mercredi 6 mars 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL01948 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CHMANI MALIKA |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté n° 2021-31-1018 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2107383 du 17 mai 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2023, M. B, représenté par Me Chmani, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne n° 2021-31-1018 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résident portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à verser à son avocat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de séjour :
- la décision est insuffisamment motivée en fait ;
- en refusant son admission exceptionnelle au séjour, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle au regard des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée en fait ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ;
- la mesure attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire de trente jours :
- la décision est insuffisamment motivée en fait ;
- il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations préalablement à cette décision qui n'intervient pas à sa demande ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et dépourvue de base légale ;
- la décision a été prise sans examen réel et sérieux de sa situation et c'est à tort que le préfet s'est placé en situation de compétence liée ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation en fixant à trente jours le délai de départ volontaire ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision est insuffisamment motivée en fait.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. Par arrêté n° 2021-31-1018, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté la demande d'admission au séjour de M. B, ressortissant algérien, né le 10 mars 1986, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B relève appel du jugement du 17 mai 2023 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Par une décision du 4 octobre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé au requérant le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, la demande de l'intéressé tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire se trouve dépourvue d'objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
4. L'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne également les faits relatifs à la situation personnelle et administrative de M. B et indique les raisons pour lesquelles le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Il mentionne notamment que M. B est entré en France le 29 décembre 2016, qu'il s'est marié avec une compatriote en situation régulière, et qu'il détient une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en tant que préparateur de plats cuisinés. Il indique par ailleurs que les liens personnels et familiaux en France de l'intéressé n'étant pas anciens, intenses et stables et compte tenu du fait qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 29 ans, où il n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dès lors notamment qu'y résident ses parents et ses trois enfants mineurs, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à sa vie familiale. Il a ajouté que M. B n'établissait pas qu'il risquerait de subir, en cas de retour dans son pays, des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces indications ont permis à l'intéressé de comprendre et de contester les décisions prises à son encontre. Le préfet de la Haute-Garonne a donc suffisamment motivé ses décisions. En tout état de cause, en l'absence de demande en ce sens, il n'avait pas à indiquer les motifs pour lesquels il n'avait pas accordé un délai supérieur au délai de droit commun de trente jours pour exécuter volontairement la mesure d'éloignement. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :
5. En premier lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Il s'ensuit que M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles sont inapplicables aux ressortissants de nationalité algérienne.
6. En deuxième lieu, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de semblables modalités d'amission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 29 décembre 2016, s'est marié le 17 octobre 2020 avec une compatriote en situation régulière dont il allègue sans l'établir par les seules pièces produites, entretenir une relation de concubinage depuis janvier 2017. Si M. B fait valoir son ancienneté de séjour, sa vie de famille en France ainsi que son insertion professionnelle, de telles circonstances ne sont toutefois pas de nature à caractériser un motif exceptionnel ou une considération humanitaire. Dès lors, en refusant de procéder à sa régularisation, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. B.
8. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Selon l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. / () ".
9. M. B se prévaut à nouveau en appel de ses attaches personnelles et familiales en France ainsi que de sa situation professionnelle en indiquant vivre habituellement sur le territoire national depuis le 29 décembre 2016, avoir épousé une compatriote en situation régulière le 17 octobre 2020 avec laquelle il a eu un enfant né le 4 novembre 2022, s'occuper quotidiennement des deux enfants mineurs de son épouse depuis 2018, disposer d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en qualité de préparateur de plats cuisinés. Toutefois, l'intéressé qui déclare s'être maintenu en situation irrégulière sur le territoire national à l'expiration de son visa de court séjour valable du 21 décembre 2016 au 19 janvier 2017 n'a sollicité la régularisation de sa situation qu'au mois de décembre 2020. Par ailleurs, si l'intéressé se prévaut d'une relation de concubinage depuis avril 2018 antérieurement à son mariage, il ne produit aucun élément probant tant en première instance qu'en appel de nature à justifier ses allégations. Par ailleurs, le mariage invoqué du 17 octobre 2020 conserve un caractère récent, même à la date d'introduction de la requête de première instance de M. B contre la décision non datée attaquée et s'il se prévaut de la naissance en France de son dernier enfant le 4 novembre 2022, cette circonstance est postérieure à la décision attaquée et par suite, sans incidence sur sa légalité. En outre, l'intéressé a vécu habituellement la majeure partie de sa vie en Algérie, où résident ses parents et trois de ses enfants mineurs. Enfin, si l'intéressé invoque une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée, il n'établit pas par les pièces qu'il verse au dossier d'une insertion professionnelle stable ni d'une intégration particulière sur le territoire national. Dans ces conditions, au regard de la durée et des conditions du séjour en France de M. B, le préfet de la Haute-Garonne ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis et méconnu l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précités. Par suite, les stipulations citées au point 8 de la présente ordonnance n'ont pas été méconnues.
10. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait porté une appréciation manifestement erronée sur sa situation personnelle au regard des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour n'est pas établie. En conséquence, l'appelant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale.
12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 de la présente ordonnance, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire serait, par voie de conséquence, privée de base légale ne peut qu'être écarté.
14. En second lieu, M. B reprend en appel, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, les moyens tirés du vice de procédure en méconnaissance du droit d'être entendu, du défaut d'examen, de l'erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé être en situation de compétence liée et de l'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le premier juge aux points 14, 15 et 17 du jugement.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, et doit être rejetée, en application de ces dispositions. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Malika Chmani et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 6 mars 2024.
Le président de la 4ème chambre,
D. Chabert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026