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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL02555

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL02555

mardi 27 août 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL02555
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés
Avocat requérantHIRTZLIN-PINÇON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Montpellier de condamner la commune de Montbrun-des-Corbières à lui verser, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, principalement, la somme de 53 175 euros, subsidiairement, la somme de 25 000 euros à titre de provision.

Par une ordonnance n° 2305219 du 24 octobre 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Montpellier a condamné la commune de Montbrun-des-Corbières à verser à

M. B une provision d'un montant de 3 500 euros, mis à sa charge une somme de 1 200 euros à verser à ce dernier en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et rejeté le surplus de la demande de M. B.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 3 novembre 2023 et le 4 décembre 2023, la commune de Montbrun-des-Corbières, représentée par Me Jaulin de la Scp d'avocats Pech de Laclause et associés, demande à la cour :

1°) d'annuler cette ordonnance ;

2°) de rejeter la demande de M. B devant le tribunal administratif comme étant prescrite ;

3°) de mettre à la charge de M. B la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que le juge des référés a écarté la prescription en se fondant sur un jugement n° 2105549 du 2 mai 2023 qui concernait un litige distinct portant sur les droits statutaires de

M. B ;

- en l'espèce, en l'absence de toute demande antérieure permettant d'interrompre la prescription quadriennale, celle-ci a commencé à courir le 1er janvier de l'année suivant le dépôt du rapport d'expertise, à savoir le 1er janvier 2019 et s'est éteinte le 1er janvier 2023 sans avoir été interrompue ;

- à titre subsidiaire, l'appel incident sera rejeté comme non fondé et le montant de la provision au titre des souffrances endurées sera réduit à 2 500 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2023, M. A B représenté par Me Hirtzlin-Pinçon, conclut, à titre principal, à la condamnation de la commune de Montbrun-des-Corbières à lui verser, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, principalement, la somme de 53 175 euros, subsidiairement, la somme de 25 000 euros à titre de provision, à titre subsidiaire, à la confirmation de l'ordonnance contestée et à ce que soit mise à la charge de la commune de Montbrun-des-Corbières la somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il fait valoir que :

- la prescription a été interrompue par les instances n° 1705504, 1705505, 1705506 qui ont donné lieu à un jugement du 10 avril 2019 concernant l'imputabilité au service du fait générateur et réglant les frais d'expertise et n'est pas acquise puisqu'elle se termine au 1er janvier 2024 ; le jugement n° 2105549 du 2 mai 2023 concernant les salaires dus a reporté la prescription au 1er janvier 2028 ;

- il convient de l'indemniser conformément aux conclusions du rapport d'expertise non contesté, soit 9 675 euros au titre de l'incapacité temporaire totale, 30 000 euros au titre de l'incapacité permanente partielle, 3 500 euros au titre des souffrances endurées évaluées à 2,5/7, et 10 000 euros au titre du préjudice moral ; il est atteint d'un cancer du poumon et sa situation est très précaire.

Par une ordonnance du 16 janvier 2024, la date de clôture d'instruction de l'affaire a été fixée au 16 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier. Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n°68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

-

Considérant ce qui suit :

1. M. B, agent territorial de la commune de Montbrun-des-Corbières (Aude), a été victime, le 9 juillet 2013, d'un accident lors du déplacement d'une charge lourde qui a été reconnu imputable au service par un arrêté du 19 décembre 2013. Le 9 juillet 2014, la commission de réforme a statué sur la date de consolidation de cet accident de service en la fixant au 16 juillet 2013. Insatisfait des conclusions de cette commission, M. B a saisi la collectivité de demandes de réexamen de sa situation qui ont été implicitement rejetées. Par un jugement n° 1705504, 1705505, 1705506 du 10 avril 2019, le tribunal administratif de Montpellier a annulé les refus implicites du maire de Montbrun-des-Corbières de statuer sur l'ensemble des demandes présentées par M. B et a enjoint au maire de Montbrun-des-Corbières de statuer sur ces demandes dans un délai de deux mois. Entretemps, la commission de réforme, saisie de sa demande d'allocation temporaire d'invalidité, a fixé la date de consolidation de son accident de service au 1er août 2014 et son taux d'invalidité permanente partielle à 20 %. Par une ordonnance n° 1705492 du 26 mars 2018, un expert a été désigné en référé aux fins de déterminer les préjudices de M. B résultant de cet accident de service. Le rapport, déposé le 14 septembre 2018, a confirmé la date de consolidation au 31 juillet 2014 ainsi que le taux d'invalidité permanente partielle à 20 %, a reconnu des souffrances endurées évaluées à 2,5/7 mais a écarté l'existence de préjudices esthétique, d'agrément et sexuel. Par un arrêté du 8 juillet 2019, pris en exécution du jugement du 10 avril 2019, le maire de Montbrun-des-Corbières a procédé à la régularisation de la situation de M. B en le plaçant en congé de maladie pour accident de service du 9 juillet 2013 au 1er août 2014 et lui a accordé durant cette période son plein traitement. Par une réclamation préalable indemnitaire, reçue le 29 juillet 2021 implicitement rejetée par la commune, M. B a recherché la responsabilité de la commune pour faute en invoquant l'illégalité des décisions implicites de rejet qui lui ont été opposées. Par un jugement no 2105549 du 2 mai 2023, le tribunal administratif de Montpellier, après avoir écarté l'exception de prescription quadriennale opposée en défense, a condamné la commune de Montbrun-des-Corbières à verser à M. B la somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence résultant du retard mis à régulariser sa situation. Par une réclamation préalable du 4 septembre 2023 fondée sur la jurisprudence Moya-Caville restée sans réponse, M. B a sollicité l'indemnisation des préjudices subis du fait de l'accident de service du 9 juillet 2013. Il a ensuite saisi le tribunal administratif de Montpellier, d'une part d'une requête au fond, d'autre part, d'un référé provision. Par une ordonnance n° 2305219 du 24 octobre 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Montpellier a condamné la commune de Montbrun-des-Corbières à verser à M. B une provision d'un montant de 3 500 euros, mis à sa charge une somme de 1 200 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et rejeté le surplus de la demande de M. B. La commune de Montbrun-des-Corbières relève appel de cette ordonnance et M. B sollicite, par la voie de l'appel incident, qu'il soit fait droit à l'intégralité de ses demandes de première instance.

