mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL02317 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BADJI OUALI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français dans sans délai et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2203866 du 25 janvier 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 12 septembre 2023, M. B, représenté par Me Badji Ouali, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté de la préfète de Vaucluse du 12 décembre 2022 ;
3°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de réexaminer sa situation au regard des articles L. 423-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- le jugement est insuffisamment motivé et le premier juge n'a pas effectué un examen réel et sérieux de sa situation ;
- le premier juge a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'arrêté litigieux était suffisamment motivé et résultait d'un examen complet et sérieux de sa demande ;
- le premier juge a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'arrêté ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant ;
Sur le bien-fondé du jugement :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation.
La requête a été communiquée à la préfète de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant de nationalité algérienne né le 21 juillet 1993, est entré en France le 10 février 2020 en qualité de conjoint de ressortissant français, muni d'un visa valable du 15 janvier 2020 au 10 juillet 2020. Il a ensuite bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", délivré par le préfet des Bouches-du-Rhône et valable jusqu'au 4 octobre 2021. Le 11 décembre 2022, il a été auditionné par les services de gendarmerie d'Avignon et a fait l'objet d'une retenue pour vérification du droit au séjour au cours de laquelle il est apparu qu'il était dépourvu de titre de séjour en cours de validité. Par un arrêté du 12 décembre 2022, la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B fait appel du jugement du 25 janvier 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
Sur la régularité du jugement :
3. En premier lieu, en soutenant que le jugement est entaché d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation dès lors qu'il considère que l'arrêté est suffisamment motivé et a été précédé d'un examen particulier de sa situation ainsi que d'erreurs d'appréciation quant à l'atteinte portée à sa vie privée et familiale en France et à l'intérêt supérieur de son enfant, M. B conteste non la régularité du jugement mais son bien-fondé.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Il résulte des motifs mêmes du jugement attaqué que le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a suffisamment répondu à l'ensemble des moyens exposés en première instance. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué serait irrégulier.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
6. L'arrêté litigieux vise les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 611-1, L. 611-3 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, la préfète de Vaucluse a précisé les éléments de fait propres à la situation personnelle et administrative en France de M. B, notamment la circonstance que l'appelant a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français valable jusqu'au 4 octobre 2021. Elle a également indiqué que l'intéressé, déclarant être en cours de divorce avec Mme C et en situation de concubinage avec Mme D, n'avait pas d'enfant à la date de la décision. En outre, l'arrêté mentionne que M. B prétend avoir déposé une demande de régularisation de sa situation administrative qu'il ne justifie pas. Enfin, il précise que l'intéressé n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France et ne fait état d'aucune circonstance humanitaire. En tout état de cause, la préfète de Vaucluse n'était pas tenu de préciser la totalité des éléments relevant de la situation personnelle et familiale de M. B. Par suite, les décisions en litige, qui comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, sont suffisamment motivées.
7. En second lieu, il ne ressort des pièces du dossier ni que M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour avant le 4 octobre 2021, date d'expiration de ce titre, ni que la préfète de Vaucluse n'aurait pas examiné sa situation personnelle et familiale, notamment eu égard à la motivation de l'arrêté rappelée au point précédent. Dans ces conditions, les décisions en litige ne sont pas entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'appelant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. B vit en concubinage avec une ressortissante française, qu'elle avait probablement commencé sa grossesse à la date de la décision contestée de la préfète de Vaucluse et qu'elle est par ailleurs mère d'une petite fille née d'une précédente relation. Toutefois, le requérant est présent depuis moins de trois ans en France à la date de la décision en litige, qu'il est entré en qualité de conjoint d'une ressortissante française, que le couple s'est séparé quelques mois plus tard et qu'il n'a pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour avant le 4 octobre 2021, date d'expiration de ce document. En outre, la vie commune avec sa nouvelle compagne est récente. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a vécu jusqu'à sa vingt-septième année en Algérie où résident ses parents et ses frères. Dans ces conditions, alors même qu'il a conclu un contrat à durée indéterminée en qualité d'auxiliaire de vie, l'appelant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement prise par la préfète de Vaucluse aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en tout état de cause, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent ainsi être écartés.
10. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Au sens de la présente Convention, un enfant s'entend de tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si la majorité est atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est applicable ". D'autre part, aux termes du 1 de l'article 3 de la même convention : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur de l'enfant dans toutes les décisions les concernant.
11. D'une part, les attestations du père et de la belle-mère de sa compagne ne permettent pas d'établir, à elles-seules, la nature de la relation, qui est d'ailleurs récente, que M. B entretient avec la fille de cette dernière. D'autre part, les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne s'appliquent pas à un enfant à naître. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
12. En troisième lieu, eu égard aux faits précédemment mentionnés aux points 9 et 11, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée des illégalités alléguées, M. B ne peut se prévaloir de son illégalité à fin d'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire.
14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :() ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".
15. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré lors de son audition par les services de gendarmerie d'Avignon ne pas vouloir retourner dans son pays d'origine. Par conséquent, en l'absence de circonstances particulières, c'est sans méconnaître les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 précitées que la préfète de Vaucluse a retenu l'existence d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement et a refusé, pour ce motif, d'accorder à M. B un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision contestée portant refus de délai de départ volontaire n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement et peut dès lors être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Chreifa Badji Ouali et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de Vaucluse.
Fait à Toulouse, le 20 mars 2024.
Le président de la 1ère chambre,
A. Barthez
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°23TL02317
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026