mercredi 13 décembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL02408 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CHEMMAM |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B E épouse C et M. D C ont chacun demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler les arrêtés du 14 juin 2022 par lesquels le préfet de Vaucluse a rejeté leurs demandes d'admission au séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement nos 2201958 et 2201962 du 17 août 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a rejeté leurs demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2023, Mme B E épouse C et M. D C, représentés par Me Chemmam, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler les arrêtés du préfet de Vaucluse du 14 juin 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de trente jours à compter de la notification l'ordonnance à intervenir, sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
Sur l'ensemble des décisions :
- la compétence de l'auteur des actes attaqués n'est pas justifiée ;
Sur les décisions portant refus de séjour :
- leur situation justifie leur admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les refus de séjour portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
- les mesures d'éloignement méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de l'intérêt supérieur de leurs enfants mineurs ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;
- l'obligation qui leur est faite de quitter le territoire français porte une atteinte excessive à leur droit au respect de leur vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Mme E épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2023.
La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. C a été rejetée par une décision du 20 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. Par deux arrêtés du 14 juin 2022, le préfet de Vaucluse a refusé d'admettre au séjour Mme E épouse C, ressortissante nigériane née le 11 février 1997 et son époux, M. C, de même nationalité né le 11 mai 1995, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Les intéressés font appel du jugement du 17 août 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
3. Les décisions contestées sont signées par M. Christian Guyard secrétaire général de la préfecture de Vaucluse, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, résultant d'un arrêté n°84-2022-02-23-00002 édicté par le préfet de Vaucluse régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Vaucluse le 25 février 2022. Alors que les arrêtés attaqués visent cet arrêté, une telle délégation n'est pas subordonnée à l'enregistrement au greffe de la cour d'une copie de cet acte. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés du 14 juin 2022 doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
5. Mme et M. C soutiennent que les décisions refusant leur admission au séjour méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le rejet de leurs demandes d'asile n'a pas d'incidence sur une demande de séjour pour motifs exceptionnels ou humanitaires. D'une part, il ressort des termes des décisions attaquées que le préfet de Vaucluse s'est prononcé sur la situation de appelants regard de leurs demandes d'admission au séjour en qualité de réfugié. D'autre part, si le préfet a rappelé que leurs demandes d'asile avaient été rejetées tant par décisions de l'Office française de protection des réfugiés et apatrides le 8 décembre 2021 que par décisions de la Cour nationale du droit d'asile le 19 mai 2022, il a également indiqué qu'aucun des intéressés n'avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement, ce qui n'est pas contesté par M. et Mme C. Enfin, la circonstance que l'autorité administrative ait précisé qu'aucun élément d'information justifiant une admission " au séjour à titre dérogatoire pour des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels " ne lui ait été communiqué, ne permet pas d'établir que Mme ou M. C aurait sollicité une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, ils ne peuvent utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de cet article.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. et Mme C font valoir qu'ils résident habituellement en France depuis leurs arrivées respectives en mars et juin 2019 et qu'ils ont sur le territoire national le centre de leurs intérêts privés et familiaux. Toutefois, alors qu'ils n'ont été admis à résider en France que le temps de l'instruction de leurs demandes d'asile, ces dernières, comme exposé au point 5 de la présente ordonnance, ont chacune été rejetées en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile. Par ailleurs, si les époux C se prévalent de leur installation avec leurs deux enfants mineurs sur le territoire français, les décisions attaquées n'ont ni pour objet ni pour effet de les séparer de leurs enfants. Par ailleurs, les appelants ont vécu la majeure partie de leur vie au Nigéria, où résident la mère et le frère A C ainsi que l'oncle, la tante et des cousins de Mme C. Au surplus, les pièces versées par les appelants ne permettent de justifier ni d'une intégration particulière en France ni de l'existence d'autres attaches en France. Dans ces conditions, la durée et les conditions du séjour en France des intéressés ne permettent pas de considérer que le préfet aurait porté atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Par suite, les décisions de refus d'admission au séjour au titre de l'asile A et Mme C ne méconnaissent pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 de la présente ordonnance, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
10. M. et Mme C, qui n'ont au demeurant pas présenté de demande d'admission au séjour sur le fondement des dispositions précitées, ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de décisions portant obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, ainsi qu'il a été exposé au point 7 de la présente ordonnance, l'atteinte portée au droit au respect de la vie privée et familiale en France des appelants ne peut être regardée comme étant disproportionnée aux buts poursuivis et M. et Mme C ne sont pas en situation d'obtenir la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en les obligeant à quitter le territoire français, le préfet de Vaucluse n'a pas méconnu ces dispositions et le moyen invoqué sur ce point ne peut qu'être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". En l'espèce, les décisions contestées n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer de leurs parents les deux enfants mineurs A et Mme C, lesquels ont vocation à les suivre dans leur pays d'origine. Par conséquent, l'intérêt supérieur des deux enfants des appelants n'a pas été méconnu et le moyen doit donc être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par Mme E épouse C et M. C est manifestement dépourvue de fondement et ne peut dès lors qu'être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme E épouse C et M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B E épouse C, à M. D C, Me Azize Chemmam et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète de Vaucluse.
Fait à Toulouse, le 13 décembre 2023.
Le président de la 4ème chambre,
D. Chabert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026