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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL02413

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL02413

mardi 27 août 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL02413
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés
Avocat requérantSCP D'AVOCATS CGCB & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédures contentieuses antérieures :

I°] Mme C A a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Montpellier de condamner la communauté de communes du Clermontais à lui verser, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, une provision de 74 724 euros.

Par une ordonnance n° 2301323 du 10 avril 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

II°] Mme C A a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Montpellier de condamner la communauté de communes du Clermontais à lui verser, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, les sommes de 74 724 euros à titre de provision et de 8 000 euros au titre du préjudice moral.

Par une ordonnance n° 2302124 du 21 septembre 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédures devant la cour :

I°] Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 14 avril 2023 et le 10 juillet 2023 sous le n° 23TL00861, Mme A, représentée par Me Brunel, demande au juge des référés de la cour :

1°) d'annuler l'ordonnance n° 2301323 du 10 avril 2023 ;

2°) de condamner la communauté de communes du Clermontais à lui verser, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, une provision de 74 724 euros sur les salaires qui lui sont dus pour la période du 1er octobre 2016 au 31 mars 2023 ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Clermontais la somme de 3000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que le juge des référés a estimé que sa créance était sérieusement contestable au motif que par son arrêt n° 19MA03542 du 7 novembre 2022, la cour administrative d'appel de Marseille n'avait annulé les arrêtés de mise en disponibilité d'office que pour un simple vice de forme, alors qu'elle a retenu qu'elle avait été privée d'une garantie de procédure substantielle ;

- il ne pouvait lui opposer l'absence service fait dès lors que les arrêtés annulés ont été pris pour l'empêcher de travailler et que la communauté de communes du Clermontais a refusé de lui accorder le bénéfice de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 même après l'entrée en vigueur du décret d'application ;

- elle a droit à être indemnisée de la privation de sa rémunération par l'effet de ces arrêtés illégaux durant 78 mois sur la base d'un montant mensuel de 938 euros calculé sur la base moyenne des dernières rémunérations qui lui ont été versées du 1er janvier 2015 au 30 juin 2015 ;

- la communauté de communes du Clermontais s'est toujours refusée à lui proposer un reclassement sur un poste adapté ou une formation ;

- elle s'est rendue à toutes les convocations devant les experts désignés ;

- la communauté de communes du Clermontais s'abstient de verser au dossier le rapport du docteur B du 18 avril 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, la communauté de communes du Clermontais conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 3000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la créance est sérieusement contestable comme l'a estimé le juge des référés dont l'ordonnance doit être confirmée.

Par une ordonnance en date du 23 août 2023, la date de la clôture de l'instruction de l'affaire a été fixée au 25 septembre 2023.

II°] Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 octobre 2023, le 29 avril 2024 et le 10 juin 2024, sous le n° 23TL02413, Mme A, représentée par Me Brunel, demande au juge des référés de la cour, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'ordonnance n° 2302124 du 21 septembre 2023 ;

2°) de condamner la communauté de communes du Clermontais à lui verser, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, la somme de 74 724 euros à titre de provision sur les dommages-intérêts qui lui sont dus en réparation du préjudice matériel subi ainsi que la somme de 8000 euros à titre de provision sur son préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Clermontais la somme de 3000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de rejeter la demande de la communauté de communes du Clermontais d'application des dispositions de l'article L.741-2 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été illégalement privée de rémunération par la seule volonté de la Communauté de communes du Clermontais qui doit donc supporter les conséquences de ses décisions en suivi de l'annulation de ses actes et l'indemniser sur le fondement de la responsabilité contractuelle du fait des illégalités entachant les arrêtés de mise en disponibilité d'office annulés par l'arrêt n° 19MA03542 du 7 novembre 2022 de la cour administrative d'appel de Marseille; elle doit être également indemnisée du fait de l'illégalité du refus de lui accorder le bénéfice de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 même après l'entrée en vigueur du décret d'application et du refus de lui proposer un reclassement sur un poste adapté ou une formation ;

- la responsabilité de la communauté de communes du Clermontais est également engagée, à titre subsidiaire, sur le fondement de la responsabilité délictuelle ou, à titre infiniment subsidiaire, le fondement de la responsabilité quasi délictuelle ;

- il ressort du rapport du docteur B du 18 avril 2023 que sa maladie lui ouvrait droit à un congé de grave maladie ; l'avis du 22 mai 2023 du comité médical n'en tient pas compte ; il manifeste une collusion entre ce comité et la communauté de communes du Clermontais ; il n'y a pas eu de volonté d'ordonner une nouvelle expertise ; la mise en disponibilité d'office a été utilisée comme moyen de détourner la loi ; elle maintient ses affirmations qui ne sont pas diffamatoires ; sa demande expresse du 29 avril 2024 de saisine du conseil médical est restée sans réponse ;

