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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL02389

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL02389

mercredi 3 avril 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL02389
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantHOSSEINI NASSAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B C épouse D a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2203547 du 13 octobre 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2023, Mme C, représentée par Me Hosseini-Nassab, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 233-1 et les dispositions des articles L. 233-2 et R. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 21 février 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante marocaine née le 24 janvier 1969, est entrée en France le 10 octobre 2021, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa C avec entrées multiples et portant la mention " famille A " valable du 26 août 2021 au 26 novembre 2021. Le 16 novembre 2021, elle a sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour en qualité de " membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne ". Par un arrêté du 20 avril 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C fait appel du jugement du 13 octobre 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". L'article L. 233-2 du même code dispose que : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois () ". Enfin, aux termes de l'article R. 233-1 du même code : " () Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. / La charge pour le système d'assistance sociale que peut constituer le ressortissant mentionné à l'article L. 233-1 est évaluée en prenant notamment en compte le montant des prestations sociales non contributives qui lui ont été accordées, la durée de ses difficultés et de son séjour ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C s'est mariée le 4 janvier 2002 avec un ressortissant italien et qu'ils ont eu un enfant né le 15 septembre 2005 à Bologne (Italie), de nationalité italienne, encore à leur charge à la date de la décision du préfet de l'Hérault. En outre, l'attestation de la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc produite par la requérante établit que son mari a perçu, entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2020, 10 838,40 euros bruts au titre de l'allocation de solidarité aux personnes âgées salariées agricoles, 291,12 euros bruts au titre du minimum contributif et 173,52 bruts au titre de la retraite de salarié agricole. Ainsi, alors que la requérante ne prétend pas que les revenus de l'année 2021 n'auraient pas été semblables à ceux de l'année précédente, les ressources perçues par la famille proviennent presque exclusivement de l'allocation de solidarité aux personnes âgées que perçoit l'époux de la requérante, à hauteur de 903,20 euros bruts par mois et qui constitue une prestation sociale non contributive. Par suite, le préfet pouvait légalement opposer à la requérante le motif tiré de ce que son mari ne remplissait pas la condition de ressources suffisantes posée par le 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter sa demande de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 233-1, L. 233-2 et R. 233-1 du même code doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; () ".

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 de la présente ordonnance que Mme C ne peut bénéficier d'un droit au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 251-1 de ce code que le préfet de l'Hérault a pu assortir le refus de séjour opposé à Mme C d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Mme C n'est entrée en France que le 10 octobre 2021 avec son fils mineur, sous couvert d'un visa C avec entrées multiples et portant la mention " famille A " valable du 26 août 2021 au 26 novembre 2021, pour rejoindre son mari. En outre, la requérante ne produit aucun élément permettant d'établir qu'elle aurait fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, alors d'ailleurs qu'elle n'apporte aucune précision relative à ses conditions précédentes de résidence ou à l'ancienneté de la communauté de vie avec son époux. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante serait dans l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale au Maroc, pays dont elle est originaire, ou en Italie, pays dont son mari et son fils sont tous deux ressortissants. Par suite, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En dernier lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur de l'enfant dans toutes les décisions les concernant.

10. Ainsi qu'il a été dit au point 8 de la présente ordonnance, la vie familiale de Mme C avec son époux et leur enfant peut se reconstituer au Maroc ou en Italie. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations précitées du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme C est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application des dispositions précédemment citées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions de l'intéressée aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C épouse D, à Me Mojtaba Hosseini-Nassab et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée pour information au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 3 avril 2024.

Le président de la 1ère chambre,

A. Barthez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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