lundi 18 décembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL01991 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.
Par un jugement n° 2302270 du 6 juillet 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 août 2023 et 14 septembre 2023, M. A, représenté par Me Ruffel, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 du préfet de l'Hérault ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les éléments versés à l'appui de sa demande de titre de séjour établissent sa présence habituelle depuis 2012 et le préfet de l'Hérault a commis une erreur de fait en ne retenant pas l'ancienneté et la continuité de son séjour sur le territoire national ;
- les premiers juges n'ont pas précisé pour quelles périodes les documents produits ne permettent pas de retenir le caractère habituel de sa présence en France ;
- en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour alors qu'il justifie résider habituellement en France depuis plus de dix ans, le préfet a entaché la décision d'un vice de procédure ;
- le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation au regard de son activité professionnelle ; l'exigence d'un visa de long séjour n'est pas requis par l'accord franco-marocain et les premiers juges ont également commis une erreur de droit ;
- il remplit les critères exigés par la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- l'arrêté en litige procède d'une erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet compte tenu de la durée de sa présence en France et de ses attaches sur le territoire national ;
- l'arrêté méconnaît également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. A, ressortissant marocain né le 4 juillet 1977, a présenté le 13 mars 2023 auprès des services de la préfecture de l'Hérault une demande d'admission au séjour en se prévalant en particulier d'une ancienneté de présence en France remontant à 2012. Par un arrêté du 23 mars 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français en fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. A relève appel du jugement du 6 juillet 2023 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement :
3. En premier lieu, il ressort des motifs exposés au point 3 du jugement attaqué que les premiers juges ont indiqué la nature de certains des documents produits par M. A pour établir l'ancienneté et la continuité de son séjour en France et précisé que ces documents ne permettaient pas d'établir la durée de résidence habituelle dont il se prévaut. Les premiers juges, qui n'avaient pas se prononcer sur tous les arguments du requérant, ont suffisamment motivé leur jugement alors même que ne sont pas précisées les années pour lesquelles la preuve d'une présence a été considérée comme non établie.
4. En second lieu, si l'appelant soutient que les premiers juges ont commis une erreur de droit en se prononçant sur l'exigence d'un visa de long séjour opposé par le préfet de l'Hérault dans la cadre de l'examen de sa demande de régularisation, un tel moyen relève du contrôle du juge de cassation et non de celui du juge d'appel à qui il appartient de se prononcer à nouveau sur la légalité de l'arrêté en litige dans le cadre de l'effet dévolutif.
Sur le bien-fondé du jugement :
5. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
6. M. A se prévaut d'une ancienneté et d'une continuité de séjour depuis l'année 2012. En produisant une attestation établie le 20 octobre 2022 se bornant à faire état d'un hébergement depuis le 13 novembre 2012, la photographie d'une carte bancaire expirant en décembre 2017 et un formulaire Cerfa déposé à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault le 19 septembre 2013 mentionnant une date d'entrée en France le 9 novembre 2012, l'appelant n'établit pas le caractère habituel de sa présence en France pour cette année. S'agissant de l'année 2013, alors que l'arrêté en litige a été pris le 24 mars 2023, le formulaire précité est postérieur au mois de mars 2013 et la carte d'admission à l'aide médicale de l'Etat pour la période du 19 septembre 2013 au 18 septembre 2014 est également postérieure au mois de mars 2013. Dans ces conditions, si M. A produit également d'autres pièces relatives aux années postérieures, y compris en appel, en versant des relevés bancaires ou encore des documents médicaux, il ne démontre pas, à la date de l'arrêté en litige, résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Par suite, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur de fait en ne retenant pas une telle durée de présence en France et n'a pas entaché la procédure d'irrégularité en ne saisissant pas pour avis la commission du titre de séjour.
7. En deuxième lieu, l'article 3 de l'accord entre la République française et le Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. () ". L'article 9 du même accord stipule que : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". L'article L. 435-1 du même code dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
8. D'une part, sur le fondement de l'article 9 de l'accord précité et de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a pu, sans erreur de droit, relever que M. A ne justifiait pas être en possession d'un visa de long séjour alors qu'il a produit une promesse d'embauche établie le 29 septembre 2022 par une entreprise de construction pour un emploi en qualité de maçon. D'autre part, le préfet de l'Hérault s'est prononcé dans le cadre de son pouvoir de régularisation sur le fait que cette promesse d'embauche ne peut être considérée comme un motif exceptionnel d'admission au séjour. Il a, par suite, procédé à un examen réel et complet de la situation de l'appelant au regard de sa situation professionnelle.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire en France, sans charge de famille et est âgé de 45 ans à la date de l'arrêté en litige. S'il invoque une ancienneté de séjour depuis au moins l'année 2012, sa présence depuis plus de dix ans n'est pas démontrée par les pièces qu'il produit et les éléments versés tendant à justifier du fait qu'il a résidé en France pour les années postérieures ne suffisent pas à établir l'existence d'une atteinte excessive portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si M. A fait état de la présence de membres de sa famille en France, il ne démontre pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. Enfin, s'il fait état d'une perspective d'intégration professionnelle dans un métier en tension, une telle circonstance ne caractérise pas davantage l'atteinte excessive portée selon lui à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
11. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'arrêté en litige emporterait des conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle, professionnelle et familiale de l'appelant. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission au séjour de M. A et en l'obligeant à quitter le territoire français.
12. En dernier lieu, l'appelant ne peut utilement se prévaloir du fait qu'il remplirait les critères prévus par la circulaire du 28 novembre 2012, laquelle ne revêt pas de caractère réglementaire.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. A est manifestement dépourvue de fondement au sens du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et doit être rejetée en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault
Fait à Toulouse, le 18 décembre 2023.
Le président de la 4ème chambre,
D. Chabert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
No 23TL01991
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026