manifestement dépourvue de fondement au sens du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et doit être rejetée en application de ces dispositions. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions de l'intéressée aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne

Fait à Toulouse, le 2 février 2024.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

No 23TL01922

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