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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL02424

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL02424

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL02424
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBAUDARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B C épouse A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 3 mars 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français.

Par un jugement n° 2203135 du 30 septembre 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2023, Mme C épouse A, représentée par Me Baudard, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 3 mars 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait la circulaire du 28 novembre 2012 relative à l'admission exceptionnelle au séjour des étrangers en situation irrégulière ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'insuffisante motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L 423-23 du même code ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la cour a désigné M. Haïli, président-assesseur, pour statuer dans les conditions fixées par l'article R. 222-1 du code de justice administrative par une décision du 4 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse A, ressortissante marocaine, née le 1er janvier 1972, déclare être arrivée en France durant l'année 2014. Le 5 janvier 2022, l'intéressée a sollicité auprès des services préfectoraux un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 3 mars 2022, le préfet de l'Hérault a refusé son admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, l'intéressée interjette appel du jugement susvisé du 30 septembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la décision portant refus d'admission au séjour :

3. L'appelante se borne à reprendre dans sa requête d'appel les moyens exposés à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de refus d'admission au séjour, qu'elle avait invoqués en première instance, dans les mêmes termes et sans faire état devant la Cour d'aucun élément distinct de ceux qui avaient été présentés en première instance. Ce faisant, elle ne développe au soutien de ces moyens aucun argument de fait ou de droit pertinent et ne produit aucun document de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Par suite, les moyens tirés de l'absence de consultation préalable de la commission de titre de séjour, de l'insuffisance de motivation, de l'erreur de droit, de l'atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Montpellier aux points 2 à 8 du jugement attaqué.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, ne peut qu'être écarté.

5. Comme l'ont relevé les premiers juges, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français est suffisante dès lors que, comme en l'espèce, elle se confond avec celle du refus de titre de séjour constituant sa base légale, qui est suffisamment motivé, dès lors qu'il cite les textes applicables et mentionne les principaux éléments de la situation personnelle de l'intéressée, notamment quant à la durée de son séjour et la présence de sa famille en France, et que les dispositions qui permettent de l'assortir d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées.

6. L'appelante ne pouvant, ainsi qu'il résulte du point 3 de la présente ordonnance, prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne peut se prévaloir de la protection que lui confèrerait un tel droit. Le moyen tiré de l'erreur de droit ainsi invoqué doit donc être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que l'appelante ne démontre pas sa présence habituelle en France depuis 2014, en l'absence de justificatifs suffisamment probants et nombreux, autres que des cartes d'admission à l'aide médicale d'état et de courriers de l'aide sociale à l'enfance, et alors que l'intéressée n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour régulariser sa situation au regard du droit au séjour avant le 5 janvier 2022. En outre, il n'est pas contesté que son époux, M. D A, de nationalité marocaine a déjà fait l'objet de deux décisions de refus de séjour en 2017 et 2018 et se trouve également en situation irrégulière. Par conséquent, dès lors que l'ensemble des membres de sa famille ont la même nationalité, aucune circonstance ne fait obstacle à ce que Mme C épouse A reparte avec son époux et leurs enfants mineurs, de jeune âge, dans leur pays d'origine. Enfin, l'intéressée n'établit pas être dénuée d'attaches familiales au Maroc, pays dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans et ne fait état devant la Cour d'aucune intégration particulière dans la société française. Aussi, en l'absence de tout autre élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la mesure d'éloignement doivent être écartés.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête d'appel de l'appelante est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, il y a lieu de faire application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et de la rejeter en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C épouse A et à Me Baudard.

Copie sera adressée pour information au préfet de l'Hérault et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Toulouse, le 7 décembre 2023.

Le président-assesseur de la 4ème chambre,

X. HAÏLI

La République mande et ordonne ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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