mercredi 15 mai 2024
| Juridiction | cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL02581 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SCP CORMARY & BROCA |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.
Par un jugement n° 2300323 du 13 octobre 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2023, M. A, représenté par la SCP Cormary et Broca, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2022 du préfet de la Haute-Garonne ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé et révèle un défaut d'examen de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et l'arrêté porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de ses conditions de résidence, des critères d'examen de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et de sa situation personnelle ;
- alors qu'il a sollicité son admission au séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet s'est à tort estimé lié par les stipulations de l'accord franco-marocain et n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire ;
- en lui refusant son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que celle fixant le pays de destination sont dépourvues de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. A, ressortissant marocain né le 4 octobre 1984, a sollicité le 21 janvier 2022 auprès des services de la préfecture de la Haute-Garonne son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 23 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. A relève appel du jugement du 13 octobre 2023 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".
4. Il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne a visé les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a mentionné les éléments de fait propres à la situation administrative en France de M. A, notamment la circonstance qu'il est entré sur le territoire français le 20 août 2020 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de quatre-vingt-dix jours délivré le 7 janvier 2020 par les autorités consulaires espagnoles au Maroc valable du 9 janvier 2020 au 9 juillet 2021. L'autorité préfectorale a également fait état des éléments de fait propres à la situation personnelle et familiale de l'appelant, en particulier la présence régulière sur le territoire français de sa compagne de nationalité marocaine, et la circonstance qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée en qualité d'assistant commercial. Il est également précisé que M. A n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi l'arrêté, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de la situation de l'appelant, notamment les diplômes dont il se déclare titulaire, est suffisamment motivé. Par suite, les moyens tirés du caractère insuffisant de la motivation des décisions portant refus d'admission au séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination doivent être écartés.
5. En second lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté en litige tels que rappelés au point précédent, ni d'aucune des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. A. En particulier, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas les diplômes dont l'appelant est titulaire n'est pas de nature à caractériser par elle-même le défaut d'examen invoqué par l'intéressé.
Sur la décision portant refus d'admission au séjour :
6. En premier lieu, M. A soulève à nouveau en appel les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet au regard de sa demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre du travail, et de l'erreur de droit en s'estimant à tort lié par les stipulations de l'accord franco-marocain susvisé. En l'absence de toute critique utile du jugement sur la réponse apportée par le tribunal à ces moyens, il y a lieu de l'écarter par adoption des motifs retenus à bon droit aux points 4 à 6 du jugement attaqué.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 20 août 2020 muni d'un visa Schengen de quatre-vingt-dix jours délivré par les autorités consulaires espagnoles au Maroc valable du 9 janvier 2020 au 9 juillet 2021, et s'y est maintenu irrégulièrement avant de solliciter pour la première fois son admission au séjour le 21 janvier 2022 auprès des services de la préfecture de la Haute-Garonne. Si l'appelant fait valoir qu'il a résidé sur le territoire français de manière continue depuis cette date, son séjour demeure récent à la date de la décision attaquée, alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans dans son pays d'origine où il n'établit pas y être dépourvu de toutes attaches dès lors qu'y résident ses parents et ses deux sœurs. Par ailleurs, M. A, qui déclare être célibataire selon le formulaire de demande d'admission au séjour, se prévaut d'une relation de concubinage avec une compatriote en situation régulière, antérieure à son entrée sur le territoire français. S'il verse notamment à l'appui de cette allégation une attestation sur l'honneur d'hébergement depuis le 21 août 2020 établie par sa compagne le 3 janvier 2022, deux attestations de voisins, deux avis de non-imposition à l'adresse de cette dernière, les seuls éléments versés tant en première instance qu'en appel ne permettent ni d'attester de l'ancienneté de leur relation, ni de l'intensité et stabilité de cette dernière. Au surplus, si l'appelant soutient qu'il s'occupe quotidiennement de la fille de sa compagne, il ne l'établit pas en se bornant à produire une convention définitive de divorce datée du 23 décembre 2015, fixant le lieu de résidence de l'enfant chez sa mère.
9. D'autre part, M. A soutient qu'il est parfaitement intégré en France, en faisant valoir qu'il maîtrise la langue française et qu'il dispose d'une promesse d'embauche établie le 21 janvier 2022 en contrat à durée indéterminée à temps incomplet avec une période d'essai d'un mois renouvelable en qualité d'assistant commercial. Toutefois, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir une intégration sociale et professionnelle particulière. Enfin, si M. A produit pour la première fois en appel un extrait d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés le 16 août 2023 de la société à responsabilité Smart Elec dont il est gérant, ce document est postérieur à la date de la décision attaquée et par suite, sans incidence sur sa légalité, alors qu'il déclare au demeurant selon cet extrait avoir son domicile personnel au Maroc. Par suite, ni la durée ni les conditions de son séjour en France ne permettent d'établir que le refus opposé à sa demande d'admission au séjour aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Dans ces conditions, ce refus n'a pas été pris en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, il n'apparaît pas que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressé.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours :
11. M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour, les moyens tirés du défaut de base légale de la mesure d'éloignement et de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours doivent être écartés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
12. L'illégalité des décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait, par voie de conséquence, privée de base légale ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. A est manifestement dépourvue de fondement au sens du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et doit être rejetée en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Julie Broca et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 15 mai 2024.
Le président de la 4ème chambre,
D. Chabert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
No 23TL02581
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026