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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL02362

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL02362

mercredi 3 avril 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL02362
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantALLENE ONDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B C A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2201314 du 25 novembre 2022, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2023, M. A, représenté par Me Allene Ondo, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 25 novembre 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " entrepreneur profession libérale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision de la cour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle dès lors que les premiers juges ont estimé, d'une part, qu'il n'établissait pas sa présence habituelle et continue en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté préfectoral et, d'autre part, qu'il n'apportait pas d'éléments relatifs à son entreprise ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas préalablement saisi la commission du titre de séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du même code ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle dès lors qu'il a fixé en France le centre de ses intérêts privés ;

- les décisions portant fixation du pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 19 juillet 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande présentée par M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 5 mai 1978 indiquant être entré sur le territoire français en 1998, a sollicité, le 8 décembre 2020, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 18 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A fait appel du jugement du 25 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la régularité du jugement :

3. Les premiers juges ont estimé que M. A n'établissait pas sa présence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté préfectoral et qu'il n'apportait pas d'éléments relatifs à son entreprise, notamment aux revenus tirés de son exploitation, aux contrats conclus et aux récompenses obtenues. En estimant qu'ainsi, le tribunal administratif de Toulouse a entaché son jugement d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, M. A conteste le bien-fondé du jugement et un tel moyen n'est pas susceptible d'affecter sa régularité.

Sur le bien-fondé du jugement :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

5. D'une part, M. A produit un certain nombre de pièces relatives à son séjour sur le territoire français à compter de l'année 2010. Toutefois, ces pièces sont insuffisamment nombreuses, notamment pour l'année 2012 et pour la période entre le mois d'avril 2015 et la seconde moitié de l'année 2016, pour lesquelles l'intéressé se borne à produire, pour la première année, un avis d'imposition ne mentionnant aucun revenu ainsi qu'un courrier de la société des auteurs et compositeurs dramatiques, et, pour la seconde période, un extrait de déclaration de revenu ainsi qu'un courrier du groupe " La Dépêche " attestant de contributions versées en 2014, un avis d'imposition en 2016 pour des revenus obtenus en 2015 d'un montant limité. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A réside habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté contesté. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour.

6. D'autre part, en présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Les dispositions précitées de l'article L. 435-1 laissent enfin à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir.

7. M. A produit de nombreuses pièces relatives à la création d'une entreprise de recyclage et de valorisation de coquillages. Il ne verse toutefois au débat aucun élément relatif aux liens personnels et familiaux qu'il entretiendrait en France, alors d'ailleurs qu'il a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement, dont la dernière a été prise le 21 novembre 2017. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que son activité d'associé au sein de son entreprise lui permettrait de dégager un quelconque revenu. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En deuxième lieu, la décision de refus de titre de séjour n'étant pas entachée des illégalités alléguées, M. A ne peut se prévaloir de son illégalité à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En troisième lieu, comme il a été dit aux points 5 et 7 de la présente ordonnance, M. A n'établit pas résider depuis plus de dix ans en France à la date de la décision attaquée et n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il dispose d'attaches personnelles et familiales sur le territoire. Dans ces conditions, l'appelant n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de la Haute-Garonne emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

11. M. A ne produit aucun élément permettant de tenir pour établie l'existence d'un risque en cas de retour dans son pays d'origine de subir un traitement contraire aux stipulations précédemment citées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour ce motif et eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision emporte sur la situation de M. A doit être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au présent litige : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3, 5 et 7 de la présente ordonnance que M. A a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement et qu'il ne justifie pas de liens personnels importants et stables en France. Dans ces conditions, à supposer même que les pièces versées au débat permettent d'établir sa présence habituelle sur le territoire depuis 2016, la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an ne méconnaît pas, en tout état de cause, les dispositions précédemment citées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur la situation de M. A.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation du jugement attaqué et de l'arrêté de préfet de la Haute-Garonne doivent, en application de l'article R. 222-1 précité du code de justice administrative, être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A, à Me Orane Allene Ondo et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 3 avril 2024.

Le président de la 1ère chambre,

A. Barthez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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