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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL02230

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL02230

lundi 22 janvier 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL02230
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour en France d'une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2206713 du 21 février 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 1er septembre 2023, M. A, représenté par Me Ruffel, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 du préfet de l'Hérault ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le premier juge n'a pas suffisamment motivé son jugement pour écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet pour ne pas avoir accordé un délai de départ volontaire ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- pour prononcer la mesure d'éloignement en litige, le préfet de l'Hérault n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation ;

- compte tenu de son parcours, l'obligation de quitter le territoire français a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et se trouve entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- le préfet a commis une erreur de fait dès lors qu'il justifie de garanties de représentation ;

Sur la décision portant interdiction de retour en France pour une durée de deux ans :

- cette interdiction est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la durée de deux ans fixée par le préfet est disproportionnée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-747 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Par un arrêté du 21 décembre 2022, le préfet de l'Hérault a obligé M. A, de nationalité gambienne déclarant être né le 11 mai 2003, à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour en France d'une durée de deux ans. M. A relève appel du jugement du 21 février 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Il ressort des pièces de première instance que pour contester la légalité de la décision du préfet de l'Hérault refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, M. A s'est borné à faire état de trois circonstances de fait au titre de la légalité interne en indiquant que " les garanties de représentation sont bonnes ". Le premier juge, après avoir rappelé les conditions d'interpellation de M. A par les services de police au point 3 et mentionné au point 6 qu'il n'établit pas être entré en France depuis quatre ans, a indiqué au point 9 qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Alors que le tribunal n'a pas à faire état de l'ensemble des arguments avancés par les parties, le jugement doit être regardé comme étant suffisamment motivé sur ce point.

Sur le bien-fondé du jugement :

4. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

5. Il ressort des termes de l'arrêté en litige qu'au moment de son interpellation à Montpellier le 21 décembre 2022 par les services de police, M. A n'a pas été en mesure de justifier d'une entrée régulière en France et n'était pas titulaire d'un titre de séjour. L'autorité administrative a également relevé qu'un précédent arrêté portant obligation de quitter le territoire français a été pris à l'encontre de l'appelant le 14 septembre 2021. Alors en outre que le préfet a mentionné la condamnation de l'intéressé le 15 septembre 2021 à une peine de dix mois d'emprisonnement avec sursis et cinq ans de mise à l'épreuve pour s'être fait indûment passer pour mineur auprès des services de l'aide sociale à l'enfance, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient l'appelant, le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Le défaut d'un tel examen ne saurait être révélé par l'absence de mention par le préfet d'une carte d'identité consulaire qui ne constitue pas un document d'état civil.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. A est célibataire en France et sans charge de famille et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 14 septembre 2021 qu'il n'a pas exécutée. Alors que l'intéressé a été par ailleurs condamné par le tribunal correctionnel de Montpellier ainsi qu'il a été exposé au point 5 de la présente ordonnance, la seule ancienneté de la présence alléguée en France ne permet pas d'établir, au regard des conditions de son séjour en France, que la décision portant obligation de quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, la mesure d'éloignement en litige n'a pas été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'obligation faite à M. A de quitter le territoire français aurait sur sa situation personnelle et familiales des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée sur ce point la mesure d'éloignement ne peut qu'être écarté.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :

1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

10. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de l'Hérault a refusé d'accorder un délai de départ volontaire en se fondant sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 précitée. Il résulte de ce qui a été exposé ci-dessus que M. A n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour et n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 14 septembre 2021. Le préfet de l'Hérault a ainsi pu légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et si l'appelant soutient que ce refus de départ volontaire procède d'une erreur de fait dans l'appréciation de ses garanties de représentation, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur les éléments relevant des 1° et 5° de l'article L. 612-3.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

12. Ainsi qu'il a été exposé ci-dessus, le préfet de l'Hérault a pu légalement refuser d'accorder un délai de départ volontaire et M. A ne fait état d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit prononcée à son encontre. Par ailleurs, au regard des conditions du séjour en France, la durée de deux ans fixée par l'autorité administrative ne procède d'aucune erreur d'appréciation et le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de l'appelant au regard de cette interdiction.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. A est manifestement dépourvue de fondement au sens du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et doit être rejetée en application de ces dispositions, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Christophe Ruffel et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault

Fait à Toulouse, le 22 janvier 2024

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

No 23TL02230

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