- elle doit être indemnisée du préjudice moral du fait du traitement qu'elle a subi de la part de la communauté de communes du Clermontais depuis 2016 ;

- le contentieux a bien été lié par sa demande préalable du 14 août 2018 ;

- les deux demandes de provision ont des fondements juridiques distincts ;

- la prescription quadriennale n'a pas commencé à courir compte tenu des instances en

cours ;

- aucun texte n'autorisait le comité médical à se prononcer rétroactivement sur sa mise en

disponibilité d'office ;

- aucune forclusion ne peut lui être opposée s'agissant de sa demande du 14 août 2018 qui est intervenue en cours de procédure aboutissant à l'arrêt de la cour de Marseille du 7 novembre 2022.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 avril 2024 et le 21 mai 2024, la communauté de communes du Clermontais conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête, à titre principal comme irrecevable, à titre subsidiaire comme infondée, à la suppression de passages injurieux et diffamatoires contenus dans le mémoire en réplique en application des dispositions de l'article L.741-2 du code de justice administrative et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 3000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- Mme A a saisi le tribunal administratif de Montpellier d'une nouvelle requête au fond enregistrée sous le n° 2306366 par laquelle elle demande l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2023 pris en exécution de l'injonction de réexamen de sa situation et du nouvel avis du comité médical départemental la plaçant en disponibilité d'office du 29 septembre 2016 au 30 juin 2018 ;

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comporte aucun moyen d'appel à l'encontre de l'ordonnance contestée ;

- la demande de première instance était irrecevable à défaut de liaison du contentieux ; en effet, le courrier daté du 14 août 2018 se borne à opérer un listing de préjudices que l'intéressée

-

aurait subis sans indiquer les motifs justifiant une telle demande ni aucun fondement de responsabilité ;

- la cour est saisie du même litige dans l'instance n° 23TL00861 en appel de l'ordonnance n° 2301323 du 10 avril 2023, par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Montpellier a rejeté une demande identique de référé provision et il ne peut y avoir double indemnisation du même préjudice ;

- les créances dont se prévaut Mme A sont sérieusement contestables à plusieurs titres ;

- le délai de prescription quadriennale, qui a commencé à courir à compter du 1er janvier 2019, a expiré le 31 décembre 2022, soit avant l'enregistrement de la demande en référé enregistrée le 14 avril 2023 ;

- il n'existe pas de lien de causalité entre les préjudices et les fautes invoquées ;

- Mme A ne saurait invoquer la responsabilité contractuelle dès lors qu'aucun contrat ne la lie à la communauté de communes du Clermontais ; elle ne justifie d'aucun service fait ouvrant droit à rémunération sur la période du 1er octobre 2016 au 31 mars 2023 ;

- l'annulation des arrêtés de mise en disponibilité d'office par l'arrêt n° 19MA03542 du 7 novembre 2022 de la cour administrative d'appel de Marseille pour vice de forme ne fait nullement obstacle à ce que la Communauté de communes du Clermontais reprenne des arrêtés de même nature, ce qu'elle a fait par l'arrêté du 6 octobre 2023 ; en outre ces arrêtés ne portaient que sur les périodes du 1er novembre 2016 au 30 juin 2017 et du 1er janvier 2018 au 30 juin 2018 ;

- si la requérante invoque l'illégalité du refus de lui proposer un poste de travail, la communauté de communes du Clermontais a vainement recherché tant en interne qu'en externe les possibilités de reclassement ; l'intéressée a refusé un reclassement sur un poste d'agent d'accueil correspondant aux préconisations du médecin du travail ;

- le refus de lui accorder le bénéfice de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 n'est pas entaché d'illégalité selon l'arrêt n° 19MA03542 du 7 novembre 2022 de la cour administrative d'appel de Marseille devenu définitif ;

- il convient de supprimer des passages injurieux et diffamatoires contenus dans le mémoire en réplique ;

- il est soulevé une nouvelle fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la demande de référé provision dès lors que le délai de recours contentieux de deux mois ouvert à l'encontre de la décision implicite de rejet de la demande préalable du 14 août 2018, qui est un délai franc, expirait le 17 décembre 2018, inclus.

Par une ordonnance en date du 22 mai 2024, la date de la clôture de l'instruction de l'affaire a été fixée au 20 juin 2024.

