vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL02569 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | TERCERO |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 23 février 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2104844 du 13 juillet 2022, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 6 novembre 2023, M. A, représenté par Me Tercero, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2021 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de la cour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision de la cour et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de cette décision, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen suffisant de sa situation ;
- il a méconnu les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration en opposant un refus à une demande incomplète sans lui demander de produire les pièces manquantes ;
- il a commis une erreur de fait quant à sa présence sur le territoire français en 2016 et une erreur de droit en exigeant une présence continue et non pas une présence habituelle en France ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas préalablement saisi la commission du titre de séjour en application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet de la Haute-Garonne a opposé l'absence de visa de long séjour et l'absence d'autorisation de travail pour rejeter l'admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 313-14 du même code ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Niger relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Niamey le 24 juin 1994.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention franco-nigérienne relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Niamey le 24 juin 1994 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant nigérien né le 1er janvier 1975, est entré le 12 septembre 2000 sur le territoire français avec un visa de court séjour. Il a sollicité, le 25 février 2020, son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale, sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en qualité de salarié, sur le fondement de l'article L. 313-14 du même code et de l'article 5 de la convention franco-nigérienne relative à la circulation et au séjour des personnes. Par un arrêté du 23 février 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté cette demande, a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le requérant fait appel du jugement du 13 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 23 février 2021.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations () ". Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituent des dispositions spéciales régissant le traitement par l'administration des demandes de titres de séjour. Par suite, la procédure prévue à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable à ces demandes.
4. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans () ".
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'arrêté critiqué, que M. A se prévaut de plus de vingt années de résidence habituelle en France et que le préfet de la Haute-Garonne a contesté le caractère habituel de sa présence pendant l'année 2016, aucune remarque précise n'étant faite en ce qui concerne les autres années. En l'espèce, M. A produit un relevé de prestations d'assurance maladie du 26 janvier 2016 et un avis d'opposition administrative du 24 mars 2016, la carte d'admission à l'aide médicale d'État valable du 8 juin 2015 au 7 juin 2016 n'étant à elle-seule susceptible d'établir une présence habituelle que pour la période antérieure à sa délivrance en 2015. Ainsi, les pièces produites par le requérant n'établissent aucune présence, même ponctuelle, en France en 2016 à compter du mois d'avril de cette année. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait établi sa résidence habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté et que ce dernier serait entaché d'un vice de procédure tenant à l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7 ".
7. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 313-14, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger, de même que tout élément de sa situation personnelle dont il ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
8. D'une part, M. A ne démontre pas, comme il a été indiqué au point 5, le caractère habituel de sa présence sur le territoire français en 2016. En outre, le requérant, qui est célibataire et sans enfant, ne démontre pas la réalité des attaches professionnelles et familiales dont il se prévaut. Par voie de conséquence, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A puisse se prévaloir, dans sa situation privée et familiale, de l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. D'autre part, M. A soutient que le préfet aurait dû l'admettre exceptionnellement au séjour en qualité de salarié. Le requérant se borne à faire valoir qu'il a acquis une expérience professionnelle en tant que peintre de bâtiment et justifie d'une promesse d'embauche sans apporter d'autres pièces. Ces seules circonstances, qui ne constituent pas des motifs humanitaires ou exceptionnels au sens des dispositions précitées, ne permettent pas de regarder l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne comme entaché, en tant qu'il rejette l'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de l'arrêté du 23 février 2021, que le préfet de la Haute-Garonne, après avoir relevé que l'absence de visa de long séjour et de contrat de travail visé par l'autorité compétente faisait obstacle à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, a retenu qu'il n'était pas justifié de régulariser, à titre dérogatoire, la situation de M. A, étant donné notamment les caractéristiques de l'emploi envisagé. Ainsi, le préfet de la Haute-Garonne a examiné la demande de régularisation exceptionnelle en qualité de " salarié " et n'a pas écarté cette demande au motif que M. A ne disposerait ni d'un visa long séjour, ni d'un contrat de travail visé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
11. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de la convention franco-nigérienne relative à la circulation et au séjour des personnes n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier la portée. Il ne peut qu'être écarté.
12. En dernier lieu, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait mentionnées aux points 8 et 9, la décision de refus de séjour n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A et des conséquences que la décision emporte sur cette situation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit dès lors être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Flor Tercero et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 19 avril 2024.
Le président de la 1ère chambre,
A. Barthez
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026