Sur l'existence d'une obligation non sérieusement contestable :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

3. D'une part, il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre

1.

limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

4. D'autre part, les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l'atteinte à l'intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des dommages ne revêtant pas un caractère patrimonial, tels que des souffrances physiques ou morales, un préjudice esthétique ou d'agrément ou des troubles dans les conditions d'existence, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incomberait.

5. Par ailleurs, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics :

" Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, () toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ".

6. Pour écarter l'exception de prescription quadriennale au regard des dispositions de la loi du 31 décembre 1968 opposée par la commune de Montbrun-des-Corbières à la demande de provision présentée par M. B, le juge des référés du tribunal administratif de Montpellier s'est borné à constater que celle-ci avait été écartée par le jugement n°2105549 du 2 mai 2023 sans préciser en quoi le point de départ de cette prescription devait être apprécié de manière identique à ce litige distinct portant sur la mise en cause de la responsabilité pour faute de la commune de Montbrun-des-Corbières en raison du retard à régulariser sa situation administrative alors que sa nouvelle demande procédait de la mise en œuvre de la responsabilité sans faute de ladite commune du fait de l'accident de service du 9 juillet 2013. Cette ordonnance est ainsi entachée d'irrégularité et doit être annulée. Par suite, il y a lieu d'évoquer et de statuer immédiatement sur la demande de M. B devant le tribunal administratif de Montpellier.

7. Il résulte de l'instruction que l'étendue des préjudices de M. B procédant de l'accident de service du 9 juillet 2013 a été déterminée par le rapport d'expertise déposé le 14 septembre 2018 qui a confirmé sa date de consolidation au 31 juillet 2014 ainsi que la fixation de son taux d'invalidité permanente partielle à 20 %.

8. Si dans son jugement n°2105549 du 2 mai 2023, le tribunal administratif de Montpellier a écarté l'exception de prescription quadriennale en estimant qu' " en admettant même que le délai de prescription ait commencé à courir, ce n'était donc qu'à compter du 1er janvier 2020 ", cette appréciation est sans incidence sur le présent litige dès lors que ce litige distinct ne portait que sur la créance de M. B objet de la réclamation préalable du 19 juillet 2021 tendant à mettre en cause la responsabilité pour faute de la commune de Montbrun-des-Corbières.

1.

9. En l'espèce, la créance objet du présent litige fondée sur la responsabilité sans faute au titre de la jurisprudence Moya-Caville a fait l'objet d'une réclamation préalable du 4 septembre 2023. Toutefois, au regard de ce qui a été dit au point 7, le point de départ du délai de prescription a commencé à courir le 1er janvier 2019 et a expiré le 31 décembre 2022. La circonstance que, par un arrêté du 8 juillet 2019, pris en exécution du jugement n° 1705504, 1705505, 1705506 du 10 avril 2019, le congé de maladie pour accident de service de M. B a fait l'objet d'une régularisation n'a pas eu pour effet d'interrompre le cours de la prescription concernant ladite créance. Par suite, la demande préalable du 4 septembre 2023 était tardive et la créance dont la provision était sollicitée était sérieusement contestable.

10. Il résulte de ce qui précède que l'exception de prescription quadriennale opposée par la commune de Montbrun-des-Corbières doit être accueillie. Dès lors, la demande de

M. B devant le juge des référés du tribunal administratif de Montpellier doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, son appel incident devant la cour.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme sollicitée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Montbrun-des-Corbières, qui n'est pas, dans la présente instance la partie perdante. En revanche, sur ce même fondement, il y a lieu de mettre à la charge de M. B une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la commune de Montbrun-des-Corbières et non compris dans les dépens. Par ailleurs, en l'absence de dépens au sens de l'article R. 761-1 du même code, les conclusions de M. B relatives à leur charge sont sans objet et doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : L'ordonnance n° 2305219 du 24 octobre 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Montpellier est annulée.

Article 2 : La demande de M. B devant le juge des référés du tribunal administratif de Montpellier, ensemble ses conclusions d'appel incident sont rejetées.

Article 3 : M. B versera à la commune de Montbrun-des-Corbières une somme de 1200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Montbrun-des-Corbières et à

M. A B.

Fait à Toulouse, le 27 août 2024.

La juge des référés,

A. Geslan-Demaret

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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