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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL02573

cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL02573

mardi 30 avril 2024

Juridictioncour administrative d'appel de Toulouse
Sectioncour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL02573
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDJOSSOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A C a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

M. B C a également demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement nos 2304945 et 2304946 du 6 octobre 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté chacune de leur demande.

Procédure devant la cour :

I - Sous le n° 23TL02573, par une requête, enregistrée le 6 novembre 2023, M. C, représenté par Me Djossou, doit être regardé comme demandant à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler ce jugement ;

3°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 1er août 2023 ou, à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de cet arrêté dans l'attente de la décision à intervenir de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, d'ordonner au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de compétence du signataire de l'acte ;

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- la mesure d'éloignement n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article 24 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 et conformément aux exigences des principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- la mesure attaquée comporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle et se trouve entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la mesure d'éloignement prise à son encontre méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques auxquels il se trouve exposé en cas de retour en Albanie.

M. B C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2024.

II - Sous le n° 23TL02574, par une requête, enregistrée le 6 novembre 2023, Mme C, représentée par Me Djossou, doit être regardée comme demandant à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler ce jugement ;

3°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 1er août 2023 ou, à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de cet arrêté dans l'attente de la décision à intervenir de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, d'ordonner au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de compétence du signataire de l'acte ;

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- la mesure d'éloignement n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article 24 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 et conformément aux exigences des principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- la mesure attaquée comporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle et se trouve entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la mesure d'éloignement prise à son encontre méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques auxquels elle se trouve exposée en cas de retour en Albanie.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme C a été rejetée par une décision du 26 avril 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Par deux arrêtés du 1er août 2023, le préfet de la Haute-Garonne a obligé M. C, ressortissant albanais né le 17 avril 1987 et son épouse, Mme C, de même nationalité née le 17 août 1990, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par les requêtes susvisées, enregistrées sous les nos 23TL02573 et 23TL02574, M. et Mme C font respectivement appel du jugement nos 2304945 et 2304946 du 6 octobre 2023 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des arrêtés pris à leur encontre. Ces requêtes étant dirigées contre le même jugement, il y a lieu de les joindre pour statuer par une même ordonnance.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 avril 2024. La demande de Mme C a été rejetée par une décision du même jour du bureau d'aide juridictionnelle. Dès lors, leurs conclusions tendant à ce que soit prononcée leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont sans objet et doivent être rejetées.

Sur les conclusions principales à fin d'annulation :

4. En premier lieu, M. et Mme C reprennent en appel leurs moyens tirés de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués, de l'insuffisance de motivation des décisions en litige et du vice de procédure tiré de la méconnaissance de leur droit d'être entendu tel que garanti notamment par le droit de l'Union européenne. Toutefois, les appelants n'apportent aucun élément nouveau et ne critiquent pas utilement la réponse apportée par le premier juge. Il y a lieu, par suite, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse aux points 4, 7 à 9 et 14 du jugement attaqué.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C sont entrés en France selon leurs déclarations le 21 novembre 2022, accompagnés de leurs deux filles mineures, ont formé une demande d'asile le 29 novembre 2022, rejetée le 23 février 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l'article L. 531-24. Au surplus, les appelants font à nouveau valoir qu'ils vivent en France avec leurs deux enfants de manière stable et continue depuis leur arrivée en 2022 et que les arrêtés en litige " freinent " le déroulement de leur intégration et " la poursuite des nombreux efforts menés depuis leur arrivée ". Toutefois, les appelants ne produisent aucun élément à l'appui de leurs allégations de nature à notamment attester d'une intégration particulière en France. Alors qu'ils ne justifient d'aucun lien sur le territoire français en dehors de leur cellule familiale, ils ne démontrent pas que cette dernière ne pourrait pas se reconstituer ailleurs qu'en France, notamment en Albanie, où ils ont passé l'essentiel de leur existence. Compte tenu de la durée et des conditions de séjour des époux C, ces circonstances ne permettent pas d'établir que les décisions attaquées, auraient sur leurs situations personnelles des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

7. M. et Mme C soutiennent qu'ils encourent des risques personnels en cas de retour dans leur pays d'origine compte tenu des menaces de représailles à l'encontre de M. C de la part de la famille de son ancienne compagne de lycée. Toutefois, ces éléments sont inopérants à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, qui n'ont ni pour objet ni pour effet de fixer le pays de destination. En tout état de cause, alors que les demandes d'asile des intéressés ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par décisions du 23 février 2023, ils n'apportent aucun élément permettant d'établir le caractère réel, personnel et actuel des risques qu'ils invoquent en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit ne peuvent qu'être écartés.

Sur les conclusions subsidiaires à fin de suspension :

8. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 752-11 de ce code dispose que : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

9. Les appelants, qui se bornent à demander la suspension de l'exécution des mesures d'éloignement prises à leur encontre en faisant état de menaces de représailles à l'encontre de M. C de la part de la famille de son ancienne compagne, ne produisent aucun élément sérieux justifiant leur maintien sur le territoire français dans l'attente des décisions de la Cour nationale du droit d'asile sur leur recours. Par suite, leurs conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français prises à leur égard doivent être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par M. et Mme C sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes nos 23TL02573 et 23TL02574 de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, M. B C, Me Jean-Marc Djossou et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 30 avril 2024.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Nos 23TL02573, 23TL02574

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