Vu les autres pièces des dossiers. Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées de Mme A, adjoint technique territorial affectée au service des cantines de la communauté de communes du Clermontais, enregistrées respectivement sous les n°s 23TL00861 et 23TL02413, dirigées contre deux ordonnances du juge des référés du tribunal administratif de Montpellier rejetant ses demandes successives de condamnation de la communauté de communes du Clermontais à lui verser des provisions à valoir sur l'indemnisation des préjudices résultant notamment des décisions successives de placement en disponibilité

1.

d'office pour maladie prises à son encontre, présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par une même décision.

Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

4. Par un arrêt n° 19MA03542 du 7 novembre 2022 devenu définitif, la cour administrative d'appel de Marseille a notamment annulé les arrêtés des 14 novembre 2016, 13 décembre 2016, 30 janvier 2017, 6 février 2017, 6 mars 2017, 14 avril 2017, 10 mai 2017,

19 janvier 2018, 13 février 2018 et 6 juin 2018 par lesquels le président de la communauté de communes du Clermontais a placé Mme A en disponibilité d'office pour raison de santé et a enjoint à la communauté de communes du Clermontais d'examiner à nouveau la situation de Mme A après avoir notamment procédé à la saisine du comité médical départemental, dans un délai de deux mois à compter de la notification de son arrêt. Il résulte de l'instruction qu'en exécution de cette injonction de réexamen, le président de la communauté de communes du Clermontais a pris, après avis du comité médical départemental, un nouvel arrêté du 6 octobre 2023 la plaçant en disponibilité d'office du 29 septembre 2016 au 30 juin 2018 dont Mme A a contesté la légalité par une requête enregistrée sous le n° 2306366 actuellement pendante devant le tribunal administratif de Montpellier.

5. Il est constant que le motif d'annulation de ces arrêtés était l'irrégularité de la procédure suivie devant le comité médical départemental qui a eu pour effet de priver Mme A d'une garantie substantielle et que ce vice a été purgé par la nouvelle consultation du comité. Un nouvel arrêté ayant été pris maintenant les décisions initiales pour la période du 29 septembre 2016 au 30 juin 2018, Mme A ne saurait utilement invoquer le préjudice résultant de la privation de ses rémunérations durant cette période. Si elle revendique le versement des salaires qui lui seraient dus pour la période postérieure courant jusqu'au 31 mars 2023, elle n'assortit sa demande d'aucune justification du fondement légal de ses prétentions. Par suite, sa demande d'indemnisation du préjudice financier au titre des salaires qui lui seraient dus pour la période du 1er octobre 2016 au 31 mars 2023 présente, en l'état de l'instruction, un caractère sérieusement contestable au sens de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

6. Par ailleurs, il ressort de l'arrêt du 7 novembre 2022 de la cour administrative d'appel de Marseille que la légalité des décisions par lesquelles le président de la communauté de communes du Clermontais lui a refusé le bénéfice des dispositions de l'article 85-1 de la loi susvisée du 26 janvier 1984 a été confirmée. Si Mme A soutient que toutes ses demandes ont été

1.

rejetées même après l'entrée en vigueur de ces dispositions, elle n'assortit pas sa demande des précisions permettant d'en justifier le bien fondé.

7. Enfin, si elle se prévaut de l'illégalité de décisions lui refusant un reclassement sur un poste adapté, elle ne vise aucune décision précise alors qu'en défense, la communauté de communes du Clermontais fait valoir qu'elle a vainement recherché tant en interne qu'en externe les possibilités de reclassement et que l'intéressée a refusé un reclassement sur un poste d'agent d'accueil correspondant aux préconisations du médecin du travail.

8. Si l'illégalité des arrêtés annulés par la cour administrative d'appel de Marseille pour vice de forme est susceptible d'ouvrir droit à réparation des préjudices en résultant, Mme A ne justifie nullement de l'existence du préjudice moral qu'elle invoque pour lequel elle sollicite le versement d'une somme de 8000 euros à titre de provision.

9. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir, que les demandes de Mme A tendant au versement des provisions sollicitées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.741-2 du code de justice administrative :

10. En vertu des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative, les cours administratives d'appel peuvent, dans les causes dont elles sont saisies, prononcer, même d'office, la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires.

11. Les passages du mémoire en réplique de Mme A dont la suppression est demandée par la communauté de communes du Clermontais n'excèdent pas les limites de la simple polémique juridique et ne présentent pas un caractère diffamatoire. Les conclusions tendant à leur suppression doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la communauté de communes du Clermontais, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à Mme A la somme qu'elle demande à ce titre. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la communauté de communes du Clermontais présentées sur le même fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes du Clermontais présentées sur le fondement des articles L. 741-2 et L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et à la communauté de communes du Clermontais.

Fait à Toulouse, le 27 août 2024.

La juge des référés,

A. Geslan-Demaret

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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