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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL02377

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL02377

jeudi 16 octobre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL02377
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPOUGAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... C... B... a demandé au tribunal administratif de Toulouse d’annuler la décision du 21 avril 2021 par laquelle le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d’accueil qui lui avaient été octroyées.

Par un jugement n° 2103388 du 9 mars 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2023, M. B..., représentée par Me Pougault, demande à la cour :

1°) d’annuler le jugement du tribunal administratif de Toulouse du 9 mars 2023 ;

2°) d’annuler la décision du 21 avril 2021 de suspension du bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;

3°) d’enjoindre au directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, de rétablir ses conditions matérielles d’accueil ou, à défaut, de réexaminer sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration le versement à Me Pougault d’une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’une erreur d’appréciation dans l’application des dispositions de l’article L. 744-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que le manquement à une seule convocation ne saurait révéler le non-respect des exigences des autorités en charge de l’asile au sens de l’article précité, et justifier ainsi une décision emportant la cessation des conditions matérielles d’accueil ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de la situation de M. B....
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, l’Office français de l’immigration et de l’intégration, représenté par Me de Froment, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B... ne sont pas fondés.


M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 2 août 2023.


Par une ordonnance du 16 décembre 2024, la clôture de l’instruction a été fixée au 16 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lasserre,
- et les observations de Me Pougault, représentant M. B....



Considérant ce qui suit :

M. A... C... B..., ressortissant togolais né le 7 août 1986, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en octobre 2019. Il a présenté une demande d’asile au guichet unique de la préfecture de la Haute-Garonne, le 5 novembre 2019. Le même jour, sa demande d’asile a été instruite dans le cadre de la procédure dite « Dublin », et il a accepté le bénéfice des conditions matérielles d’accueil proposées par l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Par deux arrêtés du 17 juin 2020, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités italiennes responsables de l’examen de sa demande d’asile et l’a assigné à résidence. Par un jugement n° 2002627 du 22 juin 2020, le magistrat désigné du tribunal administratif de Toulouse a rejeté le recours en annulation dirigé contre ces arrêtés, jugement confirmé par l’arrêt n° 21BX00062 du 24 mars 2022 de la cour administrative d’appel de Bordeaux. Par une décision du 21 avril 2021, l’Office français de l’immigration et de l’intégration a procédé à la suspension des conditions matérielles d’accueil dont bénéficiait l’intéressé en raison de sa carence à respecter les exigences des autorités chargées de l’asile, ce dernier ne s’étant pas présenté à un entretien prévu le 11 mars 2021 avec les services de l’Office. Par la présente requête, M. B... relève appel du jugement rendu le 9 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cette dernière décision.


Sur les conclusions en annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 744-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dans sa version applicable : « Le bénéfice des conditions matérielles d’accueil prévues à l’article L. 744-1 est subordonné : 1° A l’acceptation par le demandeur de la proposition d’hébergement ou, le cas échéant, de la région d’orientation déterminée en application de l’article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l’évaluation prévue à l’article L. 744-6, des capacités d’hébergement disponibles et de la part des demandeurs d’asile accueillis dans chaque région ; 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l’asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l’instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu’il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu’il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d’hébergement proposé ou la région d’orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l’asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d’accueil. / (…) ». Aux termes de l’article L. 744-8 du même code : « - Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être :1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; (…) ».


Il résulte de ces dispositions, telles qu’éclairées par la décision du Conseil d’État n° 428530-428564 du 31 juillet 2019, que l’Office français de l’immigration et de l’intégration peut, par une décision motivée, après examen de la situation particulière du demandeur intéressé et après l’avoir mis en mesure de présenter ses observations, suspendre le bénéfice des conditions matérielles d’accueil lorsque le demandeur n’a pas respecté les exigences des autorités chargées de l’asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l’instruction des demandes.


Pour prononcer la suspension des conditions matérielles d’accueil dont bénéficiait M. B..., le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration de Toulouse a retenu que l’intéressé n’avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l’asile en ne se présentant pas à un entretien à la direction territoriale des services de l’Office auquel il était convoqué le 11 mars 2021. Contrairement à ce que soutient M. B..., l’absence à une convocation peut permettre de fonder la suspension du bénéfice des conditions matérielles d’accueil en l’absence de circonstances particulières tenant à la situation de l’étranger. En outre, si le requérant soutient qu’il ne s’est pas présenté à la convocation faute de disposer d’une attestation de demande d’asile à jour dès lors que, pendant la période d’état d’urgence sanitaire, la préfecture avait indiqué que les attestations de demande d’asile étaient renouvelées soit par voie postale soit par convocation, il ne saurait se prévaloir de ces modalités d’organisation pour justifier de sa non-présentation à une convocation effectuée par l’Office français de l'immigration et de l'intégration, dès lors que cette convocation avait précisément pour objet de faire le point sur la validité de son attestation de demandeur d’asile, celle-ci étant expirée depuis le 16 octobre 2020. Enfin, M. B... n’apporte aucun élément de nature à établir qu’il serait dans un état de vulnérabilité tel qu’il ferait obstacle à la suspension du bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Dans ces conditions, M. B... ne se prévaut d’aucun élément permettant de justifier de l’absence de présentation à la convocation que lui a adressée les services de l’Office. Par suite, le directeur territorial de l’Office français de l'immigration et de l'intégration de Toulouse a pu, pour ce motif, prononcer la suspension des conditions matérielles d’accueil de M. B... sans commettre d’erreur de droit et d’erreur d’appréciation.


En second lieu, M. B... n’établit pas que la décision attaquée aurait des conséquences d’une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle en se bornant à se prévaloir de son absence d’hébergement et de son état de vulnérabilité qui se déduirait de sa seule qualité de demandeur d’asile.


Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et d’astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :


Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante à la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.



D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.





Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... C... B... et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Faïck, président,
M. Lafon, président-assesseur,
Mme Lasserre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2025.



La rapporteure,

N. Lasserre

Le président,

F. Faïck

La greffière,





E. Ocana


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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