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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL02296

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL02296

mardi 15 juillet 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL02296
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBRUNEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier de condamner le centre hospitalier de Carcassonne à lui verser la somme totale de 3 930,25 euros au titre d'indemnisation de congés annuels non pris et des frais médicaux engagés à la suite de l'accident de service survenu le 30 août 2015.

Par un jugement n° 2102015 du 3 juin 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Brunel, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Montpellier du 3 juin 2023 ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Carcassonne à lui verser la somme totale de 3 930,25 euros à titre d'indemnisation de congés non pris et des frais médicaux engagés à la suite de l'accident de service dont elle a été victime le 30 août 2015 ;

3°) d'ordonner une expertise médicale afin de déterminer si la persistance de la douleur ressentie à l'épaule gauche découlant de l'accident de service du 30 août 2015 doit bénéficier de la qualification de maladie professionnelle ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Carcassonne la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'irrégularité dès lors que les premiers juges ont soulevé d'office des arguments en faveur du centre hospitalier de Carcassonne, en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- en raison des absences liées à l'accident de service dont elle a été victime le 30 août 2015, elle n'a pas pu prendre 24 jours de congés dus au titre de l'année 2016, 5 jours de congés dus au titre de l'année 2017 et 5 jours de congés dus pour l'année 2015 figurant sur son compte épargne-temps, soit un total de 34 jours de congés ; en vertu de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement et du Conseil du 4 novembre 2003, elle a droit à l'indemnisation de ces jours de congés non pris ; l'indemnité lui étant due s'élève à la somme globale brute de 3 684,25 euros, laquelle doit être assortie des intérêts moratoires à compter du 10 novembre 2017, date à laquelle elle a demandé au centre hospitalier de régler ces jours de congés non pris ;

- en application du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, elle a droit au remboursement des frais et honoraires médicaux directement entraînés par l'accident de service qu'elle a subi le 30 août 2015, lesquels s'élèvent au montant total de 246 euros ;

- elle demande la reconnaissance de la maladie professionnelle liée à la douleur persistante de l'épaule gauche découlant de l'accident de service dont elle a été victime le 30 août 2015 et la réévaluation des conséquences de cet accident de service et sollicite à ce titre la réalisation d'une expertise médicale.

En dépit de la mise en demeure lui ayant été adressée le 6 mai 2024 en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, le centre hospitalier de Carcassonne n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 20 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 21 octobre 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hélène Bentolila, conseillère,

- et les conclusions de Mme Michèle Torelli, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, aide-soignante titulaire exerçant ses fonctions au centre hospitalier de Carcassonne (Aude), a été victime d'un accident, le 30 août 2015, qui a été reconnu comme imputable au service par une décision du 16 mars 2017. Elle déclare avoir été admise à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er janvier 2018 par une décision du 15 septembre 2017. Par un courrier du 10 novembre 2017, elle a adressé au centre hospitalier une demande indemnitaire concernant les jours de congés annuels des années 2016 et 2017 qu'elle n'avait pu prendre, en raison de son accident de service, avant la cessation définitive de ses fonctions, ainsi que des jours épargnés sur son compte épargne-temps. Puis, par un courrier du 23 décembre 2020, réceptionné le 29 décembre 2020, elle a présenté une nouvelle demande indemnitaire préalable pour obtenir le paiement de 29 jours de congés annuels non pris au titre des années 2016 et 2017 et de 5 jours de congés au titre de l'année 2015 figurant sur son compte épargne-temps, ainsi que pour le remboursement de frais médicaux selon elle directement liés à l'accident de service du 30 août 2015. Dans ce courrier, elle a également demandé au centre hospitalier la reconnaissance d'une maladie professionnelle concernant une douleur persistante au niveau de son épaule gauche, la réévaluation des conséquences de l'accident de service subi le 30 août 2015 et la réalisation d'une expertise médicale. Ses demandes sont restées sans réponse. Elle relève appel du jugement du 3 juin 2023 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à la condamnation du centre hospitalier de Carcassonne à lui verser la somme totale de 3 930,25 euros pour indemniser ses congés non pris et pour rembourser les frais médicaux engagés à la suite de l'accident de service dont elle a été victime le 30 août 2015.

Sur la régularité du jugement :

2. Aux termes de l'article R. 611-7 du code de justice administrative : " Lorsque la décision lui paraît susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction en informe les parties avant la séance de jugement et fixe le délai dans lequel elles peuvent, sans qu'y fasse obstacle la clôture éventuelle de l'instruction, présenter leurs observations sur le moyen communiqué () ".

3. Si Mme B soutient que, pour rejeter les conclusions de sa demande tendant à l'indemnisation des jours de congés annuels non pris avant son départ en retraite, les premiers juges ont relevé d'office que sa demande d'indemnisation de ces congés avait été formée le 20 décembre 2020, ce faisant, les premiers juges n'ont pas relevé d'office un moyen qu'il leur aurait appartenu de communiquer aux parties, mais se sont bornés à mettre en œuvre leur office, Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement :

4. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ".

5. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 6 mai 2024, le centre hospitalier de Carcassonne n'a produit aucun mémoire en défense dans la présente instance. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête de Mme B. Il appartient toutefois à la cour de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier. En outre, l'acquiescement aux faits est sans conséquence sur leur qualification juridique au regard des textes qui fondent la décision en litige et sur le contrôle, par le juge, de l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration.

6. En premier lieu, aux termes de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 relative à certains aspects de l'aménagement du temps de travail : " 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales / 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail ". Ces dispositions, telles qu'interprétées par la Cour de justice des Communautés européennes dans son arrêt C-350/06 et C-520/06 du 20 janvier 2009, font obstacle, d'une part, à ce que le droit au congé annuel payé qu'un travailleur n'a pas pu exercer pendant une certaine période, parce qu'il était placé en congé de maladie pendant tout ou partie de la période en cause, s'éteigne à l'expiration de celle-ci et, d'autre part, à ce que, lorsqu'il est mis fin à la relation de travail, tout droit à indemnité financière soit dénié au travailleur qui n'a pu, pour cette raison, exercer son droit au congé annuel payé. Ce droit au report ou, lorsqu'il est mis fin à la relation de travail, à indemnisation financière, s'exerce toutefois, en l'absence de dispositions sur ce point dans le droit national, dans la limite de quatre semaines par année de référence prévue par les dispositions citées ci-dessus de l'article 7 de la directive.

7. En l'espèce, Mme B soutient qu'en raison de l'accident de service dont elle a été victime le 30 août 2015, elle n'a pu prendre ses jours de congés annuels au titre des années 2016 et 2017, avant son départ à la retraite le 1er janvier 2018. Toutefois, cet élément de fait est contredit par les pièces du dossier, en particulier par la décision de la directrice des ressources humaines du centre hospitalier de Carcassonne du 16 mars 2017 selon laquelle elle a été placée en congés annuels, au titre de ses congés de l'année 2017 et de son solde de congés pour l'année 2016, à compter du 27 janvier 2017 et jusqu'à la reprise effective de ses fonctions. Si l'intéressée produit des certificats d'arrêts de travail, ceux-ci ne concernent que la période comprise entre le 27 avril et le 31 octobre 2017, de sorte que pour la période comprise entre le 27 janvier et le 27 avril 2017, il ne saurait être tenu pour établi que Mme B n'aurait pas utilisé ses jours de congés annuels au titre des années 2016 et 2017. Dans ces conditions, ses conclusions tendant à la condamnation du centre hospitalier à lui verser une indemnité compensatrice de congés annuels non pris au titre des années 2016 et 2017 doivent être rejetées.

8. En second lieu, les dispositions précitées de la directive du 4 novembre 2003, interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne ne s'opposent pas à des dispositions de droit national accordant au fonctionnaire des droits à congés payés supplémentaires s'ajoutant au droit à un congé annuel minimal de quatre semaines, tels que ceux inscrits sur le compte épargne-temps, sans que soit prévu le paiement d'une indemnité financière, lorsque le fonctionnaire en fin de relation de travail ne peut bénéficier de ces droits supplémentaires en raison du fait qu'il n'aurait pu exercer ses fonctions pour cause de maladie. Les jours épargnés sur un compte épargne-temps n'ont donc pas le caractère de congés payés annuels, au sens de cette directive, et doivent dès lors être considérés comme des jours de congés supplémentaires. Par suite, Mme B ne saurait utilement se prévaloir de ces dispositions pour obtenir l'indemnisation de jours de congés annuels inscrits sur son compte épargne-temps et ce moyen doit donc être écarté.

9. En troisième lieu, Mme B sollicite le versement de la somme de 246 euros en remboursement de frais médicaux dont elle soutient qu'ils sont directement liés à l'accident de service dont elle a été victime le 30 août 2015. Toutefois, les certificats d'arrêt de travail pour la période comprise entre le 27 avril et le 31 octobre 2017, qui ne correspondent au demeurant pas à l'ensemble des frais dont elle demande le remboursement, ne permettent pas d'établir qu'ils seraient directement liés à l'accident de service qu'elle a subi le 30 août 2015. Dès lors, ses conclusions tendant à l'indemnisation de ces frais médicaux doivent être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise médicale, que Mme B n'est pas fondée à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Carcassonne, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier de Carcassonne.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Geslan-Demaret, présidente de chambre,

Mme Teuly-Desportes, présidente-assesseure,

Mme Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2025.

La rapporteure,

H. Bentolila

La présidente,

A. Geslan-DemaretLa greffière,

M-M. Maillat

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et familles, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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